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17 avril 1971

Proclamation de l’Union des Républiques arabes

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mouammar Kadhafi
UE

Le 17 avril 1971, le président libyen, Mouammar Kadhafi, ainsi que ses homologues égyptien, Anouar el-Sadate, et syrien, Hafez el-Assad, sont réunis à Benghazi, en Libye, pour proclamer la création de l’Union des Républiques arabes (URA). Celle-ci prévoit la mise sur pied d’institutions communes à l’intérieur d’une fédération adoptant le socialisme démocratique.

Avec la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser, en septembre 1970, Mouammar Kadhafi cherche à s’imposer comme la figure de proue du panarabisme. En avril 1971, il se retrouve à Benghazi avec le successeur de Nasser, Anouar el-Sadate, et le nouveau président syrien, Hafez al-Assad, au pouvoir depuis février 1971. Le 17, ils annoncent la création de l’URA, une fédération des trois pays qui prévoit un drapeau, une capitale, des organes politiques et un commandement militaire communs. Le socialisme démocratique sera l’idéologie de l’URA, dont les concepteurs prônent l’appui aux Palestiniens et la ligne dure à l’endroit d’Israël, alors que la rumeur d’un nouveau conflit plane sur le Moyen-Orient. Lors d’un référendum, tenu le 1er septembre, les citoyens des pays impliqués se prononcent presque unanimement en faveur de l’entente qui est ouverte à d’autres pays arabes désireux d’y adhérer. La relation entre les membres de l’URA prend une nouvelle tournure le 2 août 1972. L’Égypte et la Libye – mais pas la Syrie – s’entendent alors pour fusionner complètement avant le 1er septembre 1973. Mais des différends apparaissent avant cette échéance, Sadate préférant notamment une approche progressive, tandis que Kadhafi veut procéder rapidement. Le 18 juillet 1973, des dizaines de milliers de Libyens entreprennent une marche de Tripoli au Caire afin d’accentuer la pression sur Sadate. Les autorités égyptiennes réagissent en bloquant les marcheurs près de la frontière. De plus en plus méfiant à l’endroit de Kadhafi, Sadate s’entend avec lui le 29 août 1973 pour former une Assemblée constituante et rédiger une Constitution. Mais le projet de fusion restera lettre morte. C’est d’ailleurs sans prévenir Kadhafi que le leader égyptien déclenche la guerre du Kippour avec la Syrie contre Israël, en octobre 1973. Ce geste contribuera aux tensions croissantes entre l’Égypte et la Libye qui se livreront même un court conflit armé en 1977.

Dans les médias...


Édouard Sablier, « Unité arabe : les chances »

«…On y trouve tout et rien. Tout, car si les partisans de l’Unité le désirent, ils peuvent ne se donner qu’un seul gouvernement, une seule capitale, une seule vie. Sinon, chaque partie contractante peut conserver sa personnalité propre, ses engagements extérieurs, disposer de sa défense et de sa diplomatie, en un mot conserver son caractère national. La Fédération est en quelque sorte « une union à la carte », un « self-service » de l’unité arabe…Chacun des signataires y trouve des avantages politiques particuliers. Pour le Président Assad, c’est la fin de l’isolement syrien; pour le Colonel Kadafi, un renforcement personnel et le triomphe des ambitions panarabes de la révolution de septembre. Pour Anouar As-Sadate, enfin, la Fédération offre un champ de manœuvre plus étendu en même temps qu’une garantie pour le cas où les négociations Jarring aboutiraient à un échec. Comme le soulignait un « kremlinologue », la Fédération est également une sorte de « doctrine Brejnev »; en autorisant le commandement militaire à envoyer des troupes pour réprimer les soulèvements dans les pays signataires, la déclaration de Benghazi prend les allures d’un Pacte de Varsovie avec son corollaire de souveraineté limitée. En fait, la naissance de l’Union arabe pose deux questions fondamentales : les conséquences sur le reste des pays arabes et sur le conflit avec Israël. »

Jeune Afrique (France), 27 avril 1971, p. 36-37.

