Université de Sherbrooke
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4 novembre 1984
Élection de Daniel Ortega à la présidence du Nicaragua

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Daniel Ortega

Les premières élections tenues au Nicaragua depuis 1974 procurent à Daniel Ortega et au Front de libération nationale sandiniste une victoire décisive.

Après le renversement de la dictature d'Anastasio Somoza, en 1979, la junte qui a pris le pouvoir au Nicaragua effectue un rapprochement avec Cuba et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) qui inquiète le gouvernement américain. Des élections tenues le 4 novembre 1984 permettent au sandiniste Daniel Ortega d'être élu président et au Front de libération nationale sandiniste d'obtenir 63% des voix et 61 des 96 sièges de l'Assemblée législative. Le Parti démocratique conservateur de Clemente Guido vient loin derrière avec 13% des votes et 14 sièges, mais il faut préciser que le principal parti d'opposition ne participe pas à l'élection qu'il dénonce. L'exercice est d'ailleurs qualifié de fraude par les États-Unis qui supportent les contras, des opposants armés au régime, et adopteront un embargo commercial total contre le Nicaragua en 1985. Des tensions persisteront entre les deux pays, le président Ortega exprimant publiquement la conviction que son pays sera éventuellement envahi par l'armée américaine. Ortega sera président jusqu'à sa défaite aux élections de 1990.

Dans les médias...


Pierre Blanchet, «Managua : le fantôme de la liberté»

«...Oui, sur le plan formel, ces élections sont libres. Pourtant, alors qu'ils pourraient s'abstenir ou voter comme ils l'entendent, beaucoup de Nicaraguayens, surtout parmi les plus déshérités et les plus démunis, pensent qu'il leur faudra voter pour le Front. «Sufrimos presiones», disent les opposants. Pressions des Comités de Défense sandinistes, qui quadrillent les rues, s'occupent de la vigilance révolutionnaire comme de la santé physique et morale de chacun et, surtout, distribuent les coupons de rationnement. Pressions aussi des organisations de masse, des milices et de chacun des comités auxquels il vaut mieux appartenir. Et comment les sandinistes supporteraient-ils une alternance ? (...) Mais si l'opposition proteste, c'est donc qu'elle peut s'exprimer. Et, bien que les partis refusent de se présenter aux élections, cédant néanmoins à de fortes pressions américaines, ils ont néanmoins le droit d'exister. Cela ne se voit ni à Cuba ni à l'Est.»

Le Nouvel Observateur (France), 2 au 8 novembre 1984, p. 35.

Marcel Niedergang, «Les élections au Nicaragua : un succès pour les Sandinistes»

«...Le climat général de guerre, de crise, d'incertitude, le poids énorme des organisations de masse et de l'appareil d'État du gouvernement, les pressions directes ou indirectes des comités de défense sandinistes, les craintes, justifiées ou non, des électeurs sur le secret du vote, ou sur les conséquences de leur abstention, le manque d'expérience des élections libres pour une population encore marquée par les scrutins «organisés» par le somozisme, l'engagement réel en faveur du régime de larges secteurs de la société, surtout dans la jeunesse : autant de facteurs qui éclairent le vote du 4 novembre. Sans parler du retrait des partis membres de la Coordination démocratique de M. Arturo Cruz, qui auraient sans doute pu réaliser un très bon score : car il est juste de dire que le gouvernement a fait un effort évident pour que la journée du 4 novembre soit aussi neutre que possible. Du Nord au Sud, le vote s'est déroulé strictement dans les mêmes conditions. Aucune pagaille. Tous les éléments d'un scrutin démocratique étaient réunis.»

Le Monde (France), 6 novembre 1984, p. 8.

Guy Cormier, «Rien de réglé pour le Nicaragua»

«...On dira que le scrutin de dimanche au Nicaragua, en vertu même de la solide majorité remportée par M. Daniel Ortega, confère au moins l'auréole de la légitimité au Front sandiniste, qui avait chassé la dictature de Somoza en 1979. Sur le sens exact de cette victoire, remportée en dehors de toute opposition sérieuse, les hésitations sont permises. Certains n'ont voulu y voir qu'une simple opération de propagande. Le Nicaragua se dit menacé par les États-Unis et par les «contras», agents armés de la subversion à l'intérieur. Comment peut-on, à la fois se défendre contre les menées de la plus grande puissance du monde (les États-Unis) et contre les ennemis de l'intérieur, nourrir son monde, entretenir la flamme sacrée d'une révolution qui emprunte beaucoup au marxisme et mettre sur pied une démocratie exemplaire ? Voilà, en tout cas, un lourd programme pour un petit peuple de moins de trois millions d'habitants.»

La Presse (Québec, Canada), 9 novembre 1984, p. A6.

Éditorial

«...The Sandinistas are pushing forward with their election plans for external reasons, not because of internal politics. They believe that President Reagan will be reelected in this country, and they want to have a «legitimate» government in place before a second Reagan Administration takes office. But their tough stance over Nicaragua's electoral procedures is going to lead many people, and not just in the Reagan Administration, to question how legitimate the new Nicaraguan government can be. There is plenty of blame to go around for this turn of events : the Sandinistas for their Marxist zeal, some of the opposition groups for their unreasonable demands and unsophisticated negotiating, the Reagan Administration for its wrong-headed campaign to pressure the Sandinistas through covert war rather than diplomatic subtlety. Sadly, once the Nicaraguan and U.S. elections are past, the prospects are for more of the same.»

Los Angeles Times (États-Unis), 29 octobre 1984.

Éditorial

«...In the wake of elections here and in Nicaragua, peace in Central America will depend more than ever on a two-track effort by American liberals and the concerned governments of Europe and Latin America. Fair, tough-minded criticism is the last defense against a needless, historically tragic American military adventure. One track is to expose and block the Reagan Administration's effort to destroy the Managua government by political manipulation, slander and two-faced diplomacy, and by a cynical war of military and economic attrition. The other is to implore the Sandinistas to avoid blunders that would play into the hand of Administration hard-liners, and to pressure Managua to expand the partial opening for a pluralistic opposition that was created during the election process (...) To survive, the Sandinistas must budge the internal divisions that the Reagan Administration is trying to exacerbate. This means stepping past the elections into a substantive dialogue with the opposition, and scheduling freer elections.»

The Boston Globe (États-Unis), 9 novembre 1984.

Gouvernance et gouvernement [ 4 novembre 1984 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Nicaragua
FaibleJunte du gouvernement de reconstruction nationale

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1979 - 1989]



17 juillet 1979 Démission du président du Nicaragua, Anastasio Somoza Debayle
18 juillet 1979Junte du gouvernement de reconstruction nationale : chef d'État (investiture/assermentation)
1 janvier 1981 Création des Contras au Nicaragua
4 novembre 1984 Élection de Daniel Ortega à la présidence du Nicaragua
10 janvier 1985José Daniel Ortega Saavedra : chef d'État (investiture/assermentation)

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension