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12 mars 2003

Assassinat du premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Zoran Djindjic

Le premier ministre de la Serbie, Zoran Djindjic, est abattu par balles près d'un édifice gouvernemental. Au cours de son mandat, qui avait débuté en janvier 2001, ce réformateur pro-occidental s'était attiré l'hostilité des groupes ultranationalistes et du crime organisé qui seraient derrière son assassinat.

Zoran Djindjic est un opposant au président Slobodan Milosevic, au pouvoir entre 1989 et 1997. Après avoir été brièvement le premier maire non-communiste de la capitale Belgrade, en 1997, il quitte pour le Monténégro. De retour, la victoire électorale du Parti démocratique, en décembre 2000, lui permet de devenir premier ministre le 25 janvier 2001. Favorable à un rapprochement avec l'Occident, Djindjic met de l'avant des réformes économiques qui vont dans le sens des grandes organisations financières internationales. Il est également en poste lorsque la Confédération de Serbie-et-Monténégro succède à la République fédérale de Yougoslavie, en février 2003. De plus, il entreprend une lutte contre le crime organisé et est favorable au transfert de Milosevic devant le Tribunal pénal international de La Haye, ce qui lui vaut l'animosité d'organisations criminelles et de groupes ultranationalistes. Le 21 février 2003, il échappe à une tentative d'assassinat. Mais le 12 mars 2003, il est abattu par un tireur alors qu'il se rend à une rencontre avec la ministre suédoise des Affaires étrangères. La présidente intérimaire Natasa Micic décrète l'état d’urgence et des milliers de personnes sont interpellées par les forces de l'ordre. Du nombre, 45 seront accusées de conspiration pour meurtre. Les funérailles de Djindjic sont suivies par des centaines de milliers de personnes, dont des représentants d'une quarantaine de pays. Des membres d'unités spéciales ayant servi à l'époque de Milosevic et ayant des liens avec le crime organisé, dont le clan Zemun, seront arrêtés et jugés. C'est le cas du tireur, Zvezdan Jovanovic, et des leaders de la conspiration, qui feront face à de longues peines. Zoran Zivkovic, lui aussi du Parti démocratique, succédera à Djindjic le 18 mars 2003.

Dans les médias...


Georges-Marie Chenu, « Les Balkans après l'assassinat de Djindjic »

«...De nouveau, ce pays apparaît comme un voisin imprévisible, instable, dangereux. La mort de Zoran Djindjic intervient alors que les institutions de la République de Serbie sont fragiles : pas encore de président, un nouveau lien constitutionnel avec le Monténégro, une constitution obsolète et un Parlement peu actif. Opportuniste, Z. Djindjic était sans aucun doute le seul homme politique serbe capable de conduire les réformes dont son pays a tant besoin pour échapper à l'ultranationalisme et entrer dans l'Europe. Son adversaire, l'ex-président fédéral Voslav Kostunica, étant marginalisé, Z. Djindjic avait décidé, avant les élections générales prévues en 2004, de remettre de l'ordre dans l'appareil de l'État - justice, police, secteur économique - , de réduire les effectifs de l'armée et de poursuivre la collaboration avec le TPIY. Il en avait la volonté et les moyens; il était entouré de bons experts. »

Esprit (France), mai 2003, p. 195.

J.-M. D., « La revanche de Slobo »

«...Du fond de sa cellule de la prison de Scheveningen (Pays-Bas), Slobodan Milosevic doit savourer sa revanche. L'assassinat, mercredi 12 mars, du Premier ministre serbe, Zoran Djindjic, par des tueurs embusqués fait disparaître celui qui avait osé, conformément à la légalité des Nations unies, emprisonner puis livrer au Tribunal pénal international de La Haye l'ancien maître de Belgrade. Même si ses auteurs n'ont toujours pas été arrêtés, ce crime porte la marque du lourd héritage légué par l'ancien régime. (...) Zoran Djindjic lui-même avait été accusé d'avoir des liens pour le moins ambigus avec les milieux interlopes de la région. Mais il avait compris que l'avenir de la Serbie passait par l'apurement de ce passif. Il était, semble-t-il, décidé à purger les forces de sécurité, des services de renseignement aux agents du ministère de l'Intérieur en passant par des unités de l'armée, de ses éléments les plus douteux, et à placer sous le contrôle effectif du pouvoir civil le ministère de la Défense et l'état-major. »

L'Express (France), 20 mars 2003, p. 20.

