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20 février 2017

Famine au Soudan du Sud

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Des femmes à Ganyiel au Soudan du Sud

Selon trois organisations des Nations unies (ONU), le Soudan du Sud aurait atteint le 5e niveau du Cadre intégré de la sécurité alimentaire (IPC). Cela signifie que le plus jeune pays du monde, qui est déchiré par une guerre civile depuis sa création en 2011, serait dans un état de famine.

Plusieurs craignaient pour la stabilité du Soudan du Sud lorsqu’il accède à l’indépendance, en juillet 2011. Alors qu’elle faisait partie du Soudan, cette région a connu des guerres civiles sanglantes, faisant des millions de morts et de déplacés. Une fois l’indépendance acquise, en décembre 2013, un autre conflit éclate au Soudan du Sud. Il oppose principalement les troupes du président Salva Kiir, de l’ethnie Dinka, et les fidèles de l’ancien vice-président Rick Machar, issue de l’ethnie nuer. Un accord de paix est conclu à l’été 2015, mais les hostilités reprennent par la suite. En dépit du déploiement d’une dizaine de milliers de Casques bleus de l’ONU, la situation demeure difficile, particulièrement dans la province d’Unité, au nord. Les répercussions des conflits affectent l’approvisionnement de la population en nourriture, provoquant une crise qui atteint un niveau critique au début de 2017. Le 20 février 2017, trois organisations de l’ONU, dont le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation, annoncent qu’elles considèrent le Soudan du Sud en état de famine. Selon des données, 100 000 de ses 11,3 millions d’habitants souffriraient de malnutrition. Les prévisions sont encore plus inquiétantes, certains observateurs pensant que des millions de personnes pourraient être affectées directement au cours des prochains mois si une intervention efficace n’est pas mise sur pied. Le président Kiir s’engage à faciliter le passage de l’aide humanitaire, mais le gouvernement est critiqué à l’étranger pour son rôle dans cette famine, attribuée essentiellement à des facteurs humains et non naturels. D’ailleurs, le 11 février 2017, un général influent, Thomas Cririllo Swak, quitte ses fonctions en dénonçant les autorités qu’il rend responsables de la guerre persistante. À cette tragédie, se greffe la sécheresse qui sévit dans d’autres pays d’Afrique de l’Est et qui risque d’avoir des conséquences désastreuses.

Dans les médias...


Bruno Meyerfeld, « La famine menace à nouveau l’Afrique de l’Est »

«...Triste constat et sombres souvenirs: la famine est bel et bien de retour en Afrique de l'Est. La sécheresse frappe depuis fin 2016 plusieurs pays de la région (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti, Ouganda, Soudan du Sud, et dans une moindre mesure Tanzanie), où 20 millions de personnes auraient aujourd'hui besoin d'une assistance humanitaire d'urgence, selon les chiffres rendus publics par l'ONU. Les plus affectés demeurent la Somalie - 2,9 millions de personnes en état de crise alimentaire - et le Soudan du Sud - 4,9 millions, soit respectivement un quart et la moitié de la population des deux pays. L'état de famine a même été officiellement déclaré par le gouvernement sud-soudanais dans deux comtés de l'Etat de Unity (nord), où 100000 personnes pourraient mourir de faim si rien n'est fait. Le «F-Word» a donc été prononcé, et le branle-bas de combat déclaré. Mercredi 22 février, Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a tenu une conférence de presse, pointant le risque de famine dans plusieurs pays du monde et soulignant en particulier la gravité des cas somaliens et sud-soudanais. «Nous sommes face à une tragédie; nous devons éviter qu'elle devienne une catastrophe», a-t-il lancé, rappelant que tout est encore «évitable si la communauté internationale prend des actions décisives».»

