24 juin 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

12 janvier 1974

Dévoilement des accords de Djerba entre la Tunisie et la Libye

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Habib Bourguiba

À la suite d’une rencontre se déroulant dans l’île de Djerba le 12 janvier 1974, le président tunisien Habib Bourguiba et son homologue libyen, Mouammar Kadhafi, annoncent la conclusion d’un accord. Il prévoit l’union des deux pays au sein d’une République arabe islamique, décision qui sera soumise à la population par référendum le 18 janvier.

Avec la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser, en septembre 1970, Mouammar Kadhafi cherche à s’imposer comme la figure de proue du panarabisme. Après une tentative de rapprochement avortée entre son pays et l’Égypte, il se tourne vers la Tunisie. En décembre 1972, le président Bourguiba exprime son désaccord pour un projet d’union. Mais, le 12 janvier 1974, les deux présidents, réunis sur l’île de Djerba, en Méditerranée, s’entendent sur un accord prévoyant une union de leurs pays au sein d’une République arabe islamique (RAI) qui n’aura qu’une Constitution, une armée et un drapeau. La nouvelle cause une grande surprise. Bourguiba serait le président de la RAI, alors que Kadhafi et le premier ministre tunisien Hédi Nouira en deviendraient les vice-présidents. Des référendums sur cette entente doivent avoir lieu dès le 18 janvier. Des intérêts réciproques sont en jeu, la Libye ayant besoin de la main-d’œuvre tunisienne et la Tunisie, dans une situation économique difficile, envisageant des progrès grâce aux ressources naturelles libyennes. Dans une perspective panarabiste, Bourguiba parle également d’intégrer le Maroc, l’Algérie ou la Mauritanie dans la RAI. Toutefois, des opposants se manifestent, comme le premier ministre Nouira. L’Algérie exprime aussi sa désapprobation. Bourguiba fait rapidement marche arrière. Il destitue son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Masmoudi, un partisan de l’accord, puis annonce le report du référendum qui, de toute façon, serait inconstitutionnel. Le recul se confirme le 25 mars alors qu’une autre rencontre Bourguiba-Kadhafi, cette fois à Genève, met en évidence les différends entre les deux hommes. La déclaration de Djerba et le projet de RAI resteront lettre morte. Au cours des années qui suivent, les relations entre les deux pays seront même caractérisées par des tensions. La crédibilité de Bourguiba sortira également écorchée de cet épisode.

Dans les médias...


Habib Boularès, « Pour une union nord-africaine »

«…Aucun délai n’était fixé parce que, ne l’oublions pas, le 12 janvier, les deux présidents avaient mis leur peuple devant le fait accompli. Il ne s’agissait pas d’une déclaration de principe, mais d’une proclamation d’union. En approuvant ou en désapprouvant, on ne pouvait en fait qu’accepter cette nouvelle communauté ou s’en retrancher. Or, refuser, cela revenait à mettre en cause un objectif qui était et demeure celui des masses et des militants. Cela revenait aussi à se détourner des voies que la raison commande de suivre et que la nature des problèmes impose. D’où la nécessité non seulement d’approuver cette union mais également de la placer dans une perspective maghrébine. Pour nous, il ne saurait être en effet question d’envisager un regroupement qui exclurait le Maroc et la Mauritanie, à bien plus forte raison l’Algérie. Déjà, du temps où la Libye officielle ne se reconnaissait pas une vocation maghrébine, des efforts obstinés étaient déployés pour la rattacher à l’ensemble nord-africain. » (…) L’union fait la force, en l’occurrence celle d’un nouvel État vis-à-vis de l’extérieur, mais elle ne doit pas se traduire par la force des gouvernants à l’égard des gouvernés, au risque d’être annonciatrice de lendemains qui déchantent. »

Jeune Afrique (France), 9 février 1974, p. 7.

