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16 juillet 2016

Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Une faction de militaires regroupés dans un Conseil de la paix dans le pays (CPP) tente un coup d'État contre le gouvernement turc du président Recep Tayyip Erdogan. Son échec, le 16 juillet 2016, est suivi par une sévère répression contre les responsables, mais aussi contre des milliers de personnes à l'oeuvre dans différents secteurs.

Une économie au ralenti, des tensions avec les séparatistes kurdes et des attentats revendiqués par l'État islamique minent la situation de la Turquie. L'ex-premier ministre Erdogan (2003-2014), élu démocratiquement à la présidence en 2014, suscite un certain mécontentement qui s'exprime au sein de l'armée. Des membres de celle-ci, regroupés dans un Conseil de la paix dans le pays, tentent un coup d'État le 15 juillet 2016. Ils se livrent à des attaques aériennes sur des lieux de pouvoir, dont le palais présidentiel et la Grande Assemble nationale, à Ankara. La loi martiale et le couvre-feu sont proclamés, mais la situation bascule rapidement en faveur du président qui a l'appui de la majorité des troupes et de la population qui sort dans les rues. Le coup fait environ 300 morts avant que la situation se stabilise. Des mesures répressives sont alors adoptées contre des dizaines de milliers de personnes. On assiste à des arrestations, suspensions de passeport et congédiements massifs de hauts gradés de l'armée et la de police, dans la fonction publique, la justice ou l'enseignement. Des syndicats sont interdits, des médias fermés, la Convention européenne des droits de l'homme est suspendue temporairement et la loi d'urgence annoncée le 20 juillet. Le président dénonce l'influence sur les putschistes d'un de ses anciens alliés, devenu opposant, Fethullah Gülen, un intellectuel en exil aux États-Unis dont il demande l'extradition. Les États-Unis et d'autres pays dénoncent le putsch, mais ils s'inquiètent de la réaction du gouvernement que plusieurs perçoivent comme une dérive autoritaire. Cette répression suscite un vif intérêt dans le contexte des tensions secouant la région, mais aussi à la lumière des relations entre l'Union européenne et la Turquie, dont l'adhésion est en discussion depuis plusieurs années. Plusieurs redoutent aussi un recul de la laïcité au sein des institutions turques.

Dans les médias...


Martine Gozlan, « Libertés menacées de mort »

«...Tancé - mais pas trop - pour l'ampleur de sa répression par les chancelleries occidentales, le président turc fait croire qu'il songe oecuméniquement à un gouvernement d'union nationale. En réalité, il donne le change. Ceux qui veulent défendre la démocratie ne s'y trompaient pas. A Taksim, ils criaient : «Ni coup d'État militaire ni coup d'État civil !» Et puis, au soir de ce dimanche où ils s'étaient tenu chaud, ils ont reflué douloureusement, laissant la place aux partisans du «Généralissime», comme ses millions d'adorateurs appellent désormais Erdogan. L'universitaire et essayiste Nora Seni, professeur à l'Institut français de géopolitique, y voit l'accomplissement de ce qu'elle appelle le «paradigme Erdogan». «Ce qu'il a suscité de plus terrible, explique-t-elle, c'est la polarisation de la société. Il a fabriqué le "eux" et le "nous". Le "eux", c'est la population laïque qui ne fonde pas son identité sur la religion. Le "nous", c'est une identité revancharde dont le président a consolidé la personnalité musulmane. Dans les rues, en ce moment, il y a le "nous" pour qui Erdogan est à la fois un leader politique et un leader religieux, mythifié et sacralisé.» Dans cet état fusionnel, la foule n'a pas envie de faire la différence entre les putschistes et ceux qui ne soutiennent pas Erdogan tout en condamnant les putschistes. Dans la nuit qui tombe sur Istanbul, le "eux", c'est tout le monde. »

Marianne (France), 29 juillet 2016, p. 42-44.

Armin Arefi, Quentin Raverdy, « Turquie, le deuxième coup d'État »

«....« Comment le gouvernement a-t-il pu rassembler 60 000 noms en à peine deux jours ? » demande Lami Ozgen, le patron de la Confédération des syndicats de travailleurs du service public (KESK), s'indignant de la répression qui a suivi l'échec de l'étrange tentative militaire de prise du pouvoir dans la nuit du 15 juillet. « S'il avait des noms, pourquoi n'a-t-il pas arrêté toutes ces personnes avant le putsch? » Derrière un modeste petit bureau appartenant à la centrale, au coeur d'Ankara, le leader syndical décoche calmement ses flèches contre l'exécutif turc : « Le gouvernement prétexte le coup d'État pour faire taire toute voix discordante. » Mais le « Sultan » fait la sourde oreille. (...) Incontournable pour l'Occident, débarrassé de ses principaux opposants, le reis (« chef », en turc) a devant lui une voie royale pour s'atteler à son dernier chantier : son régime présidentiel, qui lui permettra de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Et réaliser son rêve : demeurer à la tête du pays jusqu'en 2023, année du centenaire de la République turque. À en croire les sondages, une majorité de Turcs, hostiles à l'idée d'une « démocrature » à la Erdogan, y seraient opposés. Mais, en revêtant le costume de « sauveur de la démocratie turque » , le rescapé du coup d'État a marqué de précieux points. »

Le Point (France), 28 juillet 2016, p. 46-50.

