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19 mai 2017

Réélection en Iran du président Hassan Rohani

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hassan Rohani

Au terme d’une campagne rude, le président iranien sortant, Hassan Rohani, est réélu avec 57,1 % des voix, contre 38,3 % pour son principal adversaire, le conservateur Ebrahim Raïssi. Cette victoire est interprétée par plusieurs, dont Rohani, comme un « rejet de l’extrémisme » et une volonté de paix avec les autres pays.

Un ex-négociateur en chef dans le dossier nucléaire pour l’Iran entre 2003 et 2005, Rohani est élu au premier tour de la présidentielle du 14 juin 2013 avec 50,7 % des voix. Considéré comme un modéré, il accepte une entente avec les puissances internationales le 21 juillet 2015. Elle prévoit des restrictions au développement du programme nucléaire iranien. Cet accord a aussi une dimension économique puisque les pays signataires s’engagent à relâcher les sanctions économiques contre l’Iran, particulièrement sur ses importantes ressources pétrolières. Cette mesure contribue à relancer la croissance iranienne. En 2017, dernière année de mandat de Rohani, le pays reste néanmoins aux prises avec un taux de chômage élevé, notamment chez les jeunes. Malgré la grogne, le président domine dans les sondages contre son principal opposant, le candidat de l’Association du clergé combattant, Ebrahim Raïssi. Considéré comme un conservateur, cet homme de 59 ans mise sur l’appui des campagnes et des villages ainsi que sur celui des gens déçus du régime Rohani. Le président, qui sollicite un deuxième et dernier mandat, compte pour sa part sur l’électorat urbain et les classe moyennes. Plus de 1600 candidatures à la présidence sont rejetées par le Conseil des gardiens de la Constitution, dont celle de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013). Parmi les huit qui restent, seulement deux ont une chance de l’emporter : Rohani, du Parti de la modération et du développement, et Raïssi. Certains candidats se rallient d’ailleurs à eux quelques jours avant le vote. La campagne est marquée par la tenue de débats au cours desquels des accusations de corruption sont lancées. La victoire de Rohani avec une majorité de 57,1 % des voix, le 19 mai 2017, met fin au suspense dès le premier tour. Ce triomphe et l’importance de la marge victorieuse sont bien accueillis à l’internationale, où l’on espère que Rohani poursuivra la politique d’ouverture amorcée dans son premier mandat.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Georges Malbrunot, « Iran : les difficiles chantiers du président Rohani »

«...Face au guide, qui concentre l'essentiel des pouvoirs, le président dispose de quelques atouts. Il a été magistralement réélu, avec cinq millions de voix de plus qu'en 2013. Selon un diplomate, « Rohani pourrait même devenir une force rassembleuse de tous ceux qui veulent que ça aille mieux en Iran » . Voire se positionner dans la course pour remplacer Ali Khamenei, 77 ans, et malade, grâce à une incontestable légitimité populaire face à des conservateurs dont le candidat n'a recueilli vendredi que 38 % des votants. « Soit, sur l'ensemble de la population, guère plus de 25 % d'Iraniens qui soutiennent le système de la République islamique » , fait remarquer un journaliste iranien qui tient à l'anonymat. « Certes, ce n'est pas énorme, répond un intellectuel proche du courant conservateur, mais les 15 millions de personnes qui ont voté Raissi sont de fidèles défenseurs du régime, alors que parmi les 23 millions qui ont choisi Rohani, dans un an ou deux, beaucoup viendront lui réclamer des comptes. » Même si l'atmosphère n'est plus aussi lourde qu'au cours des années de plomb 2009-2011, des administrateurs de la chaîne cryptée Telegram ont encore été arrêtés ces derniers mois, ainsi qu'un couple qui avait caché plusieurs centaines de bouteilles de vin chez lui. Bref, les gardiens de l'orthodoxie islamique continuent de veiller au grain. »

Le Figaro (France), 22 mai 2017, p. 7.

Pierre Barbancey, « Les électeurs plébiscitent les réformes et le changement »

«...Un sentiment si fort au sein de la société iranienne qu'on peut penser qu'il a même été entendu par le guide suprême, Ali Khamenei, qui soutenait l'adversaire de Rohani. Entendre ne veut pas dire partager pour autant. Mais le guide suprême, dont la succession est de plus en plus souvent évoquée, sait que le pouvoir qu'il représente ne peut se permettre de nouvelles explosions populaires comme cela s'était produit après la seconde élection d'Ahmadinejad. Des millions d'Iraniens avaient envahi les rues. Un mouvement de contestation qui aurait peut-être pu aller jusqu'à remettre en cause les fondements mêmes de la République islamique. Ce que ne veut pas Khamenei. Il s'est donc contenté de montrer que les intérêts qu'il représente sont là et bien là, d'où la virulence de la campagne de son poulain. Par ailleurs, les choses étant ce qu'elles sont en Iran, le président de la République est loin de détenir tous les pouvoirs entre ses mains. Le guide suprême chapeaute le Conseil suprême de la sécurité nationale, et le Conseil de discernement peut contrecarrer les lois votées au Parlement. Autant dire que Hassan Rohani devra jouer habilement s'il veut aller plus loin que le dernier président réformateur, Mohammad Khatami, et imposer des changements sans possibilités de remise en cause. C'est l'enjeu. Pour cela, il doit absolument permettre aux Iraniens de vivre mieux. »

L’Humanité (France), 22 mai 2017.