André Pautard, « Tunis : du mariage aux fiançailles »

«…Il aura suffi d’un week-end pour réduire le surprenant mariage tuniso-libyen à une simple promesse de fiançailles. La fusion des deux pays a été balayée par les vents aigres de l’hospitalité algérienne et de la méfiance américaine. Elle succombe aux remous d’une crise intérieure qui couve toujours. La politique tunisienne hoquette au rythme des sautes de santé de son président, et le comportement hésitant de M. Bourguiba accrédite des doutes jusqu’ici chuchotés comme des blasphèmes. C’est un homme âgé, usé par la lutte politique, la prison, le pouvoir, enfin. Depuis sept ans, plusieurs maladies l’affectent gravement : crise cardiaque, hépatite virale, dépression nerveuse. Le « Combattant suprême » larmoie de plus en plus dans le souvenir d’un passé glorieux qu’il évoque régulièrement dans ses discours. (…) un instant soulevée, une partie de l’opinion publique tunisienne remâche un rêve qu’elle n’abandonnera pas aisément. Elle voyait dans l’union des perspectives alléchantes : le trésor pétrolier partagé, du travail offert aux chômeurs, des débouchés aux diplômés. L’alliance avec le colonel Kadhafi entraînant une politique panarabe plus affirmée… En se dévoilant, la volte-face actuelle accentue la désillusion. Elle amplifie surtout le murmure irrévérencieux qui monte déjà : « Le roi est nu… » »

L’Express (France), 21 au 27 janvier 1974, p. 60-61.

Guy Sitbon, « La dernière « kedhafiade » »

«…Dans le pays, la population commence à s’interroger. Qu’est-ce donc que cette union précipitée ? Les hommes d’affaires sont souvent ravis. À eux les marchés libyens. À eux les capitaux. À eux les horizons illimités. Les laissera-t-on seuls sur le gâteau tout entier ? Peut-être pas. Mais rien qu’une petite fraction serait déjà fabuleuse. Les ouvriers se voient déjà ne plus chercher à aller dans une Europe dont on dit qu’elle n’aime pas les Arabes. Les intellectuels, déchirés entre la langue de leur mère – l’arabe – et celle de leur ambition – le français – , sentent un courant d’air passer. Les aviateurs de l’armée, qui s’entraînent sur des coucous et n’ont même pas du matériel à user pour passer le temps, se voient déjà sur les « Mirage » libyens. Bref, le miracle : la richesse sans effort, la puissance sans gloire. En Libye, on imagine la fin du rigorisme et l’ouverture vers ce Nord où le vin et les femmes sont des péchés auxquels on veut parfois céder. On rêve. Et on s’interroge aussi. »

Le Nouvel Observateur (France), 21 janvier 1974, p. 37.

S.A., « Broken Engagement »

«…On the day of the announcement, Bourguiba hailed the development as « an event that will change the course of history. » Tunis and Tripoli radios began identifying themselves as the radio of the « Arab Islamic Republic, » as the new nation was to be known. In economic terms, the merger made some sense. Tunisia (pop. 5,500,000) suffers from a labor surplus, a lack of natural resources and a foreign debt of more than $1 billion. Oil-rich Libya (pop. 2,088,000) needs workers and has plenty of money for investment and industrial expansion. Last year Libya’s oil wells earned more than $2 billion in foreign currency. Gaddafi, who fancies himself the prophet of Arab unity in the tradition of the late Gamal Abdel Nasser, undoubtedly saw more than mere economic advantage to joining with Tunisia. He may have also viewed it as a means of punishing Egypt for back-pedaling on its planned unification with Libya and for not even consulting him before launching the October war against Israel. Gaddafi was so miffed at Egypt’s attitude that he refused to attend last November’s Arab summit in Algeria. Despite the economic advantages of unification, Tunisia and Libya are otherwise so incompatible that observers jokingly referred to them as « the odd couple ».»

Time (édition canadienne), 28 janvier 1974, p. 31.

Gouvernance et gouvernement [ 12 janvier 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tunisie
FaibleHabib BourguibaHedi Amira Nouira

Libye
Non disponibleMouammar KadhafiAbd as-Salam Jalloud

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1969 - 1979



janvier
1974
Dévoilement des accords de Djerba entre la Tunisie et la Libye

janvier
1978
Déclenchement d'une grève générale en Tunisie


Dans l'actualité


octobre
2017
Tunisie : virage vers l'égalité

février
2015
Présidentielle tunisienne 2014 : un modèle à peaufiner

décembre
2014
La Tunisie après le printemps arabe : un portrait optimiste

novembre
2014
Démocratie et effet de remous

novembre
2014
Élections législatives en Tunisie : une victoire du parti laïc Nidaa Tounès

janvier
2011
Tunisie : révolution au parfum de démocratie ?

octobre
2007
Retour au bercail controversé pour un réfugié politique tunisien

septembre
2007
«La Cité du siècle» : développement économique moderne en Tunisie


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016