Milica Cubrilo, « Zoran Djindjic assassiné : la Serbie renoue avec ses démons »

«...Quels en sont les motifs? Selon les analystes, la décision du gouvernement de Zoran Djindjic de démanteler les réseaux militaro-mafieux - et le clan Spasojevic-Legija était le premier visé - a pu peser lourd. Et ce n'apparaissait pas comme de vaines paroles. Début février, une opération de police extraordinaire a permis la découverte d'un des plus importants laboratoires de fabrication de drogue d'Europe, ainsi que la saisie de substances d'une valeur de 10 millions d'euros. Selon la rumeur à Belgrade, le premier ministre avait aussi réussi à convaincre le leader d'un clan rival, celui de Cume, dont il était réputé proche, de témoigner contre Legija. Par ailleurs, le gouvernement, qui a arrêté et transféré à La Haye, dans un contexte à haut risque, l'ancien président Slobodan Milosevic, se préparait à livrer au Tribunal pénal international un certain nombre d'autres inculpés, dont Veselin Sviljancanin, tenu pour responsable de crimes de guerre commis à Vukovar, en Croatie. Et l'étau se resserrait autour des anciens dirigeants serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic... Enfin, le gouvernement serbe s'apprêtait à reformer l'armée et à prendre notamment le contrôle de ses finances. «Nous sommes en alerte maximum», nous confiait il y a quelques semaines un membre du gouvernement. «Il faut se débarrasser du dernier dépôt de déchets atomiques», déclarait Zoran Djindjic le 27 février, ajoutant que tout dépendrait des événements des quinze jours qui allaient suivre. »

Le Temps (Suisse), 12 mars 2003.

Steven Erlanger, « Did Serbia's Leader Do the West's Bidding Too Well »

«...the mess that Serbia remains -- surely to worsen now -- is also a form of indictment, many Serbs say, of the West and of Washington, which wins its wars but refuses to engage in sustained nation-building. The stress of the West's demands, some in Serbia feel, is part of the nexus of reactions that led to Mr. Djindjic's murder. With his death, however, the West is much less likely than before to get the alleged war criminals it wants to The Hague. The achievement of a negotiated independence for Kosovo, which depends on agreement from Belgrade, will be more difficult. And the career of a tough but promising politician, a Westernizer who wanted to bring Serbia into Europe and not sink back into defensive nationalism, has been cut down. Bratislav Grubacic, a Serbian political analyst, said: « Carla del Ponte comes every few months waving lists of suspects, and there has been a lot of pressure on Djindjic and the government from Washington and Brussels to send these people, like Legija and Frenki, to the Hague. I think that's what this murder is all about: these guys helped Djindjic and the democrats come to power, but thought he was betraying them. » »

New York Times (États-Unis), 15 mars 2003, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 12 mars 2003 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Serbie
FaibleNatasa MicicNebojsa Covic

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1998 - 2016



octobre
2000
Démission du président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic

novembre
2000
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

février
2002
Début du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic

février
2003
Proclamation de la création de l'État de Serbie-et-Monténégro

mars
2003
Assassinat du premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic

janvier
2007
[Résultats] Élections législatives

janvier
2008
[Résultats] Élection présidentielle

mai
2008
[Résultats] Élections législatives

mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

mai
2012
[Résultats] Élections législatives

mars
2014
[Résultats] Élections législatives


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