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3 juin 1989

Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ruhollah Khomeiny

Le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, décède à Téhéran le 3 juin 1989 à l’âge de 86 ans. Pour occuper ce poste, le plus élevé sur le plan religieux et politique dans ce pays, l’Assemblée des experts élit l’ayatollah Ali Khamenei, un proche de Khomeiny qui est le chef de l’État depuis 1981.

Un opposant de longue date au régime du shah Mohamed Reza Pahlavi, l’ayatollah Rouhallah Khomeiny est accueilli par une foule immense lors de son retour d’exil, en février 1979. Il accède au poste de guide suprême lorsqu’il est créé par la nouvelle Constitution, le 3 décembre 1979, dans l’élan de la révolution islamique. Même si le pays a aussi un gouvernement formé de civils, Khomeiny devient, de facto, le dirigeant de l’Iran. La crise des otages à l’ambassade des États-Unis (novembre 1979-janvier 1981) contribue à faire connaître la révolution islamique ainsi que le visage de son guide spirituel à travers le monde. Le régime de Khomeiny, un musulman chiite, est notamment caractérisé par une approche répressive à l’endroit de l’opposition. Ses années au pouvoir sont également marquées par un conflit dévastateur entre l’Iran et l’Irak (septembre 1980-août 1988). Son coût énorme sur le plan financier et en vies humaines, soit des centaines de milliers de morts et de blessés, mine la popularité des dirigeants du pays. La santé déclinante de l’ayatollah amène aussi la question de sa succession à la fin des années 1980. Considéré comme plus ouvert aux droits de la personne, l’ayatollah Hossein Ali Montazeri est écarté. C’est le président en titre, Ali Khamenei, qui succède à Khomeiny lorsque ce dernier décède, le 3 juin 1989. Une foule énorme suit le cortège du défunt, un événement marqué par des scènes de violence. Le chef d’État du Pakistan est présent aux funérailles, mais les leaders de l’Occident ne se déplacent pas pour l’occasion. Khomeiny était dénoncé dans cette partie du monde pour sa fatwa (avis religieux) réclamant la mort de l’écrivain britannique Salman Rushdie. Les analystes s’interrogent sur la vision que développeront les hommes au pouvoir dans l’après-Khomeiny, le nouveau président, Ali Hashemi Rafsanjeni, étant d’abord perçu comme un pragmatique soucieux de relancer l’économie du pays.

Dans les médias...


Jean-Paul Mari, « Iran : la grande fête de la mort »

«...Ahmed Khomeini, le fils de l’Imam, pleure. Il n’a pas réussi à terminer, au parlement, la lecture du testament en vingt-neuf points laissé par son père. Khomeini n’a pas désigné de successeur. Il ne leur a laissé qu’un chemin : le refus. « Si les musulmans du monde s’unissaient, ils formeraient le plus grand pouvoir au monde… Les Iraniens ne doivent compter que sur eux-mêmes », a écrit l’Imam, qui a tranché : « Ni Est ni Ouest. Je demande aux nations opprimées de suivre le droit chemin tracé par Dieu et qui ignore l’Est athée et l’Ouest oppresseur et infidèle. » D’un geste posthume de la main, Khomeini a balayé tous ses adversaires du monde arabe. L’Arabie Saoudite ? « Le valet des Américains. » Saddam Hussein d’Irak ? « Un criminel. » Hussein de Jordanie : « Un clochard criminel. » La voie du refus et de l’intransigeance. Jusque-là, personne n’osait contester sa pensée. La guerre perdue, l’isolement, les rivalités entre les mollahs, l’unité artificielle entre les pasdarans (corps des gardiens de la révolution) et l’armée, les discussions entre les durs et les pragmatiques…L’Imam tranchait de tout, et tous s’appliquaient à rester dans son sillage. L’homme, le héros, le saint était le ciment du géant iranien. Khomeini disparu, le pays devra faire face à ses réalités. Et c’est peut-être pour cela que les Iraniens ont eu tant de mal, aujourd’hui, à enterrer son cadavre. »

Le Nouvel Observateur (France), 15 au 21 juin 1989, p. 48-49.

