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23 juillet 1999

Décès du roi Hassan II du Maroc

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohammed VI

Après près de 38 ans au pouvoir, le roi du Maroc, Hassan II, meurt d’une attaque cardiaque dans la capitale, Rabat. Le rôle diplomatique joué par ce dernier incite de nombreux dirigeants de pays à assister à ses funérailles. C’est le fils aîné du souverain, le prince héritier Sidi Mohammed, qui lui succède. Il portera le nom Mohammed VI.

Moulay Hassan, le fils du roi du Maroc, Mohammed V, devient prince héritier en 1957, un an après l’accession du pays à l’indépendance. Il devient roi à son tour le 3 mars 1961, soit quelques jours après la mort de son père, et règne sous le nom Hassan II. Un référendum tenu le 7 décembre 1962 mène aux premières élections législatives du pays, le 17 mai 1963. Hassan II gouverne toutefois de façon autoritaire et détient énormément de pouvoirs. De plus, il exerce une forte répression sur l’opposition. Sur le plan extérieur, le roi du Maroc s’impose par sa capacité à conserver de bonnes relations avec la plupart des pays, tant arabes qu’Occidentaux. Lorsqu’il décède le 23 juillet 1999, à l’âge de 23 juillet 1999, le Maroc vit un deuil national. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement se déplacent également pour lui rendre hommage. C’est le cas, entre autres, du président américain Bill Clinton, du premier ministre israélien Eloud Barak et du chef de l’autorité palestinienne, Yasser Arafat. Les trois hommes en profitent pour discuter de l’évolution du processus de paix au Moyen-Orient, une question qui était au cœur de l’engagement d’Hassan II. Le fils de ce dernier, Sidi Mohammed, lui succède sous le nom Mohammed VI. Âgé de 36 ans, celui-ci coordonnait les forces armées. Il accède au trône à 36 ans, soit un an plus jeune qu’Abdallah II de Jordanie. Ce dernier a été couronné peu après la mort de son père, le roi Hussein, le 7 février 1999. L’arrivée de ces leaders d’une autre génération laisse entrevoir la possibilité d’une nouvelle approche. Malgré l’adoption de quelques réformes et ouvertures au fil des ans, Mohammed VI demeure toutefois un leader conservateur, peu pressé de faire aboutir des changements en profondeur comme ceux que revendiquent les éléments progressistes de la société marocaine.

Dans les médias...


Jean Daniel, « L’héritage d’un féodal éclairé »

«...Savez-vous pourquoi personne ne s’aventure à formuler des pronostics sur les chances du jeune et nouveau Roi du Maroc, Mohammed VI ? Parce que chacun, dans ses dossiers, peut découvrir ce qu’on a dit du père du roi lorsqu’il a accédé au trône en mars 1961 : qu’il serait balayé en quelques mois. Or le souverain décédé vendredi dernier a régné pendant trente-huit longues années malgré des révolutions de palais, des coups d’État, des émeutes populaires. Bien plus, en dépit de noms qui résonnent funestement à nos oreilles comme Tazmamart, Kenitra, Oufkir, Serfaty, tant d’autres, des noms terribles, les commentateurs observent avec stupéfaction, aux obsèques de Hassan II, une foule dévote et altière, désespérée mais non orpheline, hurlant son amour comme si elle était soudain privée d’une partie d’elle-même (elle l’est puisque chacun fait partie du « corps du roi ») et assumant son destin dans une transe de communion. (…) les leaders du tiers-monde ou de pays autoritaires, néofascistes ou bolchéviques, qui ont été impitoyables envers leurs opposants et despotiques envers leurs fidèles, qui ont amassé des fortunes personnelles et dont l’entourage pratique le népotisme et la corruption, on en a connu et on en connaît des douzaines. En revanche, que de tels leaders puissent, comme le rappelle plus loi Jean Lacouture, arriver à réaliser des exploits aussi spectaculaires que l’unité incertaine et improbable de leur pays, c’est ce qu’a fait Hassan II et c’est ce qui mérite examen. »

Le Nouvel Observateur (France), 29 juillet au 4 août 1999, p. 25.

