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16 avril 2017

Tenue d’un référendum constitutionnel en Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Neuf mois après le coup d’État raté des militaires contre lui, le président Recep Tayyip Erdogan demande aux Turcs de se prononcer sur des amendements constitutionnels qui renforceraient considérablement les pouvoirs présidentiels. Le 16 avril 2017, ils votent en faveur de cette proposition à 51,4 %, un résultat que conteste cependant l’opposition.

La guerre en Syrie, les turbulences de l’État islamique et les revendications des Kurdes contribuent au climat d’instabilité entourant la Turquie. Le coup d’État raté des militaires, le 15 juillet 2016, ajoute aux tensions, d’autant plus qu’il est suivi par l’arrestation, le congédiement ou la suspension de dizaines de milliers d’opposants au régime du président Erdogan. Ce dernier plaide le besoin de sécurité, notamment face aux attentats terroristes minant son pays, et de stabilité politique intérieure pour demander un renforcement considérable des pouvoirs présidentiels. Il est adopté par plus de 60 % des parlementaires le 21 janvier 2017, ce qui permet la tenue d’un référendum. Les changements proposés feraient passer la Turquie d’une République parlementaire à présidentielle. Les pouvoirs du premier ministre, dont le poste est aboli, seraient concentrés entre les mains du chef de l’État qui pourrait maintenant être membre d’un parti politique. Ce dernier choisirait les ministres, nommerait un certain nombre de juges et pourrait faire passer des lois par décrets. Avec la limite de deux mandats de 5 ans, entrant en vigueur lors de l’élection de 2019, cela signifie qu’Erdogan, qui a été premier ministre de 2003 et 2014 et est président depuis 2014, pourrait diriger le pays jusqu’en 2029. Ses opposants craignent qu’une telle concentration des pouvoirs, sans contrepoids efficace, ne provoque une « dérive autoritaire ». Le 16 avril 2017, la population vote à 51,4 % en faveur des amendements proposés. Ce résultat met fin à une campagne dure, marquée par des incidents diplomatiques avec l’Allemagne et les Pays-Bas, au terme de laquelle les adversaires du président clament que des irrégularités ont entaché le processus. Erdogan souhaite maintenant tenir un référendum rétablissant la peine de mort. Ce geste accentuerait le fossé séparant la Turquie de l’Union européenne qui a banni cette sanction.

Dans les médias...


Ursula Gauthier, « Turquie : « Le référendum légalise le culte d’Erdogan » »

«...Si l'on observe la carte électorale, la Turquie est en réalité coupée en trois. Il y a tout d'abord une Turquie kurde qui, malgré la répression, les interdictions et les emprisonnements, a voté massivement pour le non, obéissant à l'appel de son parti HDP. C'est la Turquie du Sud-Est où Erdogan n'a pas la majorité. Deuxièmement, il y a sur toute la côte, de la Mer Egée à la frontière syrienne, ainsi que dans toutes les grandes villes (Istanbul, Izmir, mais aussi Ankara, Bursa, Denizli) une Turquie laïque, pro-européenne, parlementariste. C'est la Turquie de l'Ouest et la Turquie urbaine. Toutes les grandes villes dynamiques qui constituent le coeur économique et culturel de la Turquie ont voté pour le non. Pour la première fois depuis 15 ans, l'AKP d'Erdogan est minoritaire à Ankara et Istanbul. Et enfin, il y a la Turquie d'Erdogan, celle des provinces d'Anatolie centrale et de la Mer noire. Cette troisième Turquie est conservatrice, elle voue un véritable culte personnel à Erdogan, égal à la détestation que lui vouent les deux autres Turquies, générant un profond clivage. Cette Turquie provinciale est enfermée sur elle-même, ni pro-européenne ni particulièrement Moyen-orientale, et en tout cas méfiante de toute influence extérieure. »

L’Obs (France), 17 avril 2017.

Stéphane Aubouard, « De Van à Istanbul, déception et gueule de bois »

«...Le fait est que, depuis les législatives en novembre 2015, les partis du oui (AKP et MHP) au pouvoir ont perdu du terrain. Mais le déjà très puissant président semble prêt à enclencher la seconde. « Il voudrait maintenant nous proposer un référendum sur le retour sur la peine de mort. Mais dans quel pays allons-nous vivre ? Erdogan veut-il nous séparer du monde occidental ? » questionne Zere. La mise en place d'une telle consultation sonnerait en effet le glas d'une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union européenne et confirmerait l'orientation nouvelle du « Nouveau Sultan » comme l'appelle l'opposition, prêt à aller au bout d'un changement culturel majeur dans son pays. C'est-à-dire prêt à faire fi de près d'un siècle de laïcité et se mettre à dos les 23,5 millions de Turcs qui lui ont dit non dimanche. Le président Erdogan, en guerre ouverte au Kurdistan turc, s'attaque désormais à l'ensemble du peuple progressiste. Si le oui n'est pas remis en question dans les prochains jours, les nouveaux pouvoirs du président pour réaliser son projet islamo-conservateur seront sans limite avec l'abolition du poste de premier ministre. Recep Erdogan nommerait lui-même ses ministres et vice-présidents. Le pays serait alors dirigé par décret. L'indépendance de la justice - déjà mise à mal avec l'éviction de magistrats soupçonnés d'être liés à Fetullah Gülen, l'ex-ami d'Erdogan que ce dernier considère comme le responsable du coup d'État raté de juillet - serait également à sa main. »

L’Humanité (France), 18 avril 2017.

