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22 août 1978

Décès du président kényan Jomo Kenyatta

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jomo Kenyatta

Jomo Kenyatta, le seul président que le Kenya a connu depuis son accession à l’indépendance en 1964, décède le 22 août 1978 à Mombasa. C’est Daniel Arap Moi, le vice-président depuis 1967, qui lui succède. Il restera à la tête de l’État jusqu’en 2002.

Jomo Kenyatta, né Kamau wa Ngengi, passe une bonne partie des années 1950 en prison, après avoir été jugé pour son implication présumée dans le soulèvement des Mau-Mau. Libéré en août 1961, il lutte pour l’indépendance du Kenya au sein de l’Union nationale africaine du Kenya (UNAK) qu’il dirige. Cette indépendance est obtenue du Royaume-Uni en décembre 1963. Premier ministre, puis président du jeune pays lorsqu’il devient une république, en 1964, Kenyatta assure une stabilité politique et une croissance économique supérieures à celles des autres États d’Afrique noire. Anti-communiste, il développe un modèle de développement capitaliste en misant sur les investissements étrangers. Le président gouverne aussi de façon autoritaire, l’UNAK étant le parti unique lors des élections législatives de 1969 et 1974, les seules tenues pendant son règne. Les pouvoirs sont concentrés autour de lui, et de ses proches qu’il favorise, alors qu’une sévère répression est appliquée à l’endroit de l’opposition. Kenyatta, dont la santé est fragile, décède le 22 août 1978 de causes naturelles. Il a 86 ans. Une semaine de deuil national est proclamée avant les funérailles, le 31 août. De nombreux hommages sont adressés à l’endroit de ce personnage central de l’histoire kényane, notamment du premier ministre britannique James Callaghan et du président américain Jimmy Carter. Daniel Arap Moi, le vice-président de Kenyatta entre 1967 et 1978, accède à tête de l’État sur une base intérimaire, avant d’être assermenté le 14 octobre. Celui-ci donne des signes d’ouverture en début de mandat, amnistiant une dizaine de prisonniers politiques en décembre 1978. Le président se rapproche aussi de ses citoyens, un contraste avec Kenyatta qui vivait dans un certain isolement. Au cours de ses nombreux mandats, Arap Moi, qui restera au pouvoir jusqu’en 2002, assurera toutefois un contrôle de plus en plus autoritaire sur la politique kényane.

Dans les médias...


François Soudan, « Kenyatta n’est plus »

«...Avec la mort de Jomo Kenyatta, survenue mardi 22 août dans le port kényan de Mombasa, disparaît l’une des figures les plus illustres de l’Afrique moderne. Père de la liberté kényane, chef de l’État depuis l’indépendance (12 décembre 1963), le vieux mzee symbolisait mieux peut-être que tout autre leader africain les espoirs, les déceptions et les contradictions du continent noir. (...) Le règne absolu de Jomo Kenyatta, mélange de paternalisme musclé sur le plan politique et de libéralisme laxiste au niveau économique, a vécu et duré, sur la seule présence du vieux chef. La conception du pouvoir de cet homme, qui aimait se présenter au public revêtu des attributs traditionnels kikuyu, semble se résumer à merveille dans une phrase qu’il prononça le 5 octobre 1975 devant les parlementaires qu’il venait d’épurer : « Le peuple semble oublier qu’un épervier est toujours prêt à fondre sur les poulets. » L’épervier est mort et beaucoup craignent (de Daniel Arap Moï, successeur désigné de Kenyatta, aux protecteurs occidentaux du Kenya) que n’apparaissent au grand jour les lézardes qui minent l’édifice kényan. »

Jeune Afrique (France), 30 août 1978, p. 18.

Sam Ngosso, « La mort du « Mzee »»

«...La mort de Jomo Kenyatta - qui était âgé de quatre-vingt-six ans environ - , survenue le 22 août dernier à Mombassa, laisse pratiquement indifférente l’Afrique militante. Pourtant, le mythe qu’il a su entretenir dans l’opinion internationale au sujet du rôle qu’il aurait joué dans la révolte des Mau-Mau n’a pas résisté à la réalité des faits tels qu’ils se sont révélés au lendemain de l’indépendance. Non seulement Kenyatta n’avait joué aucun rôle dans le soulèvement des Mau-Mau mais il en avait condamné la « violence » et les « crimes ». Cela n’avait pas pour autant empêché les colonialistes britanniques de le condamner à sept ans de travaux forcés et à la résidence surveillée à perpétuité. Jomo Kenyatta aurait pu jouer un rôle influent dans le cours des événements. Or, de son accession au pouvoir en 1963 jusqu’à la fin de sa vie, le « Mzee » (vieux en swahili), comme on l’appelait, s’était complètement discrédité auprès de ses compatriotes, tandis que son prestige s’était estompé à l’étranger. D’année en année, son image de héros national s’est transformée en celle d’un gérontocrate milliardaire à la tête d’une famille de concussionnaires et de prébendiers. Ses liens étroits avec le camp occidental allaient, de surcroît, faire de lui un complice actif des menées impérialistes sur le continent. »

Afrique-Asie (France), 4 septembre 1978, p. 41.

Christian Hoche, « Kenyatta : trop d’héritiers »

«...Jomo Kenyatta fut assurément un grand homme. Fut-il un grand président? Aujourd’hui, chacun s’accorde à reconnaître que le Kenya, situé dans une région aux violentes convulsions, symbolise l’ordre, l’apaisement et l’union. En apparence seulement. Car l’héritage laissé par le « Mzee » n’est pas des plus confortables. Celui qui, avant sa disparition, interdisait d’évoquer toute possibilité de succession, laisse un pays incertain. À l’intérieur, les rivalités ethniques apaisées par les subtils dosages du Président dans la conduite des affaires, risquent, à nouveau, de s’aiguiser. À l’extérieur, le Kenya, diplomatiquement isolé, ne dispose d’aucun appui amical. Au nord, Mogadiscio n’a jamais renoncé à son rêve d’une « Grande Somalie » regroupant certaines provinces kényanes. Au sud et l’est, Kampala et Dar es-Salam, autrefois liées avec Nairobi à la Communauté de l'Afrique de l’Est, n’entretiennent que des relations tendues ou distantes avec l’ancien partenaire économique. L’Occident voyait en Kenyatta un chantre du capitalisme libéral et un croisé de l’anticommunisme. Dans la course à la succession, ses héritiers sauront-ils ou voudront-ils préserver la « ligne Kenyatta »? »

L’Express (France), 28 août au 3 septembre 1978, p. 53.

Kenneth Labich, James Pringle, « Death of a Giant »

«...Lying in state, he seemed smaller than life, resting coffinless on a polished wooden table beneath the chandeliers of Nairobi’s State House. There was a rose in the buttonhole of his favorite dark blue, chalk-stripe suit, and his bejeweled fly whisk – a symbol of authority – lay in his right hand. But President Jomo Kenyatta had been a giant of sorts, a leader who shaped the modern history of his country from the earliest days of colonial rule through independence and Kenya’s emergence as one of Black Africa’s most stable states. In a country once torn by violent tribal and racial animosities, Kenyatta continually preached the doctrine of harambee, Swahili for « let us all work together, » and through the sheer force of his personality, he managed to put the principle into practice. (...) Kenyatta brought his country political stability, a nearly free press and a relatively prosperous mixed economy that encouraged development with the help of private foreign investment and white technocrats. But there is only one political party, the Kenya National African Union (KANU). And some bloody incidents have marred Kenya’s peaceful record. »

Newsweek (États-Unis), 4 septembre 1978, p. 38-39.

Gouvernance et gouvernement [ 22 août 1978 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Kenya
FaibleDaniel arap Moiinformation non pertinente

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1968 - 1988



octobre
1969
Interdiction du Kenya People's Union par le président Jomo Kenyatta

novembre
1969
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1969
[Résultats] Élections législatives

octobre
1974
[Résultats] Élections législatives

août
1978
Décès du président kényan Jomo Kenyatta

octobre
1978
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1979
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1979
[Résultats] Élections législatives

août
1983
[Résultats] Élection présidentielle

septembre
1983
[Résultats] Élections législatives

juillet
1985
Ouverture d'une conférence internationale sur les femmes à Nairobi

mars
1988
[Résultats] Élections législatives


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