Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

21 juin 2018

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13 juillet 1980

Décès du président botswanais Seretse Khama

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le 13 juillet 1980, Seretse Khama s’éteint à Gaborone, la capitale du Botswana, à la suite d’un cancer du pancréas. Roi du Bangwato en 1925, il a fondé le Parti démocratique du Botswana, puis est devenu le premier président du pays lorsqu’il a accédé à l’indépendance en 1966. Khama est aussi connu pour le scandale entourant son mariage avec la Britannique Ruth Williams.

Seretse Khama est originaire de Serowe, dans le protectorat du Bechuanaland établi par les Britanniques. Petit-fils et héritier du roi tribal des Bamangwatos, Seretse devient roi après le décès de son grand-père, en 1925. Étant trop jeune, son oncle Tshekedi Khama est son régent et son tuteur. Seretse Khama passe sa jeunesse et étudie dans les internats d’Afrique du Sud. Il continue ses études en droit à Londres, rencontre Ruth Williams, une femme blanche qu’il épouse en 1948. Ce mariage interracial soulève la controverse, autant chez les Britanniques que les Africains. Tshekedi exige le retour de son neveu au Bechuanaland et l’annulation de son mariage. Le gouvernement britannique l’oblige à renoncer à son titre de roi tribal. Seretse Khama refuse toutes ces demandes. Sa femme et lui sont forcés à l’exil de 1951 à 1956, avant qu’il ne retourne dans son pays d’origine avec sa femme, comme simple citoyen. En 1957, il se fait élire au conseil tribal, puis fonde le Parti démocratique du Bechuanaland (BDP) en 1961. Ce parti indépendantiste remporte les élections en 1965 et Seretse Khama, qui milite pour l'indépendance, devient premier ministre. Une nouvelle Constitution est adoptée en 1965. Le pays obtient son indépendance le 30 septembre 1966 et Seretse Khama est le premier président. Khama met au point un programme économique pour enrichir le Botswana. Les revenus miniers favorisent une forte croissance, ce qui permet à ce pays très pauvre de financer des infrastructures et plusieurs mesures sociales. Le président reste en poste jusqu’à sa mort, le 13 juillet 1980. Le service religieux a lieu le 24 juillet à Gaborone, où plus de 40 000 personnes lui rendent hommage; l’inhumation est à Serowe le lendemain. Selon la Constitution, le Parlement doit se réunir dans les dix jours suivant le décès du chef d’État pour élire son successeur. Ketumile Masire succède à Khama, d’abord de façon intérimaire, avant d’être élu par le Parlement.

Dans les médias...


S.A., « Après la mort de Sir Seretse »

«...Il était, avec Julius Nyerere (Tanzanie) et Kenneth Kaunda (Zambie) le dernier des leaders « historiques » de l’Afrique anglophone. (...) Pour le Botswana qui est – le fait est peu connu – l’une des très rares démocraties parlementaires d’Afrique, s’ouvre une période de profonde incertitude. Seretse Khama avait en effet réussi à cause de son incontestable prestige personnel, à maintenir ce pays de 800 000 habitants aux trois quarts désertique, riche en diamants et en nickel, enclavé entre l’Afrique du Sud, la Namibie et le Zimbabwe, à l’écart des violences qui déchirent l’Afrique australe. Au prix, il est vrai, d’une politique très conciliante à l’égard de son puissant voisin, dont dépend étroitement l’économie Botswanaise (sic). Mais Seretse Khama avait-il un autre choix? L’opposition de gauche, regroupée au sein du Botswana National Front (BNF) et dirigée par Kenneth Koma, ne s’est jamais privée de dénoncer ces compromis et compte bien mettre à profit le décès de l’intouchable sir Seretse pour imposer ses choix. Elle bénéficie du soutien du chef de la petite armée nationale, Ian Khama, le propre fils du président défunt. Mais il semble fort que la continuité – en la personne du vice-président Quett Masire et du parti majoritaire Botswana Democratic Party (BDP) – doive l’emporter. »

Jeune Afrique (France), 23 juillet 1980, p. 27.

Notre correspondante, « Sir Seretse Khama est mort »

«...En prenant les rênes du Botswana, sir Seretse Khama hérite d’une tâche particulièrement délicate. Grand comme la France, désert sur sa plus grande superficie et peuplé alors de sept cent mille habitants, le pays était pauvre et d’un sous-développement inquiétant. Le peu qui existait, infrastructure ou agriculture, dépendait de l’Afrique du Sud ou de la Rhodésie. Pris au milieu de la zone des tempêtes de l’Afrique australe, il fallait toute la sagesse d’un Seretse Khama pour préserver ce pays sans pour autant trahir ceux qui luttaient contre la colonisation et la domination des minorités blanches. Farouche partisan de l’intégration raciale, il l’a prouvé en pratiquant une intégration totale dans son administration et dans la vie quotidienne des Botswanais. Il a toujours affirmé son opposition à la ségrégation en Afrique du Sud, et déclaré qu’«il n’y a pas d’avenir pour les gouvernements de minorité blanche en Afrique. » (...) La découverte de gisements puis l’exploitation des mines importantes de diamants dans le pays lui offrirent la possibilité de desserrer légèrement ses liens avec son grand voisin du sud. Trop peu et trop lentement selon ses opposants. Mais quel était son choix? »

Le Monde (France), 15 juillet 1980, p. 4.

Tania Vasconcelos, « Préserver l’héritage »

«...Les fermes principes antiracistes et antitribalistes qui caractérisent l’action de l’ancien président ne mettent pas son successeur à l’abri de graves problèmes en ces domaines. Les luttes tribales, le népotisme et le régionalisme sont loin d’avoir disparu; en dépit de l’esprit conciliateur et favorable à l’unité nationale de Seretse Khama, ces problèmes ont réapparu lors des dernières élections générales. Libéral convaincu, l’ancien président avait permis la constitution de plusieurs partis tout en prodiguant ses efforts pour éviter qu’ils ne soient dominés par les querelles tribales. Et lui-même avait défié le pouvoir traditionnel de son puissant groupe ethnique (il est le descendant direct du dernier roi, Khama III), en épousant, en 1948, une femme blanche. Mais les contradictions les plus graves que Quett Masire devra surmonter dériveront du fait que ce pays aux ressources naturelles assez importantes – il est, entre autres, le cinquième producteur mondial de diamants – demeure dépourvu d’infrastructures industrielles et n’a guère développé son agriculture (2,3 % seulement des surfaces cultivables le sont effectivement) qui est particulièrement affectée par l’exode de la main-d’œuvre vers l’Afrique du Sud. »

Afrique-Asie (France), 4 août 1980, p. 36.

Gouvernance et gouvernement [ 13 juillet 1980 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Botswana
IntermédiaireQuett Ketumile Joni Masire

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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[Résultats] Élections législatives

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