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15 mars 2017

Élections législatives aux Pays-Bas

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mark Rutte

Malgré un recul par rapport aux élections de 2012, le Parti populaire libéral et démocrate (PPLD) du premier ministre sortant, Mark Rutte, arrive en tête des législatives aux Pays-Bas avec 21,3 % des voix et 33 sièges. Il devance le Parti pour la liberté (PPL) de Geerth Wilders, une formation eurosceptique connue pour ses positions fermes à l’endroit de l’immigration musulmane.

La crise migratoire de 2015 contribue à la popularité du PPL de Wilders qui prend la tête dans plusieurs sondages, avec les meilleurs résultats de son histoire. Celui-ci se propose de freiner l’immigration musulmane, d’interdire la vente du Coran et de fermer les écoles musulmanes et les mosquées. À ce moment, le gouvernement est dirigé par une coalition unissant le PPLD et le Parti travailliste (PT), les deux formations qui ont dominé les législatives de 2012. Plusieurs s’attendent à une percée du PPL aux élections du 15 mars 2017. Celui-ci ne peut toutefois aspirer à gouverner, le système proportionnel en vigueur aux Pays-Bas favorisant la représentation de plusieurs partis. Or, ceux-ci sont presque unanimes à dire qu’ils ne participeront pas à un gouvernement incluant le PPL. La campagne connaît un développement imprévisible, alors qu’un incident diplomatique oppose les Pays-Bas à la Turquie. L’attitude ferme adoptée par le premier ministre Rutte semble satisfaire les électeurs qui, le 15 mars, renouvellent leur confiance au PPLD. Celui-ci arrive en tête avec 33 sièges. Il devance le PPL de Wilders qui gagne pour sa part 20 sièges, 5 de plus qu’en 2012, mais moins que ce que des sondages laissaient présager. L’Appel chrétien-démocrate, les Démocrates 66, le Parti socialiste obtiennent respectivement 19, 19 et 14 sièges. Gauche verte surprend avec une récolte record de 14 députés, tandis que le PT, grand perdant de l’élection, est relégué au 7e rang avec 9 députés, 29 de moins qu’en 2012. Pour gouverner, le PPLD devra s’appuyer sur une coalition comprenant un plus grand nombre de partis qu’à l’habitude aux Pays-Bas. Le succès mitigé du PPL fait un peu figure de baromètre aux yeux des observateurs. Ils s’interrogent maintenant sur les chances des candidats et des partis eurosceptiques et plus fermés à l’endroit de l’immigration musulmane lors des élections qui auront lieu plus tard en 2017 en France (avril) et en Allemagne (septembre).

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Dominique Moisi, « Populisme : la leçon hollandaise »

«...Jamais deux sans trois », dit la sagesse populaire. En d'autres termes, après la victoire du Brexit en Grande-Bretagne et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, préparez-vous au succès de Marine Le Pen en France ! Le vieux proverbe, aux origines mystérieuses, est constamment utilisé par les Cassandre de la politique pour annoncer le pire. Mais, depuis le résultat des élections législatives aux Pays-Bas, l'adage peut aussi exprimer la résilience des démocraties, et pas seulement l'inéluctable triomphe des populismes. Après l'Autriche, où le représentant de l'extrême droite a été battu à l'élection présidentielle par le candidat écologiste, après les Pays-Bas, où le Premier ministre, Mark Rutte, a fait barrage au populisme de Geert Wilders, verrons-nous demain, en France, un nouvel échec du Front national aux marches du pouvoir ? Attaquée de l'intérieur par les populistes et de l'extérieur par les diatribes insensées du régime turc, la Hollande est sortie de l'épreuve la tête haute et le message clair : « Le populisme n'est pas une fatalité, on peut rester digne, fidèle à ses valeurs et gagner les élections. » On peut même se demander si le nationalisme blessé des Hollandais face aux provocations de la Turquie n'a pas servi, en quelque sorte, de digue face aux vagues du populisme. Il ne faut pas jouer avec l'honneur des peuples. »

Les Échos (France), 20 mars 2017, p. 11.

Fabien Escalona, Donatien Huet, « Pays-Bas : les sociaux-démocrates en perdition »

«...Il faut encore comprendre pourquoi le système partisan néerlandais, qui connaissait des niveaux de volatilité électorale dans la moyenne des autres démocraties d'Europe de l'Ouest jusque dans les années 1980, s'est à ce point singularisé depuis. Une des clés d'explication est bien sûr fournie par le mode de scrutin proportionnel, qui permet un vote particulièrement expressif. Aux Pays-Bas, les listes s'affrontent dans une circonscription nationale unique, avec un seuil de représentation parlementaire extrêmement bas (0,67 %). Ces deux caractéristiques maximisent la proportionnalité entre les voix accordées par les citoyens et les sièges obtenus par les forces politiques. Des facteurs additionnels sont à prendre en compte. Dans un article datant de 2008 , le politiste Peter Mair mettait en avant le caractère très ouvert de la compétition politique, pour des raisons qui tiennent à l'économie du système partisan en général, et pas seulement au mode de scrutin. Si la « dé-pillarisation » a produit de tels effets sur la scène politique, c'est aussi parce que « les élections sont rarement décisives » pour la formation du gouvernement. En effet, les combinaisons de coalition ne sont pas, comme dans d'autres pays, prévisibles et/ou annoncées clairement devant les électeurs. Elles sont largement et plus qu'ailleurs le fruit de négociations postélectorales monopolisées par les dirigeants de partis. »

Médiapart (France), 16 mars 2017.

