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24 avril 2004

Référendum à Chypre sur le plan Annan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Kofi Annan

Afin de dénouer l’impasse politique qui persiste à Chypre, le secrétaire général des Nations unies (ONU), Kofi Annan, propose un plan prévoyant la création d’une fédération : la République chypriote unie. Lors d’un référendum tenu le 24 avril 2004, la population se prononce cependant contre à 66,7 %.

Depuis l’intervention de troupes turques, en 1974, Chypre est divisée en deux zones séparées par une « ligne verte ». Celle du sud, la plus peuplée, est à majorité grecque, alors que celle du nord est à majorité turque. Une République turque de Chypre du Nord est proclamée en 1983, mais elle n’est reconnue que par la Turquie. En 1999, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, lance des discussions pour dénouer l’impasse. De longues négociations aboutissent à un plan centré sur la création d’une fédération unissant les deux États. Ce plan prévoit un conseil présidentiel ainsi qu’un président et un vice-président de chaque communauté, avec alternance aux 20 mois pendant un mandat de 5 ans. D'autres institutions, dont une Cour suprême, seraient mises sur pied, avec une représentation des deux communautés. Un hymne national et un drapeau seraient également adoptés. Le plan est soumis à un référendum le 24 avril 2004. La partie turque vote en sa faveur à 64,9 %, mais la partie grecque, la plus populeuse, le rejette à 75,8 %. Au total, les opposants représentent donc 66,7 % des 89 % des électeurs ayant participé à l’exercice. Plusieurs motifs expliquent le vote des Grecs. Ceux-ci considèrent que les Turcs ont trop d’importance au sein des nouvelles institutions. De plus, ils sont insatisfaits du maintien de militaires turcs dans le nord et du plan de retour dans la partie turque des Grecs expulsés en 1983. Pour leur part, les Turcs, dont la situation économique est plus difficile, voyaient plus d’avantages à ce règlement. C’est également le cas du gouvernement turc qui souhaite adhérer à l’Union européenne (UE). Malgré la déception exprimée sur la scène internationale, cet échec n’empêche pas l’intégration de Chypre dans l’UE, avec 9 autres pays, en mai 2004. Il n’y a toutefois pas d’autre plan à court terme pour relancer les discussions sur la situation politique de cette île.

Dans les médias...


Michel Faure, « Le message de Chypre »

«...Les Chypriotes grecs n’ont pas rejeté l’idée d’une réunification de l’île en votant « non » au référendum du 24 avril. Ils ont préservé son éventualité en rejetant un projet – le « plan Annan » - qui prétendait organiser la réconciliation en congelant le temps d’une génération (vingt ans) un apartheid ethnique difficilement concevable au sein de l’Union européenne. Il s’agit d’une nuance que la communauté internationale a voulu ignorer. « Une occasion unique et historique perdue », tonne, sans doute vexé, l’auteur du plan, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU. Washington est « déçu ». L’Europe exprime ses « regrets ». Puisse-t-elle regretter surtout son inaction alors que se jouait dans sa périphérie quelque chose de central : la paix à ses frontières, chez d’anciens ennemis. Si les Chypriotes grecs n’ont pas injurié l’avenir, les Chypriotes turcs non plus, qui, eux, ont voté « oui ». Ils n’ont pas seulement exprimé ainsi leur désir d’entente, mais également leur soif de démocratie. (...) Le paradoxe de ces deux votes contradictoires, c’est qu’ils désirent au fond la même chose : une volonté d’effacer tout de suite la séparation – et non pas de l’aménager, comme le proposait Annan. »

L’Express (France), 3 mai 2004, p. 32.

J.-G. F, « Chypre : la réunification en marche »

«...Tassos Papadopoulos, président chypriote grec, indifférent à cette occasion historique, a délibérément ignoré les perches tendues par l’ONU et l’Union européenne qui auraient permis d’améliorer le projet pour la partie grecque de l’île. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les Européens ont accepté de discuter les moyens d’apporter une assistance économique à la partie turque de l’île. Reste un imbroglio ubuesque combiné, selon les termes mêmes de Günter Verheugen, à une « ombre portée sur l’adhésion de Chypre ». L’imbroglio, c’est la « ligne verte » séparant depuis 1974 les deux « zones ». Marquera-t-elle désormais la frontière de l’Union européenne? Où s’agira-t-il d’une simple ligne de démarcation qui n’empêchera pas les deux communautés de continuer à commercer et à circuler? Quant à l’ombre portée, c’est le sort inégal réservé aux habitants de cette terre en guerre depuis 1974. Comme autrefois la Grèce, les Chypriotes grecs percevront les subventions de l’Union (payées essentiellement par l’Allemagne). Rien de tel pour les Chypriotes turcs, même s’ils ont exprimé clairement leur volonté de rejoindre l’Europe. »

Le Nouvel Observateur (France), 29 avril au 5 mai 2004, p. 32.

Odile Gandor, « Non, mais...»

«...À long terme, la réunification aura lieu. Forcément. Mais l’acclimatation réciproque ne se fera pas en un jour. Même si les référendums avaient abouti à un accord, il aurait fallu laisser du temps au temps. On peut regretter que le climat d’urgence dans lequel s’est déroulée la consultation, dans un jeu forcené de pression à tous les niveaux, ait donné à l’histoire un tempo accéléré qui a, semble-t-il, aveuglé les Chypriotes grecs sur les vertus de la longue durée. (…) Les référendums du 24 avril peuvent être considérés, avant tout, comme un échec pour l’Onu et pour l’Europe : trop de précipitation, trop de déterminations extérieures – l’adhésion de la Turquie à l’UE, le statut des bases britanniques – et sur lesquelles les Chypriotes grecs n’avaient, et n’ont, aucun pouvoir de décision. Certes un « oui » unanime aurait satisfait beaucoup de monde, dans l’immédiat. Mais trop de facteurs laissés dans l’ombre auraient ressurgi. C’est à ce flou inquiétant que les Chypriotes grecs ont dit « non », dans ce que l’un d’eux appelle « un baroud d’honneur ». Mais l’avenir de Chypre reste à construire… Et, qu’on le veuille ou non, il se fera avec l’Europe, avec la Turquie, et sous l’égide de l’Onu. »

Le Nouvel Afrique-Asie (France), juin 2004, p. 61.

George Wright, « Greek Cypriot leaders reject Annan plan »

«...Greek Cypriots in favour of a « yes » vote, who include former presidents Glafcos Clerides and George Vassiliou as well as the centre right Democratic Rally opposition party, took part in a 3,500-strong rally yesterday in Nicosia. Some of them claimed that the staunch opposition of current president Tassos Papadopoulos and the prevalence of his supporters in the news media had kept the benefits of the Annan plan from the people. This is a view backed up by the UN itself, which has voiced strong concerns in the days leading up to the vote that its key representatives are being refused access to broadcasters and press, thus preventing them from explaining the plan to the Greek-Cypriot people. Guenter Verheugen, the enlargement commissioner who helped Cyprus into the EU, told the European parliament yesterday he felt « disappointed » and « cheated » by the Greek-Cypriot government.« For months on end I have done everything I could in good faith to make it possible for the Greek-Cypriot side to accept this plan on the understanding that this is what they intended to do. Now things look very different, » he said. »

The Guardian (Royaume-Uni), 22 avril 2004.

Gouvernance et gouvernement [ 24 avril 2004 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chypre
ÉlevéTassos Nikolaou Papadopoulos

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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