Béchir Ben Yahmed, « Ce que je crois : C’est le changement qui urge »

«...Le Maroc de cette fin juillet 1999 a un nouveau roi, jeune et, donc, inexpérimenté, qui n’a trempé dans aucune des péripéties de la période précédente et n’a été trempé par aucune de ses épreuves : c’est l’homme nouveau de ce chapitre de l’histoire marocaine qui s’ouvre. Pour l’heure, toutes les autres figures sont anciennes et connues. Lui seul, donné au Maroc par la tombola du système héréditaire, peut nous surprendre. S’impose à lui et autres acteurs de la scène politique marocaine le devoir de maintenir – c’est la continuité – et l’obligation d’adapter : ce sera le changement. C’est le changement qui urge et qu’il faut privilégier. S’il ne le sait déjà, Mohammed VI s’apercevra bien vite que ce qui n’a pas été accompli est effrayant : le Maroc de 1999 est, en fait, constitué de deux pays : moins d’un quart des habitants, quelques millions de personnes, vivent dans la modernité et se situent au niveau des pays les plus avancés; plus des trois quarts, vingt-cinq millions d’individus, sont des oubliés du progrès. D’un côté, la noblesse, de l’autre, le tiers état. Il incombe à ceux qui vont écrire ce nouveau chapitre historique, s’ils veulent éviter la révolution, de s’atteler sans perdre un jour à la tâche immense de combler le formidable fossé qui sépare les deux Maroc. »

Jeune Afrique (France), 30 juillet au 9 août 1999, p. 6.

Riad Mounir, « Les promesses du nouveau règne »

«...En prenant seul la décision, sans se soucier des impératifs de protocole, de marcher sur quatre kilomètres derrière le cercueil de son père, en tête d’un aéropage invraisemblable de « grands » de ce monde, le jeune Mohammed VI a montré d’emblée qu’il était de cette trempe dont sont faits les décideurs. Ses hôtes qui épiaient ses moindres gestes l’ont compris sur le champ. Son peuple aussi. Les uns et les autres en ont été rassurés. Malgré le drame personnel et national qui se reflétait sur son visage juvénile, mangé par une barbe de plusieurs jours et perlé de larmes, l’héritier de Hassan II a su montrer au bon moment par des gestes symboliques perçus en toute connivence par la foule immense, éplorée et fervente, rassemblée devant le palais royal ou s’étirant tout le long de l’itinéraire du cortège funèbre royal, qu’il reprenait le témoin d’une main assurée et ferme. Si l’ère « hassanienne », un règne en demi-teinte de trente-huit ans, continuera de l’inspirer pour la continuité, l’ombre de son père ne planera sans doute pas très longtemps sur ses décisions. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), septembre 1999, p. 6.

Georges Vedel, « L’héritage et le testament »

«...C'est de façon progressivement accélérée que Hassan II a multiplié les avancées dans le domaine des droits et des libertés et ceci non seulement par l'adhésion à de grands principes mais par des textes opératoires et des changements de pratique. Jusqu'à la veille de sa mort, le roi a pressé le pas sur cette route. Et il faut se rappeler que nombre de ceux qui, hors du Maroc, minimisent ou nient cette part de l'héritage, compensent par leur sévérité envers un monarque les trésors d'indulgence dont, à tort et à travers, ils ont fait profiter des dictatures et des tyrannies dont le maquillage idéologique les avait conquis. Le Maroc peut donc être fier de l'héritage qu'il recueille de son roi. Mais il sait aussi qu'il est accompagné d'un testament dont l'auteur, par sa parole et par son action, a révélé les clauses : aller plus loin dans les voies ouvertes, celle de la démocratie, des droits de l'homme, du développement économique, de la participation aux oeuvres de paix, avec une attention particulière à l'instruction et à la justice sociale. Hassan II a défriché, montré la route, forgé les outils et formé les hommes. L'avenir est l'affaire des Marocains depuis le roi et les responsables politiques jusqu'à l'homme de la rue ou du sillon. »

Le Figaro (France), 27 juillet 1999, p. 10.

Gouvernance et gouvernement [ 23 juillet 1999 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Maroc
FaibleHassan II ben MohammedAbderrahman El Yousoufi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1994 - 2004



avril
1994
Signature d'une entente menant à la création de l'Organisation mondiale du commerce

août
1994
Reconnaissance des revendications berbères au Maroc

novembre
1997
[Résultats] Élections législatives

juillet
1999
Décès du roi Hassan II du Maroc

septembre
2002
[Résultats] Élections législatives

mai
2003
Attentats terroristes à Casablanca, au Maroc


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