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22 octobre 1983

Manifestations dans les grandes villes d'Europe contre le déploiement d'armes nucléaires

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Les rues des grandes villes d'Occident sont envahies par des centaines de milliers de pacifistes qui manifestent contre l'installation de fusées Pershing II et de missiles de croisière américains sur le continent européen.

Depuis 1979, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) planifie l'installation en Europe de fusées (euromissiles) qui seraient une réponse aux SS-20 déployés par l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Cette perspective inquiète les Occidentaux qui se mobilisent pour manifester contre les armes nucléaires. En République fédérale d'Allemagne (RFA), dix journées de protestation sont organisées en octobre 1983. Elles culminent le 22 et le 23 octobre avec des manifestations d'envergure qui se déroulent dans les grandes villes d'Europe (Bonn, Rome, Londres, Paris, Madrid, Bruxelles, etc.) Dans certains endroits, on évalue les foules à plus de 100 000 ou de 200 000 personnes. Le mouvement atteint également les États-Unis, mais cette journée-là, les rassemblements sont moins impressionnants que sur le Vieux Continent. Les Américains sont néanmoins préoccupés par la politique défendue par le président Ronald Reagan en matière d'armement. L'année précédente, le 12 juin 1982, près d'un million d'entre eux s'étaient réunis à New York afin de manifester leur crainte face à l'escalade nucléaire. Il s'agissait d'un des plus importants rassemblements de l'histoire du pays. Malgré l'importance de la contestation d'octobre 1983, les gouvernements de plusieurs pays européens iront de l'avant en acceptant la présence de fusées Pershing II et de missiles de croisière sur leur territoire.

Dans les médias...


Paul Thibaud, «Les questions du pacifisme»

«...Dans le cadre de l'ébranlement qui secoue l'Occident, le spécifique de la situation allemande semble être la profondeur de la crise des institutions politiques, la crise de la représentation. Le lien du pacifisme avec le phénomène de démocratie directe est à cet égard éclairant. On voit plier et même craquer des partis, des syndicats, un parlement, qui payent l'inconscience conformiste qu'ils ont naguère cultivée. Non seulement les Allemands, encore plus que les autres Européens, se trouvent, face aux incertitudes de la nouvelle donne nucléaire, confrontés à l'idée d'une guerre dont on ne peut plus dire qu'elle est impensable, mais ils s'aperçoivent qu'ils ont perdu dans une certaine mesure la garantie américaine sans retrouver un pouvoir qui soit tout à fait le leur, comme le prouve justement le réarmement de rattrapage imposé de l'extérieur. Situation classique de panique : tout le monde accable le pouvoir de griefs, contribuant à le diminuer tout en lui reprochant ses défaillances (...) Le problème nucléaire vient sans doute précipiter des tendances anciennes, prolongeant un mouvement qui retire au pouvoir l'estime des citoyens. Jusqu'où s'étendra la déchirure ?»

Esprit (France), novembre 1983, pp. 48-49.

C. d'E., «R.F.A. : qui a peur des Pershing ?»

«...Alors, inconscients, les pacifistes allemands ? Certains, derrière ces actions, ne voient que la main de Moscou, en dénonçant notamment l'influence déterminante du petit parti communiste D.k.p., «entièrement financé par l'Est». Cette hypothèse, il est vrai, reçoit un renfort inattendu : celui de l'écrivain allemand Heinrich Böll, pacifiste de pointe, qui estime que «les communistes ont trop d'influence dans le mouvement». Expliquer le ressort pacifiste par cette seule influence serait une hyper-simplification. La vague est profonde, diverse, donc plus préoccupante encore. L'enjeu est considérable : et si les acteurs de la rue, défilant calmement sous l'oeil des caméras, parvenaient à rallier à leur cause une partie de la majorité silencieuse, déjà largement sensibilisée ? C'est que, derrière les défilés, il y a le réveil d'une nouvelle Allemagne, plus exigeante sur sa souveraineté, rêvant confusément d'un État reconstitué, et moins docile que jamais au Kriegsspiel des deux Grands, avec leur pays pour champ de manoeuvre.»

L'Express (France), 28 octobre 1983, p. 70.

Gilbert Brunet, «Désarmer, mutuellement»

«...Que s'est-il donc passé, ces dernières semaines ? Aucun progrès aux pourparlers de Genève, des menaces de rétorsion, la détérioration des relations Est-Ouest dans la foulée de l'affaire du Boeing sud-coréen. C'est justement tout cela qui fait craindre le pire aux mouvements pacifistes : le déploiement des fusées de l'OTAN apparaît d'ores et déjà inévitable, la riposte soviétique est déjà amorcée et tout faux pas des partisans du désarmement se retournerait contre eux, contre la noble cause, rendant l'escalade encore plus rapide. Les thèses pacifistes sont inattaquables en soi. On leur a reproché des erreurs tactiques, une alimentation par l'Est ; on est étonné de leur opposition au projet de l'OTAN et de leur silence devant les faits du Pacte de Varsovie. Résultats, selon les plus récents sondages : deux Allemands sur trois sont opposés au déploiement des missiles de l'OTAN, seulement 15% estiment possible un accord à Genève et à peine 2% croient que le mouvement pacifiste peut retarder le déploiement. Fatalisme ? Peut-être pas, mais explication certaine du rajustement stratégique constaté ces derniers jours.»

Le Devoir (Québec, Canada), 22 octobre 1983, p. 14.

Frederick Painton, «The Weekend that Was»

«...Most activists in the peace movement tend to see their struggle as a campaign more against the U.S. than against NATO, and only remotely against the nuclear policies of the Soviet Union. In the words of one organizer, «That is because we can't influence the Soviet Union, but we can influence decisions here.» In the long run, the movement probably will have an impact. A decade ago, nuclear strategy could be carried out by a small priesthood of strategic theologians who made their decisions in blissful solitude. No longer. As last weekend's demonstrations showed, the peace movement may be overly emotional and at times ill-informed, but it has given many West Europeans the notion that they have a right to shape those decisions and a belief that they know enough about the issues to make their views relevant. Long after the autumn of protest has turned to the winter of deployment, that notion is likely to endure.»

Time (États-Unis), 31 octobre 1983, p. 39.

Gouvernance et gouvernement [ 22 octobre 1983 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireFrançois MitterrandPierre Mauroy

Allemagne
ÉlevéKarl CarstensHelmut Kohl

Italie
ÉlevéAlessando (Sandro) PertiniBettino Craxi

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIMargaret Thatcher

États-Unis
ÉlevéRonald Reagan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1978 - 1988



mars
1978
Échouement de l'Amoco Cadiz et marée noire sur les côtes de la Bretagne

mars
1978
[Résultats] Élections législatives

mars
1979
Création du système monétaire européen

avril
1981
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1981
Élection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1981
[Résultats] Élections législatives

octobre
1981
Abolition de la peine de mort en France

octobre
1983
Manifestations dans les grandes villes d'Europe contre le déploiement d'armes nucléaires

septembre
1985
Démission du ministre français de la Défense, Charles Hernu

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mars
1986
Tenue d'élections législatives en France

mars
1986
[Résultats] Élections législatives

avril
1988
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1988
Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1988
[Résultats] Élections législatives


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