Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 janvier 2019

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23 octobre 1984

Diffusion d'un reportage troublant à la BBC sur la famine en Éthiopie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

L'année 1984 est marquée par une importante famine dans le Sahel, notamment en Éthiopie où des milliers de personnes meurent à tous les jours alors que d'autres sont déplacées dans le pays. Cette situation, qui dure depuis l'été, touche davantage le monde occidental à la suite de deux reportages présentés à la BBC les 23 et 24 octobre 1984.

L'Éthiopie connaît de bonnes récoltes au début des années 1980, mais la situation se détériore en 1983 et plus particulièrement en 1984. Cette baisse affecte l'économie du pays qui est largement basée sur l'agriculture. À partir de l'été 1984, les conséquences se font aussi sentir sur le plan humain. La famine fait directement et indirectement des milliers de morts à tous les jours. Des analystes craignent de voir ce chiffre s'élever à plusieurs millions avant la fin de l'année. De faibles pluies expliquent en partie cette crise, mais la guerre civile qui perdure depuis l'avènement au pouvoir en 1974 du Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste (Derg), d'obédience marxiste, amplifie la catastrophe. Même au cours de cette année difficile, celui-ci consacre presque la moitié de son budget à la lutte contre les rebelles actifs dans le nord. Plusieurs pointent aussi du doigt les politiques agricoles déficientes du gouvernement d'Addis-Abeba pour expliquer ce désastre. Des provinces du nord, Wello et Tigray, et du sud, Sidamo, sont affectées. Le gouvernement réagit par un programme de « villagisation » et des déplacements massifs des populations du nord, un foyer de contestation, vers le sud. Ils ne règlent rien. Plusieurs quittent même le pays, entre autres vers le Soudan. Le monde occidental tarde à aider ce pays dirigé par un régime communiste allié de l'Union soviétique. De plus, on redoute un détournement des denrées par les militaires. Un reportage troublant présenté au Royaume-Uni par la BBC les 23 et 24 octobre 1984 accentue toutefois la conscientisation sur la scène internationale. Le musicien Bob Geldof et des organisations humanitaires lèvent des fonds et pressent les gouvernements d'agir. Malgré une mobilisation importante, cette famine, qui se poursuit en 1985, aurait fait, selon les estimations, entre 400 000 et 1 million de morts.

Dans les médias...


René Backmann, « La faim au galop »

«...L'aide internationale atteint à ce jour 82 000 tonnes. C'est beaucoup, mais trop peu. Et dans ce pays sans routes, comment être sûr qu'elle arrivera à temps ? Les mêmes causes - guerres, rébellions, soulèvements - produisent les mêmes effets en Angola, au Mozambique, en Éthiopie. L'aide internationale ne manque pas. Les Occidentaux se sont engagés à fournir en 1984 350 000 tonnes de céréales à l'Éthiopie. Les premières livraisons - 150 000 tonnes - sont arrivées en juillet au port d'Assab, sur la mer Rouge. Mais, pendant l'été, l'activité prioritaire du port fut l'importation de matériaux destinés aux festivités qui ont marqué, en septembre, le dixième anniversaire de la révolution... Autre facteur aggravant : l'Afrique est le continent des réfugiés. Un sur quatre des 10 millions de réfugiés recensés aujourd'hui dans le monde est africain. Sans terre, sans ressources, souvent sans abri, les réfugiés sont les premières victimes de la pénurie alimentaire, réduits à attendre une distribution incertaine et parcimonieuse, guettés par les épidémies. »

Le Nouvel Observateur (France), 12 octobre 1984, p. 34.

Christophe Naigeon, « Sahel : peut-on encore arrêter le désert ? »

«...Ponctuée par des pertes en vies humaines qui oscillent entre 100 000 et 150 000 - impossible de s'entendre sur les chiffres - ainsi que celles de 3 500 000 bovins décimés par la faim, la sécheresse a fini, en effet, par mobiliser quelques énergies. Cependant, en corollaire, elle a fait naître deux idées démobilisatrices : le climat africain se dégrade irrémédiablement ; les populations du Sahel dépendent de l'aide alimentaire étrangère, le secours d'urgence se transformant en routine. Deux idées fausses. Car le climat africain ne se bouleverse pas ; et les tourments vécus par les paysans de ces régions ne sont pas, théoriquement, en irréversible aggravation. Voilà, du moins, le constat dressé par une centaine de spécialistes africains et français réunis à Dakar, par le Groupement d'étude et de recherche pour le développement de l'agronomie tropicale, le Gerdat. Le sort du Sahel, disent-ils, est dans les mains des hommes qui l'habitent, puis des chercheurs et des gouvernements intéressés. »

L'Express (France), 14 décembre 1984, p. 86.

Manu Dibango, « Un morceau de survie intense »

«...C'est une poussière de tentes posées comme dans un décor en carton pâte sur un paysage lunaire où des centaines de squelettes vivants luttent contre la mort. À l'image de cet enfant au regard éteint, au corps noueux et desséché qui s'accroche au sein vide de sa mère comme à une bouée. Ou de ce bambin qui redécouvre la vie grâce aux soins d'une jeune femme médecin, et dont on se demande comment de temps il va vivre. Ou encore de ces adultes à la tranquillité malheureuse, qui, le soir venu, m'a-t-on expliqué, entrent à cinq ou six dans de larges trous aménagés dans le camp pour se réchauffer. Il fait froid à Korem. Très froid, à 2 800 mètres d'altitude, pour des gens malades de sous-alimentation. Images douloureuses et pénibles. Désolantes et miséreuses. Insoutenables. Il me fut même presque impossible de m'accepter en voyant le regard malheureux de ces enfants qui n'ont plus que la peau sur le dos, apathiques, littéralement harnachés de sondes et dont beaucoup, indique un docteur de Médecins sans frontières, n'ont plus que quelques heures à vivre...tout au plus quelques jours. Ils sont pourtant beaux, de cette beauté hiératique, figée dans la misère. »

Jeune Afrique (France), 30 janvier 1985, p. 44.

Harry Anderson et al., « Too Little - And Too Late »,

«...Last week one of the largest famine-relief efforts in history was under way. But it will be weeks before significant supplies of food will reach the afflicted areas. « It's too late, » said an official of the British relief agency Oxfam. An estimated 200,000 Ethiopians died the country's last great famine a decade ago. Relief officials estimate that a million might die now. The calamity need not have happened. Signs of disaster had been building for at least two years, yet the reports by relief agencies and Ethiopia's own Relief and Rehabilitation Commission went largely unread. « It's ironic, » says Peter Gill, a reporter for Britain's Thames Television network, « that they could ignore the warnings until we managed to get a few minutes of film on the air. » Some relief officials charged that Western governments had deliberately dragged their feet because of their opposition to Ethiopia's Marxist regime. But it was clear that Addis Abeba was at least equally to blame. The government refused even to acknowledge the crisis until after the September celebrations marking the 10th anniversary of its seizure of power - a party that cost up to $250 million. Nor has Ethiopia received much help from its major ally, the Soviet Union. »

Newsweek (États-Unis), 12 novembre 1984, p. 71.

Gouvernance et gouvernement [ 23 octobre 1984 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Éthiopie
FaibleMengistu Haile MariamMikael Imru

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1974 - 1994



septembre
1974
Déposition de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié

juin
1977
Début de la guerre entre la Somalie et l'Éthiopie

octobre
1984
Diffusion d'un reportage troublant à la BBC sur la famine en Éthiopie

juin
1994
[Résultats] Élections législatives


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