S.A., « Proche-Orient : Le mirage de l’union »

«…Le jeune militaire (Kadhafi) a vécu, l’autre semaine, à Benghazi, un moment selon son cœur. Flanqué du président égyptien, M. Anouar el-Sadat, et du chef de l’État syrien, M. Hafez Assad, il a proclamé l’entrée des trois pays dans une « Union des Républiques arabes ». « C’est en 1956, raconte à l’Express un ami de M. Kazafi (sic), que s’est formée sa conscience politique. Il n’était alors qu’un adolescent, mais la façon dont Gamal Abdel Nasser a finalement émergé de la crise de Suez a marqué son esprit d’un arabisme sans failles et d’une admiration totale pour le Raïs. Quand, en septembre 1969, avec un groupe d’officiers, il décide de chasser le roi Idris du trône de Libye, il donne à l’opération, en gage d’arabisme, le nom de code « Jérusalem ». Nasser mort, M. Kazafi (sic) veut reprendre le flambeau qui s’éteignait doucement. Les Arabes, plus désenchantés que solidaires, balançaient entre la guerre et la paix. M. Sadat lui-même, ayant trop attendu que Washington fasse plier Israël, cherchait une contenance à défaut d’une politique. Même si l’union scellée à Benghazi n’est qu’un vieux rêve raccommodé, elle peut lui valoir certains avantages. »

L’Express (France), 26 avril au 2 mai 1971, p. 26.

Pierre Rondot, « En Égypte, de Gamal Abdel Nasser à Anouar as Sadat »

«…en matière de politique extérieure, le nouveau Président (Sadate) conserve la même orientation d’ensemble, en accentuant peu à peu certains de ses traits. Dès le début de novembre, la réunion au Caire du « Sommet » du Pacte de Tripoli amène le Président Anouar as Sadat à définir sa position en matière d’unité arabe. Il estime que le « front tripartite » doit devenir, non certes un bloc, mais un foyer unitaire, à direction politique unique. Mais il lui faut arbitrer entre ses collègues libyen et soudanais, le premier féru d’unification rapide et radicale, le deuxième soulignant la nécessité des étapes qui lui permettront de résoudre d’abord ses problèmes intérieurs. Le communiqué final reflète les préoccupations et les mobiles du Président égyptien : « La nation fait face à des tentatives intérieures et extérieures pour liquider le courant révolutionnaire, (et)…le monde arabe a perdu un homme, le président Gamal Abdel Nasser, dont la présence dans la lutte constituait à elle seule un symbole d’unité pour les peuples arabes ». Il convient donc « d’accélérer et de développer l’intégration entre les trois États », en constituant « le noyau de l’Unité arabe et l’affirmation de son destin ». »

Études (France), août-septembre 1971, p. 199.

S.A., « Mission to the Middle East »

«…The amalgamation is an obvious gain in stature for Lybia’s flamboyant Colonel Muammar Gaddafi. The proposed union may also help Syrian Strongman Hafez Assad, who now may be able as a partner to collect some of the $24 million in Libyan oil revenues that Gaddafi grandly promised Syria last fall. There appears, however, to be little advantage in confederation for Egypt, which has been trying to relax its pan-Arabism somewhat in order to concentrate on progress at home. Egypt will receive little military assistance from Libya. Of 110 French Mirages being sold to Gaddafi, only four have been delivered so far. Last week France warned Libya that further shipments will be embargoed if any Libyan Mirages are used against Israel. Past experience indicates that the confederation has an unpromising future. Sarcastic Israeli diplomats called the new proposed grouping « the Federation of Arab Opportunists. » Ironically, the announcement of the new partnership came on the eighth anniversary of the United Arab Republic, which was to have linked Egypt, Syria and Iraq. That undertaking lasted less than four months before the partners split up. »

Time (édition canadienne), 3 mai 1971, p. 23-24.

Gouvernance et gouvernement [ 17 avril 1971 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Libye
Non disponibleMouammar KadhafiMahmud Sulayman al-Maghribi

Égypte
FaibleAnouar el-SadateMahmoud Fawzi

Syrie
FaibleAbu Sulayman Hafez el-AssadAbd ar-Rahman Khleifawi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1961 - 1981



septembre
1969
Renversement du roi de la Libye, Idris 1er

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes


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