Ghazal Golshiri, Louis Imbert, « Les Iraniens plébiscitent la politique d’ouverture de Rohani »

«...M. Rohani, élu en 2013 dès le premier tour avec près de 51 % des voix, souhaite capitaliser sur un soutien populaire nettement exprimé. « Il va défendre ses compétences face aux instances non élues : cela peut aboutir à un rééquilibrage des pouvoirs », estimait avant le vote l'ancien député révolutionnaire Ahmad Salamatian, à Paris. L'analyste note que M. Rohani n'échappe pas à une règle, qui veut que tout président iranien se libéralise au fil de ses mandats (la limite est de deux mandats consécutifs), entrant en rivalité plus ou moins ouverte avec le Guide. M. Rohani, en campagne, a affirmé pouvoir obtenir du Guide suprême, Ali Khamenei, sous la pression du vote populaire, la libération de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, candidats malheureux à la présidentielle de 2009, en résidence surveillée depuis 2011 pour avoir soutenu les manifestants. Il avait échoué durant son premier mandat à remplir cette promesse, faite dès 2013. M. Rohani a également promis de négocier la levée des sanctions non liées au nucléaire, qui freinent la reprise des investissements étrangers dans le pays. Il lui faudra pour cela trouver un canal de communication avec l'administration américaine de Donald Trump, qui n'a pas entièrement confirmé son soutien à l'accord nucléaire, signé sous la présidence de Barack Obama, tout en le respectant jusqu'ici. »

Le Monde (France), 22 mai 2017, p. 1.

Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, « Planète Terre-Iran : l’élection présidentielle décryptée »

«...La question des libertés individuelles et collectives est centrale. En réalité, la classe moyenne, et surtout les jeunes, qui aspirent à plus d'ouverture politique, est largement déçue du bilan de Rohani. Car même s'il y a eu certaines ouvertures culturelles, la répression à l'endroit des activistes est très courante. Rohani a d'ailleurs lancé une virulente attaque contre son adversaire conservateur Raisi en disant que " [le peuple iranien] va dire une nouvelle fois qu'il ne veut pas de ceux qui n'ont pratiqué que les exécutions et l'emprisonnement durant 38 ans ". Une référence aux exécutions de masse des prisonniers politiques. Ces remarques ont franchi une ligne rouge, car il est tabou de critiquer les violations des droits de la personne par le système. Malgré la déception de son électorat, Rohani demeure le meilleur choix pour les libertés. Les Iraniens sont toutefois conscients que ça demeure une bataille ardue en raison des positions conservatrices des puissantes instances non élues du pays, tels les Gardiens de la révolution et le guide suprême. »

Le Devoir (Québec, Canada), 17 mai 2017, p. B7.

Emma Graham-Harrison, Saeed Kamali Dehghan, « Iran : Hassan Rouhani wins landslide in huge victory for reformists »

«...Although victory has tilted the political balance towards reformists in the short term, Raisi secured a face-saving vote tally high enough to mean that he is not politically finished, and lying ahead is the battle to choose a new supreme leader. Ayatollah Ali Khamenei holds the position for life, but he is 77 and thought to be in poor health. A hardliner keen to preserve his legacy, he is believed to have tacitly backed Raisi as president, and possibly favoured him as a possible successor. After the vote he issued a statement addressed to the Iranian people in which he praised the « massive and epic » turnout. However in contrast to the 2013 elections, he offered no congratulations to Rouhani. While Raisi lost the election, he won enough support to preserve his political career. His 16 million votes, combined with success in persuading hardliners to back him, could put him in a good position to run again in 2021 when Rouhani will be barred from seeking another term in office. « Mr Rouhani should not forget that more than 16 million people did not vote for him, » Reza Gholami, a cleric allied with the hardliners, was quoted as saying by the semi-official Fars news agency. « So he should respect their right to criticise him.» »

The Guardian (Royaume-Uni), 20 mai 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 19 mai 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Iran
FaibleHassan Rouhaniposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2012 - 2016



juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2013
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran


Dans l'actualité


octobre
2019
Le Moyen-Orient s'enflamme dans une nouvelle guerre froide

septembre
2017
Réélection de Rouhani en Iran : vers l'ouverture et la modération

septembre
2017
Téhéran frappé par le groupe État islamique

février
2017
L'accord nucléaire iranien remis en question

mars
2016
Iran - Arabie Saoudite : des décennies de relations abruptes

février
2016
L'Iran entre réforme et tradition

décembre
2015
L'Iran : une population qui sombre dans la drogue

janvier
2014
Signature d'un accord historique sur le nucléaire iranien

décembre
2013
Nucléaire iranien : un accord historique réjouit la communauté internationale

octobre
2013
Élection de Rohani : naissance d'un espoir international


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