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19 janvier 2017

Assermentation d’Adama Barrow à la présidence de la Gambie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Adama Barrow

Après avoir remporté la victoire à l’élection du 1er décembre 2016, Adama Barrow est assermenté comme président de la Gambie le 19 janvier 2017. Il succède ainsi à celui qu’il a défait, le président sortant Yayha Jammeh. En poste depuis 1994, Jammeh, qui a refusé pendant quelques semaines de reconnaître sa défaite, s’exile pour sa part hors du pays.

Alors un officier de 29 ans, Yayha Jammeh accède au pouvoir en juillet 1994 en renversant le président Dawda Jawara. Élu en 1996, puis réélu à trois reprises, il est à la tête d’un régime autoritaire qui réprime la contestation et la dissidence et commet des accrocs aux droits humains. Jammeh est encore favori à la présidentielle du 1er décembre 2016. Il est alors le candidat de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction, qui détient une forte majorité à l’Assemblée nationale. Ses principaux opposants sont Adama Barrow et Mammah Kandeh qui représentent respectivement la Coalition 2016, un regroupement de plusieurs formations, et le Congrès démocratique de Gambie, un parti mis sur pied en 2016. Barrow, un promoteur immobilier qui n’a jamais occupé de fonction politique, surprend en obtenant 43,3 %, ce qui lui permet de devancer Jammeh avec 39,6 % des voix. Une transition démocratique, la première de l’histoire du pays, se profile alors que Jammeh reconnaît la victoire de Barrow. Il revient toutefois sur ses propos le 9 décembre lors d’un discours télévisé. Il remet en question l’indépendance de la Commission électorale et, à la lumière « d’anormalités inacceptables », réclame un autre scrutin. De fortes pressions sont exercées sur lui, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, pour qu’il reconnaisse sa défaite. Des troupes de pays voisins, notamment le Sénégal, entreprennent même une intervention sur le territoire en janvier, incitant Jammeh à s’exiler. Des milliers de Gambiens, rendus inquiets par cette situation instable, se sont d’ailleurs déplacés au Sénégal pendant cette période trouble. Pour sa part, Barrow, qui est assermenté le 17 janvier, s’engage à relancer l’économie, unifier le pays, former un gouvernement de transition, qu’il ne dirigera que pendant 3 ans, et entreprendre des réformes démocratiques. Il envisage par exemple de fixer une limite de 2 mandats à la présidence.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Benjamin Roger, « La chute de la maison Jammeh »

«...« Nous nous étions préparés à différents scénarios. Tous, sauf celui-là…» explique une source diplomatique à Banjul. Avant ce dénouement inattendu, tous les observateurs, chancelleries et médias (y compris Jeune Afrique) avaient pronostiqué un peu vite l’implacable victoire de Jammeh, synonyme de cinquième mandat. C’était compter sans la réaction de ce président imprévisible et impossible à cerner, qui n’apparaît décidément jamais là où on l’attend. Aussi surprenante soit-elle, sa défaite constitue d’abord une revanche du peuple gambien sur deux décennies de déni de démocratie. Mais elle peut également être expliquée par une succession d’erreurs du chef de l’État. Ces derniers mois, la lassitude de la population était devenue palpable dans la petite enclave gambienne. Économie exsangue, frustrations individuelles et collectives, opposition baîllonnée et droits de l’homme bafoués… Le pouvoir jusqu’alors incontesté de Jammeh commençait à s’effriter. »

Jeune Afrique (France), 11 au 17 décembre 2016, p. 14.