Marc Semon, « Erdogan, la folie des grandeurs »

«...Dans ses discours de campagne pour le référendum du 16 avril destiné à élargir encore ses pouvoirs, le président turc alterne les paraboles coraniques, les références à l'histoire ottomane, les proclamations politiques et les invectives contre les partisans du non -assimilés aux « putschistes » de juillet 2016 ou aux « terroristes » . Il peut être tour à tour lyrique pour annoncer la construction « du pont suspendu le plus long du monde » au-dessus du détroit des Dardanelles, et imprécateur pour dénoncer le « gang global » conspirant contre la Turquie. L'ex-gamin des rues de Kasimpasa, au coeur du vieil Istanbul, parle cru. Jamais un leader politique de premier plan n'a su s'adresser aussi directement à cette autre Turquie, celle du petit peuple croyant des banlieues et de la bourgeoisie conservatrice de l'Anatolie marginalisés pendant des décennies par les « Turcs blancs », les élites occidentalisées, pilier de la République inspirée du modèle jacobin créée par Mustapha Kemal Ataturk sur les décombres de l'Empire ottoman. Mais la magie de la parole du « Reis », comme l'appellent ses partisans, ne fonctionne plus comme avant. »

Le Monde (France), 17 avril 2017, p. 21.

Laura-Julie Perreault, « Erdogan, le sultan du peuple »

«…S'il remporte son pari, le président Erdogan pourra assumer la présidence sans s'inquiéter du Parlement, qui perdra la majorité de ses pouvoirs, ou de la cour constitutionnelle du pays, dont il nommera la moitié des juges. «Le populisme peut être démocratique. Par contre, lorsqu'un leader est capable de démanteler tous les contrepouvoirs, ça devient vraiment inquiétant», dit Nora Fisher Onar (un professeur de sciences politiques). Depuis le coup raté de l'été dernier, l'opposition au président est très mal en point. Au moins 100 000 personnes dans la machine étatique ont fait l'objet de purges. Des centaines de journalistes ont été arrêtés. Et les leaders du parti pro-kurde sont derrière les barreaux. En campagne référendaire, le président accuse l'Occident, le mouvement Gülen - auquel il attribue le coup raté de l'été dernier - et les «terroristes» kurdes de comploter contre le succès de la Turquie. «Erdogan estime que celui qui remporte le vote est celui qui représente la volonté du peuple. Cette volonté doit être imposée aux médias, aux universités et à l'aile judiciaire», dit Mustafa Akyol, aujourd'hui chercheur au Projet liberté du Wellesley College du Massachusetts. Ces craintes, à l'approche du vote, sont grandes. «Qu'annonce l'ascension d'un président tout-puissant n'ayant pas de garde-fou? C'est la fin de la démocratie.» »

La Presse (Québec, Canada), 15 avril 2017, p. A16.

S.A., « A referendum in Turkey : The slide into dictatorship »

«...The new constitution embodies the "illiberal democracy" of nationalists such as Viktor Orban of Hungary and Vladimir Putin of Russia, to whom Mr Erdogan is increasingly compared. On this view, election winners take all, constraints are obstacles to strong government and the ruling party has a right to subvert institutions, such as the judiciary and the press. Yet this kind of stability is hollow. The most successful democracies make a point of separating powers and slowing governments down. The guiding idea of the American constitution is to stop presidents from acting as if they were monarchs, by building in checks and balances. Even the British prime minister, untrammelled by a written constitution, has to submit herself to the courts, a merciless press and a weekly grilling in Parliament, broadcast live. Turkey is especially ill-suited to winner-takes-all government. It is divided between secular, religious and nationalist citizens, as well as Turks, Kurds, Alevis and a few remaining Greeks, Armenians and Jews. If the religious-conservative near-majority try to shut out everyone else, just as they were once shut out, Turkey will never be stable. But the most important argument against majoritarian politics is Mr Erdogan himself. Since the failed coup, he has been governing under a state of emergency that demonstrates how cruelly power can be abused. The state is entitled to protect its citizens, especially in the face of political violence. But Mr Erdogan has gone far beyond what is reasonable. »

The Economist (Royaume-Uni), 15 avril 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 16 avril 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
LimitéRecep Tayyip ErdoganBinali Yıldırım

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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juin
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[Résultats] Élections législatives

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2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
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