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21 avril 1971

Décès du président haïtien François Duvalier

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

François Duvalier

Après près de 14 ans au pouvoir, le président haïtien François Duvalier décède le 21 avril 1971 à l’âge de 64 ans. Grâce à des modifications constitutionnelles qui ont fait l’objet d’un référendum en janvier de la même année, c’est son fils Jean-Claude qui lui succédera à la tête de l’État.

Après avoir été ministre de la Santé publique et du Travail (1949-1950) dans le gouvernement de Dumarsais Estimé, puis un adversaire du régime de Paul Magloire (1950-1956), le docteur François Duvalier, que certains surnomment « papa Doc », est élu président d’Haïti par une forte majorité le 22 septembre 1957. Il gouverne de façon autoritaire, s’appuyant sur des milices armées, les « tontons macoutes », qui exercent une sévère répression. Encourageant le culte de sa personnalité, Duvalier se proclame même président à vie le 1er avril 1964, à la suite de changements constitutionnels. Sous lui, la situation économique en Haïti, où règne une grande pauvreté, demeure précaire. Plusieurs tentatives de coups d’État échouent, mais une santé défaillante amène le président à considérer sa succession en 1970. Plusieurs pensent que sa fille aînée Marie-Denise, qui est sa secrétaire privée, sera son choix. Mais il opte pour son seul fils, Jean-Claude. Celui-ci n’a toutefois que 19 ans, alors que la Constitution exige que le président ait au moins 40 ans. Un référendum est organisé le 31 janvier 1971. C’est par une unanimité suspecte que près de 2,4 millions d’électeurs se prononcent en faveur de modifier, entre autres, l’âge minimal du chef de l’État qui sera de 20 ans. François Duvalier décède le 21 avril 1971 à 64 ans. Il est enterré trois jours plus tard au cimetière national, à Port-au-Prince. Jean-Claude Duvalier est assermenté à la présidence le 22 avril. Au cours de ses premières semaines, celui-ci forme un nouveau cabinet, ouvre la porte à de meilleures relations avec la presse et déclare même une amnistie pour les centaines de milliers d’exilés politiques haïtiens qui ont quitté le pays sous son père. Cette politique d’ouverture de celui que l’on surnomme « baby doc », alors le plus jeune chef d’État au monde, changera au fil des ans au profit d’une attitude puis autoritaire.

Dans les médias...


Gérard Latortue, « Haïti : les successeurs de « papa doc »»

«...Finalement, le mégalomane qui s’est posé en « leader du Tiers-Monde », de la stature d’un Nasser, d’un Ho-Chi-Minh, ou même d’un Mao Tsé-Toung, a fait plus que quiconque pour discréditer ce Tiers-Monde, au moins dans sa partie haïtienne, devant une opinion occidentale qui n’en demandait peut-être pas mieux. Voici la réalité duvaliériste qu’on essaie de perpétuer à travers Jean-Claude Duvalier. Ceci ne va pas être facile pourtant, car le Dr François Duvalier laisse derrière lui une situation politique, économique et sociale extrêmement complexe, particulièrement délicate et potentiellement explosive. Son habileté politique, son cynisme – en un mot, son machiavélisme – lui avaient permis de maintenir pendant quatorze années, un équilibre de terreur en Haïti. Aujourd’hui, personne dans son entourage immédiat – y compris Jean-Claude et Marie-Denise Duvalier – ne semble être capable de réaliser ce tour de force avec ou sans l’aide de prétendu dieux voudouesques. Pour le moment, des blocages internes – tels le maintien du système de terreur qui explique la peur des Haïtiens restés au pays – retardent la solution réelle de la crise haïtienne. »

Jeune Afrique (France), 4 mai 1971, p. 43.

Marcel Nierdergang, « La mort de l’Ubu noir »

«...À sa dernière apparition en public, c’est un Papa Doc amaigri, voûté, le regard terne, qui posait sa main fragile sur l’épaule d’haltérophile de son fils Jean-Claude, seulement âgé de 21 ans, et fraîchement désigné « successeur » du président à vie. Geste dérisoire et symbolique d’un homme s’efforçant désespérément d’assurer une « dynastie », bâtie sur l’ambiguïté, un verbalisme délirant et la répétition jusqu’à l’obsession d’un « catéchisme » révolutionnaire qui a fini par impressionner certains de ses proches. Mais que de sang aussi, que d’intrigues dans les couloirs du palais et de la caserne Dessalines, que de meurtres cyniquement assumés, que de désarroi dans les clans qui se surveillaient à l’ombre de ce despotisme héréditaire. À la mort de leur père, les fils Trujillo, accoutumés à la « dolce vita », n’avaient eu que le seul réflexe de sauver la caisse. Ils en vivent encore! Comment croire que Jean-Claude Duvalier, « Farouk haïtien », amateur de voitures et prématurément épaissi, puisse longtemps faire échec aux appétits de ses familiers et aux intrigues de la cour?»

Le Monde (France), 24 avril 1971, p. 1.

S.A., « Haïti : les États-Unis montent la garde »

«...À 74 km seulement des côtes haïtiennes, Cuba abrite quelques milliers d’opposants à la dictature de François Duvalier, dit « Papa Doc », décédé mercredi, dans son palais de Port-au-Prince. Ces exilés vont-ils tenter de faire la jonction avec les éléments de l’intérieur enhardis par la mort du tyran? La succession risque d’être orageuse, mais les États-Unis se tiennent prêts à intervenir en cas de révolution. (...) Depuis (1915-1934), Haïti, république noire de 5 millions d’habitants, secouée par d’incessants coups d’État – on dit « coup de langue » en créole – s’est enfoncée dans la misère. En quatorze ans d’un règne sanglant, Papa Doc a fait fonction de calamité naturelle. Haïti est au dernier rang de la pauvreté en Amérique latine : 86 % d’illettrés, 80 km de routes goudronnées, 3 000 téléphones, un revenu annuel de 350 Francs par habitant, un budget dérisoire de 150 millions de Francs. Sur ce dernier, Papa Doc prélevait le dixième pour ses frais personnels. À ses adversaires, il réservait le peloton d’exécution. Selon son mot favori, il en « ratiboisa » 2 000. »

L’Express (France), 26 avril au 2 mai 1971, p. 22.

S.A., « Haiti : Breaking the Spill »

«...The general assumption had been that Papa Doc’s death would set off a political explosion in Haiti. Thus it was a major surprise when the country took the event calmly. At first, only a small group of curious gathered outside the palace fence, and only a few extra police and troops stood guard in Port-au-Prince. By the time of the funeral, the crowds and security forces had grown larger. Nonetheless, the city remained peaceful. In a radio address to the country, Jean-Claude vowed to carry on his father’s « revolution » with the same « energy and intransigence ». The power behind Baby Doc is almost certain to be his older sister, Marie-Denise, 29, whom many Haitians regard as the old dictator’s only true spiritual offspring. During the past several years, she has deflty shunted aside possible rivals within the palace inner circle. (...) There was no assurance that the brother-and-sister team could withstand the rivalries and intrigues that beset Haitian politics. Haiti has seldom escaped violence during leadership changes. Many experts anticipate a period of intense but quiet rivalry between army and secret-police factions, which may later explode into open fighting. »

Time (édition canadienne), 3 mai 1971, p. 40.

Gouvernance et gouvernement [ 21 avril 1971 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Haïti
FaibleFrançois Duvalierinformation non-pertinente

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1966 - 1976



avril
1971
Décès du président haïtien François Duvalier


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