Béchir Ben Yahmed, « Il n’y aura pas de khomeinisme après Khomeiny »

«...Il y a près de deux ans, avant même la fin de la guerre avec l’Irak, criblée de flèches elle (la révolution islamique) a déjà commencé à se replier sur elle-même et à se draper d’un nationalisme chaque jour plus iranien et moins islamique : c’était le reflux, la reconnaissance de l’échec. L’âge de son chef, l’échec militaire face à un Irak quatre fois moins peuplé et qu’elle aurait dû battre si elle avait été plus intelligemment gouvernée, les déchirements au sein de sa direction ont conjugué leurs efforts pour conduire la Révolution islamique en ce mois de juin 1989 à l’affaissement et au mot : « Fin ». Je crois en effet que le khomeinisme ne survivra pas plus à Khomeiny que le gaullisme n’a survécu à de Gaulle, le nassérisme à Nasser, le nkrumahisme à Nkrumah… Il est mort le 3 juin à l’aube, dans un hôpital de Téhéran. L’unité du pays elle-même va être mise à rude épreuve et il faut craindre que les Moudjahidine de Massoud Rajavi ne tentent une fois de plus de se frayer une voie sanglante vers le pouvoir. »

Jeune Afrique (France), 14 juin 1989, p. 13.

André Pautar, « Les orphelins de l’imam »

«...« La mort, écrit le pape Jean Paul II dans son message de condoléances, mérite le respect. » Ce sentiment dû à tout disparu s’efface devant celui qu’exige, d’abord, la vérité : peut-on oublier le million de cadavres que l’intransigeance du vieillard de Téhéran aura mis en terre durant les dix années de son règne et bannir des mémoires le climat de haine et de terreur qu’il s’employa à instaurer ? S’il est vrai que la guerre du Golfe, où succombèrent tant d’enfants iraniens, fut déclenchée par l’Irak, sa poursuite jusqu’aux limites de l’impossible dépendit de l’entêtement de l’imam. Comme de sa volonté l’épuration qui devait faire entre 20 000 et 50 000 victimes. Infiniment plus que celles qui ont été mises au passif du régime impérial. Lourd héritage. S’y ajoute le poids du terrorisme. De la capture d’otages, dont 14 croupissent encore dans des geôles au Liban. Du fanatisme, illustré par le décret de mort lancé contre Salman Rushdie... Comment s’étonner, alors, qu’un large soulagement réponde au deuil de Téhéran ? Khomeini, pour les siens, entre dans la légende. Pour les autres, il restera un cauchemar. »

L’Express (France), 16 juin 1989, p. 26.

Jim Smolowe et al., « Iran : A Frenzied Farewell »

«...Western leaders are wisely remaining cautious about the fickle mullahs. It is unlikely that Iran’s attitude toward its enemies will take a pronounced turn for the better anytime soon. While some Western analysts detect signs that Iran’s foreign policy will eventually moderate, others warn that none of Khomeini's heirs can run the risk of appearing to betray the Ayatullah’s revolution. « They believe that challenging the West is what gives them their legitimacy, » says former U.S. Secretary of State Henry Kissinger. (...) The first reliable indications of Iran’s future course are not likely to emerge until after the presidential election, scheduled for Aug. 18. At that time, voters will also be presented with a referendum proposing constitutional changes that would strenghten the presidency. If Rafsanjani wins as expected, he will be faced with reviving an economy so dysfunctional that only a thriving black market prevents widespread shortages of basic commodities. If Khamenei proves to be a weak leader, he could be toppled at that time. Once its new leadership is in place. Iran will confront a fundamental decision : whether to remain in a medieval morass or re-enter the modern world that the Imam so breathtakingly defied. »

Time (États-Unis), 19 juin 1989, p. 45.

Gouvernance et gouvernement [ 3 juin 1989 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Iran
FaibleMohammad Ali Hoseyn KhameneiMir Hossein Moussavi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1984 - 1994



mars
1988
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juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

juin
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