Cyril Bensimon, « Fin de cauchemar en Gambie »

«...Le nouveau président aura notamment pour mission d'exorciser vingt-deux ans d'une dictature aussi brutale qu'excentrique dans le plus petit pays du continent africain. Yahya Jammeh fut un comédien tout à la fois grotesque, terrifiant et imprévisible. Ainsi de cet entretien accordé à l'hebdomadaire Jeune Afrique en juin 2016, où il déclara que « Ban Ki-moon et Amnesty International [pouvaient] aller en enfer! (...) Des gens qui meurent en détention ou durant des interrogatoires, c'est très commun » , après que l'ancien secrétaire général des Nations unies et l'ONG eurent osé réclamer une enquête après le décès en prison de l'opposant Solo Sandeng. Depuis son coup d'Etat, le 22 juillet 1994, contre le régime à bout de souffle de Dawda Jawara, applaudi dans un premier temps par la population, le jeune lieutenant, âgé alors de seulement 29 ans, s'est mué en despote. L'ex-opposant Ousainu Darboe, tout juste nommé pour diriger la nouvelle diplomatie gambienne, ne se souvient plus vraiment du nombre de ses incarcérations - « cinq ou six » -, mais concède que, bien que le putschiste n'ait pas tardé à faire assassiner ou exiler ses compagnons d'armes, « le Yahya Jammeh de 1994 était complètement différent de celui que nous avons vu apparaître dans les années 2000. Au début, il annonçait vouloir mettre un terme à la corruption. Il a poursuivi tous les dirigeants qui possédaient des voitures de luxe . Les promesses seront vite oubliées. »

Le Monde (France), 28 février 2017, p. 16.

Fabien Offner, « Les prémices d’une Gambie nouvelle »

«...Les compétences de la nouvelle équipe au pouvoir restent à prouver. L'ère de la Gambie nouvelle a débuté par plusieurs couacs. Alors membre de la coalition d'opposition, Fatoumata Tambanjang a d'abord menacé maladroitement Yahya Jammeh de poursuites, quelques jours après l'élection d'Adama Barrow. Ce dernier l'a depuis nommé vice-présidente, malgré un âge supérieur à la limite fixée par la Constitution pour exercer cette fonction. Le nouveau président, qui confie en privé n'être « ni un politicien, ni un économiste, simplement un businessman » , est enfin rapidement revenu sur son engagement de se limiter à trois ans de pouvoir malgré un mandat constitutionnel de quatre ans. « Ils ont commencé du mauvais pied , estime Sait Matty Jow, activiste et blogueur.On veut que la nouvelle équipe fasse les choses bien, même si on ne doit pas s'attendre à des miracles. Il faut qu'elle soit claire vis-à-vis des Gambiens, sinon elle perdra leur confiance. » Le jeune homme goûte en attendant aux plaisirs simples de la démocratie. Comme celui de manifester devant l'Assemblée nationale sans crainte d'être arrêté pour réclamer la démission des députés ayant voté l'état d'urgence deux jours avant l'expiration du mandat de Jammeh. La refonte de l'État a débuté par des annonces symboliques. La Gambie réintégrera le Commonwealth et la Cour pénale internationale et n'est déjà plus une « République islamique » , comme l'avait proclamé Jammeh en décembre 2015. »

Mediapart (France), 6 février 2017.

S.A., « Gambia : No Jammeh tomorrow »

«...As Egypt and Libya recently learned, there is more to ending a dictatorship than getting rid of the despot. Mr Barrow, who has never held office, inherits a country with little experience of democracy. He will govern via a shaky, seven-sided coalition whose only real common ground was an intense dislike of Mr Jammeh. Most Gambians also concede that for all its faults, Mr Jammeh's police state managed to keep civil war, Ebola and jihadist terrorism at bay. Mindful of the challenges, Mr Barrow plans to focus on reforming the economy and security forces rather than trying to lock up his predecessor. Instead he has proposed a truth and reconciliation commission. Though odious, Mr Jammeh has far less blood on his hands than, say, Liberia's former president, Charles Taylor. Even if Mr Obiang could be persuaded to give up his guest, ECOWAS (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) may simply deem it not worth the effort of pursuing him, particularly if it risks reopening old wounds. Even so, the way in which ECOWAS rallied to Gambia's defence is cause for cheer. It cements the principle that no one in West Africa can stage a coup or steal an election without risking sanctions or worse from the neighbours. »

The Economist (Royaume-Uni), 28 janvier 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 19 janvier 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Gambie
Non disponibleYahya A. J. J. Jammehposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



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[Résultats] Élections législatives

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