Le Monde (France), 27 février 2017.

propos de Serge Michailof, « Est-ce que la plus grande famine depuis 20 ans est en train d’arriver en Afrique de l’Est ? »

«...La distribution de l'aide alimentaire dans ces régions est une tâche très difficile et extrêmement dangereuse. En premier les problèmes logistiques sont compliqués car faute d'entretien les routes rurales ont souvent disparu et certaines zones sont ainsi inaccessibles. Mais le vrai problème est l'insécurité et la présence des groupes armés dans la mesure où dès que l'on sort des grands centres urbains il n'y a plus d'autorité étatique. Or l'aide alimentaire représente un enjeu financier et de pouvoir considérable pour les milices et groupes armés. Les agences qui se chargent de sa distribution doivent parfois accepter, sous peine de ne pouvoir accéder à certaines régions ou de se faire piller, d'abandonner une partie de l'aide alimentaire à ces groupes qui ensuite la revendront. Les détournements sont ainsi fréquents de même que les pillages de stocks ou de camions. De manière générale le "coulage" est ainsi quasi inévitable et les critiques internationales fréquentes. Mais j'aimerais voir ces même critiques risquer leur vie sur des pistes impossibles où à chaque check point on risque le kidnapping ou la rafale de kalash....»

Atlantico (France), 20 février 2017.

Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, « Soudan du Sud – La faim, arme de guerre »

«...Ce n'est (...) pas une coïncidence si la région nouvellement touchée par la famine dans le nord du pays est également celle qui a connu parmi les combats les plus intenses entre les deux camps et les milices qui leur sont rattachées. Cette partie du pays a en effet été le théâtre d'importantes offensives et contre-offensives terrestres depuis le printemps 2015, lesquelles s'accompagnaient souvent d'une stratégie de la terre brûlée : destruction de villages, massacres de civils et autres abus, explique Jonathan Pedneault, chercheur pour l'ONG internationale Human Rights Watch au Soudan du Sud. Selon lui, plus de 10 000 têtes de bétail y ont été subtilisées, laissant bien des éleveurs sans moyen de subsistance. Au départ, les organisations humanitaires ont pu répondre aux besoins de cette population, raconte M. Pedneault. Mais la donne a changé à l'été 2016, lorsque le gouvernement a restreint l'accès des humanitaires aux régions perçues comme contrôlées par les rebelles. Il est alors devenu très difficile de circuler hors des centres urbains. " Ce qui est très clair dans l'État de l'Unité comme dans le sud du pays, c'est que les deux parties ciblent les populations civiles et s'attaquent délibérément à leurs moyens de subsistance, sans être inquiétées. La famine est le résultat direct de cette impunité ", dit-il. »

Le Devoir (Québec, Canada), 21 février 2017, p. A1 et A8.

Justin Lynch, « ’This famine is man-made’ »

«...It is not the first time South Sudan has experienced starvation. More than 70,000 people died during a famine in 1998, but a UN official blamed the country's politicians for the latest humanitarian crisis. "This famine is man-made," said Joyce Luma, head of the World Food Programme in South Sudan. "There is only so much that humanitarian assistance can achieve in the absence of meaningful peace and security." Perhaps nowhere else has civil war caused such a drastic decline in South Sudan's food security than in Central Equatoria state, according to the report. Traditionally South Sudan's breadbasket, Central Equatoria has been hit by fighting and ethnically targeted killings that began in July last year and have displaced more than half a million residents and disrupted agricultural production. As a result, more than a third of Central Equatoria's population is now facing crisis or emergency levels of hunger, the report said. South Sudan's widespread hunger has been compounded by an economic crisis as well. The country is experiencing severe inflation and the value of its currency has plummeted 800 percent in the past year, which has made food unaffordable for many families. When the Associated Press visited the western town of Aweil in September, the price of food had risen tenfold in the previous 12 months. Although it is not as significant as the effects of war and inflation, some of South Sudan's hunger crisis could be the direct result of government action. »

The Independent (Royaume-Uni), 21 février 2017, p. 18.

Gouvernance et gouvernement [ 20 février 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Soudan
FaibleUmar al-Hasan Omar el-BechirSadiq al-Mahdi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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