Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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4 décembre 2016

Tenue d’un référendum constitutionnel en Italie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Matteo Renzi

Le président du Conseil italien, Matteo Renzi, lie son avenir politique à celui d’un référendum portant sur une importante réforme constitutionnelle. Le rejet de ce projet par une majorité de 59,1 % des électeurs l’incite à annoncer rapidement sa démission.

L’instabilité politique chronique des gouvernements italiens est à l’origine de quelques tentatives de réformer la Constitution de 1948. Par exemple, un référendum sur ce thème, en juin 2006, se solde par un échec. Devenu président du Conseil en février 2014, Matteo Renzi du Parti démocrate s’engage à dynamiser l’économie et la vie politique du pays. En 2016, il fait adopter par la Chambre des députés et le Sénat une importante réforme constitutionnelle. Elle touche particulièrement le Sénat dont le rôle et les pouvoirs sont comparables à ceux de la Chambre des députés (bicaméralisme égalitaire). Cette réforme réduirait le nombre de sénateurs, de 315 à 100 membres, et leurs pouvoirs. Leur approbation ne serait nécessaire que pour des projets de lois portant sur des sujets spécifiques, et ne le serait pas pour les autres, et ils ne pourraient passer des motions de non confiance envers le gouvernement. Ces changements s’ajouteraient à une loi électorale de 2015 permettant au parti arrivant en tête à la Chambre des députés d’avoir automatiquement une majorité de sièges. Présentées par le gouvernement comme un élément de stabilité, ces mesures sont dénoncées par des partis d’opposition – Mouvement 5 étoiles, Forza Italia, Ligue du Nord, etc. – comme une menace autoritaire. On reproche aussi à Renzi d’avoir mal présenté sa réforme. Enfin, le bilan de ce dernier fait également partie du débat, puisqu’il lie son avenir politique au résultat du référendum. Le 4 décembre 2016, un peu plus de 59 % des électeurs éligibles rejettent la réforme, une majorité importante qui est encore plus significative dans le sud du pays. Renzi annonce rapidement qu’il quittera ses fonctions. Survenant au cours d’une année marquée par le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ce Non est interprété par certains analystes comme le reflet d’un rejet généralisé de la classe politique. Ceux-ci anticipent aussi une plus grande instabilité politique et économique pour l’Italie, de même qu’une résurgence de l’euroscepticisme.

Dans les médias...


Amélie Poinssot, « Italie : Renzi démissionne après un non massif au référendum »

«…L'issue de ce référendum ouvre une nouvelle période d'incertitude politique en Italie, ce qui risque de déstabiliser le fragile secteur bancaire de la péninsule, et menace la zone euro dans son ensemble d'une nouvelle crise. La monnaie européenne s'est nettement affaiblie face au dollar après la publication des premiers résultats. Le prochain président du Conseil, qui aura besoin du soutien du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi pour obtenir la confiance du Parlement, sera censé mettre au point un nouveau code électoral alors que le Mouvement 5-Étoiles (M5S) de Beppe Grillo se tient en embuscade. Cette formation hostile à la classe politique traditionnelle et à l'Union européenne souhaite que cette réforme électorale soit mise au point le plus rapidement possible pour permettre la tenue d'élections dès le début de 2017, soit avec un an d'avance sur le calendrier prévu. « À partir de [lundi] , nous allons commencer à travailler à l'élaboration du futur programme [du M5S] et de l'équipe qui composera le futur gouvernement » , a dit Luigi Di Maio, vice-président de la chambre des députés qui, à 30 ans, est pressenti pour être le candidat du M5S à la présidence du Conseil. « La démocratie a gagné » , s'est réjoui Beppe Grillo sur son blog. « La propagande du régime et tous ses mensonges sont les premiers perdants de ce référendum » , ajoute Beppe Grillo. « Les premiers vainqueurs sont les citoyens qui ont relevé la tête et sont venus voter en masse » .»

Mediapart (France), 5 décembre 2016.