Guillaume Perrier, « Les secrets d'un putsch raté »

«...L'armée est touchée au coeur, au plus profond de son identité, estime Levent Unsaldi, sociologue à l'université d'Ankara et spécialiste des questions militaires. Cette intervention était ridicule, pathétique. Elle avait très peu de chances de réussir. Pourtant, l'armée turque a une solide expérience des coups d'État, elle sait comment il faut faire! » De fait, l'armée a rarement raté son coup avant ce 15 juillet. En soixante ans, elle a pris le pouvoir aux civils à trois reprises, en 1960, 1971 et 1980, la plupart du temps avec le soutien d'une majorité de la population et de la classe politique. En 1997, encore, elle a envoyé les chars dans les rues d'Ankara et a poussé le gouvernement islamiste de l'époque à démissionner. Mais, cette fois, tout indique que l'opération, mal préparée, a été lancée dans la précipitation. « Toutes les conditions n'étaient pas réunies, loin de là. Il n'y avait pas de consensus au sein de l'armée, pas de soutien des partis politiques, aucune légitimité institutionnelle », note Levent Unsaldi. Si les officiers putschistes ont déclenché cette opération en urgence, c'est parce qu'ils se savaient menacés. Le Conseil militaire suprême annuel, qui s'ouvre le 1er août, devait acter un certain nombre de promotions et de mutations. En amont de cette réunion, le gouvernement avait l'intention de procéder à « des arrestations massives de militaires le week-end du 16 juillet », croit savoir Metin Gürcan, expert indépendant des questions militaires et ancien conseiller stratégique de l'armée. « Les comploteurs ont eu vent de ce projet. Du coup, ils ont mis leur plan à exécution dans l'impréparation et la précipitation. »

L'Obs (France), 21 juillet 2016, p. 56-59.

Pierre Asselin, « Erdogan ou la religion du pouvoir »

«...La violence de cette tentative de coup d'État peut sans doute justifier l'état d'urgence, voire la suspension temporaire de la Convention européenne des droits de l'homme, décrétée au lendemain de l'attaque. Mais la concentration des pouvoirs dans les mains du président turc avait commencé bien avant que les militaires ne prennent d'assaut le Parlement. Ce à quoi on assiste n'est que la continuation de ce mouvement. L'affrontement qui vient d'avoir lieu marque un tournant historique pour ce pays. Jusqu'ici, les luttes de pouvoir opposaient les partisans d'un État religieux, islamique, aux défenseurs de l'État laïque hérité de Mustafa Kemal Atatürk, dans l'armée notamment. Cette fois, l'axe du conflit s'est déplacé et les protagonistes se réclament tous deux de l'Islam. Mais si, pour les gulénistes, l'Islam peut apparaître comme une fin en soi, pour Erdogan la foi ressemble surtout à un moyen pour bâtir un nouveau culte autour de sa propre personne. On en a eu un exemple en début d'année avec l'entrée en fonctions du nouveau premier ministre, Binali Yildirim, qui en a profité pour faire une profession de foi envers son chef : «Votre passion est notre passion, votre cause notre cause et votre chemin est notre chemin.» »

Le Soleil (Québec, Canada), 4 août 2016, p. 18.

David Blair, « The rise of Erdogan and how he neutralised the military »

«...Just to make sure, Mr Erdogan wants to rewrite the constitution to create an all-powerful imperial presidency. For now, AKP lacks the votes in parliament to deliver that ambition, but after the coup, Mr Erdogan is likely to press ahead with that driving goal. In case anyone fails to get the message that the presidency is now the dominant institution in Turkey, he has the biggest palace in the world with a floor area four times that of Versailles. Meanwhile, criminal cases have been brought against no less than 1,800 people for the crime of "insulting the president" and two newspapers were shut down during a single week in March. Mr Erdogan has become the most polarising figure in the history of the Turkish republic. But just as he is hated, he is also loved. His success in overcoming the coup provides compelling proof that enough Turks love him to keep him in office - even against a challenge that comes in the form of tanks and helicopter gunships. »

Sunday Telegraph (Royaume-Uni), 17 juillet 2016, p. 4-5.

Gouvernance et gouvernement [ 16 juillet 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
LimitéRecep Tayyip ErdoganBinali Yıldırım

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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[Résultats] Élection présidentielle

juin
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Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
2015
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
2016
Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie


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