Boris Mabillard, « Et si la recette pour contrer le populisme était néerlandaise ? »

«...Des raisons objectives expliquent les résultats décevants de Geert Wilders. D'abord, l'actuel gouvernement n'a pas - contrairement à celui de Manuel Valls en France - suscité un rejet radical. Il n'y avait pas comme aux États-Unis ou en France un désir d'alternance. Le premier ministre sortant, Mark Rutte, a pu s'appuyer sur son excellent bilan: avec une croissance de 2,3%, l'économie se porte mieux que dans la plupart des pays d'Europe, quant au chômage il ne cesse de baisser et a atteint son plus bas niveau depuis 2011 à 5,3%. Ensuite, en droitisant son discours politique, Mark Rutte a réussi à séduire une partie des Néerlandais qui craignent un afflux massif d'étrangers en provenance de pays musulmans. Près de 40% des électeurs hésitaient encore dans la dernière ligne droite. La crise turque est arrivée fort opportunément à quelques jours du scrutin et a certainement pesé dans la balance. Elle a permis à Mark Rutte d'apparaître ferme, sinon intransigeant, et responsable face aux gesticulations et menaces du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Mark Rutte a aussi joué sur l'imminence du péril populiste, le « populisme de mauvais aloi » qu'il a fustigé. Cette urgence face au danger a dopé la participation (80,2%), ce qui a profité aux partis mobilisés contre Geert Wilders. »

Le Temps (Suisse), 17 mars 2017, p. 6.

Jean-Simon Gagné, « L’étrange cas du « Trump néerlandais »»

«...Dans l'ensemble, la stratégie de Wilders consiste à ratisser large. Autant à droite qu'à gauche. Après avoir soutenu la politique d'austérité du gouvernement, il la dénonce aujourd'hui. En 2017, ses promesses électorales sont peu nombreuses, mais ultra-ciblées. Pour les pauvres, il réclame une baisse des loyers. Pour les riches, une diminution des impôts. Pour les personnes âgées, des investissements dans les résidences. Au nom des «valeurs néerlandaises», il pose même en défenseur des droits des gais, qu'il estime menacés par l'arrivée de musulmans très conservateurs. (...) Pour l'instant, les probabilités de voir un jour Geert Wilders à la tête des Pays-Bas semblent extrêmement minces. Personne ne veut former une coalition avec lui. Les autres le traitent comme une substance radioactive. Sa vraie victoire est ailleurs. En 10 ans, il a réussi à imposer ses peurs et ses obsessions à la vie politique néerlandaise. Selon un sondage Ipsos Mori réalisé en décembre, les Néerlandais évaluent en moyenne à 19 % la proportion de musulmans parmi la population des Pays-Bas. En réalité, le chiffre voisine plutôt 6 %. Le chroniqueur néerlandais Tom-Jan Meeus a résumé ce qu'il surnomme «l'effet Wilders». «Depuis que son Parti pour la liberté(PVV) a conquis ses premiers sièges au Parlement, il y a une dizaine d'années, Wilders a remodelé la politique dans un pays qui s'enorgueillissait jusque-là de ses traditions de tolérance et de progrès, écrit-il. Désormais, les débats, le langage, les réflexes des médias, même les stratégies des partis sont influencées par ses politiques.» »

Le Soleil (Québec, Canada), 18 mars 2017, p. 20-21.

S.A., « Dutch Elections : The centre holds »

«...The Netherlands breathes a sigh of relief. It was supposed to be the kick-off of Europe's year of populism. For months, analysts had speculated that Geert Wilders, the platinum-blond rabble-rouser who calls for the Netherlands to shutter its mosques and quit the European Union, might come first in the Dutch election, portending smashing wins for anti-Muslim Eurosceptics across the continent. It did not happen. On March 15th the Dutch delivered a vote of confidence in the competent centre--despite a last-minute diplomatic clash with Turkey that featured riots in Rotterdam and wild allegations from Recep Tayyip Erdogan, Turkey's president. (...) The Netherlands now faces lengthy haggling before a government based on dozens of compromises can take shape. In other words, Dutch politics as usual--just what Mr Wilders and his followers despise. The anti-immigrant right had hoped the row with Turkey would help them reframe the election as a battle between the Netherlands and Islam. Instead, it handed Mr Rutte control of the agenda. »

The Economist (Royaume-Uni), 18 mars 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 15 mars 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Pays-Bas
ÉlevéWillem-AlexanderMark Rutte

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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