Gaël De Santis, « L’échec de la démarche de Matteo Renzi »

«…Le premier ministre avait transformé cette consultation en référendum sur sa personne, annonçant son retrait de la vie politique en cas de défaite. Il a payé de n'avoir pas réussi à répondre aux espoirs suscités depuis 2014. La réforme du marché du travail, le Jobs Act, concoctée à la demande de Bruxelles, a certes transformé quelques emplois précaires en contrat à protection croissante, mais à quel prix ? Ces contrats sont fragiles et disparaîtront quand ils ne seront plus subventionnés par l'État, dans moins de deux ans. En outre, ils sont moins bien rémunérés : les contrats à protection croissante souscrits depuis le Jobs Act l'ont été « avec un salaire de 1,4 % inférieur aux anciens contrats à durée indéterminée souscrits l'an dernier », indiquait l'économiste Emiliano Brancaccio dans nos colonnes le 14 mars dernier. L'illusion ne fonctionne plus. Le taux de chômage reste élevé, à 11,5 % au deuxième semestre selon l'Institut national de statistique. Il reste de 26,9 % pour 15-29 ans. Et dans le Sud, il s'établit à 19,3 %. Le malaise social était donné, dans la presse italienne hier, comme l'une des raisons du résultat du scrutin. Le camouflet provient « des familles de la classe moyenne appauvries par la crise économique », « des jeunes sans travail, des ouvriers qui se sentent menacés par les migrants et des employés dont les salaires ne suffisent plus », a ainsi écrit le directeur du quotidien turinois la Stampa, Maurizio Molinari. »

L’Humanité (France), 6 décembre 2016.

S.A., « Bruxelles s’inquiète, les populistes se réjouissent »

«…Bruxelles a eu à peine le temps de se réjouir de l'échec de l'extrême droite à l'élection présidentielle autrichienne, dimanche 4 décembre au soir, qu'elle replongeait dans les affres de la " polycrise " qui ébranle sa cohésion, avec l'échec du référendum italien et la démission de Matteo Renzi, dans la foulée. Après le traumatisme du Brexit, en juin, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, début novembre, et la montée des populismes partout en Europe, les dirigeants européens craignent d'entrer dans une nouvelle zone de turbulences, politiques et économiques, la Péninsule étant considérée comme le principal maillon faible de l'eurozone après la Grèce. L'Union monétaire se remet tout doucement de la pire crise de sa courte histoire, avec une croissance fragile, attendue à seulement 1,5 % de son produit intérieur brut (PIB) en 2017. Dans ce contexte, la situation de l'Italie n'est pas considérée comme alarmante, mais sa dette, dans un contexte de taux bas, ne se résorbe pas, et sept de ses banques sont toujours malades, en raison de leurs larges portefeuilles de créances douteuses. Une menace pour la stabilité financière du pays. »

Le Monde (France), 6 décembre 2016, p. 5.

Peter Foster, « Europe in crisis as Italy votes No »

«…the three-month long campaign exposed deep economic and social division in Italy where a stagnant economy, chronic unemployment and deepening frustration with Brussels-imposed austerity and the migrant crisis has fuelled the rise of populist parties like the Five Star Movement. Beppe Grillo, the Five Star leader, who had called Mr Renzi and his party the "serial killers" of the dreams of Italy's young people, has vowed to put Italy on a new course that will sweep away the country's technocratic elites. A party spokesman said they were "very emotional and happy" with the result. Matteo Salvini, the leader of Italy's anti-immigrant Northern League whose strongholds turned out in force for the vote, hailed the "No" result as a "victory of the people against the powers of three-quarters of the world" and immediately called on Mr Renzi to resign. The triumph, he added, was "not only a defeat for Renzi, but all those who serve him, the bankers, the financiers, the president of the business lobby, pseudo intellectual, pseudo journalists financed by the state". »

The Telegraph (Royaume-Uni), 5 décembre 2016, p. 1.

Gouvernance et gouvernement [ 4 décembre 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéSergio MattarellaMatteo Renzi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



novembre
2011
Démission du président du Conseil italien, Silvio Berlusconi

février
2013
Élections législatives en Italie

février
2013
[Résultats] Élections législatives

mars
2013
Élection du pape François

avril
2014
Canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II

août
2016
Tremblement de terre dévastateur en Italie

décembre
2016
Tenue d’un référendum constitutionnel en Italie


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