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10 juillet 2017

Annonce par le gouvernement irakien de la libération de Mossoul

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

La ville de Mossoul, considérée comme la capitale économique de l’État islamique (EI) autoproclamé, est au centre de violents combats à partir du 17 octobre 2016. Ils aboutissent le 10 juillet 2017 avec l’annonce, par le gouvernement irakien, de la prise de la ville. Ce dénouement pourrait marquer un tournant décisif dans l’existence même de l’EI.

La chute de Mossoul en quatre jours aux mains de l’EI, entre le 6 et le 10 juin 2014, met en évidence la situation chaotique de l’armée irakienne. La proclamation d’un califat islamique, le 29 juin suivant, est suivie par une sévère répression faisant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Une offensive de militaires kurdes, les peshmergas, débute en janvier 2015, avec l’appui de pays occidentaux, dont les États-Unis. Elle vise à couper les routes d’approvisionnement vers Mossoul. Les troupes irakiennes, elles, entreprennent une vaste offensive le 17 octobre 2016. Elle est appuyée par des Kurdes ainsi que des milices chiites et sunnites. En tout, on estime que plus de 100 000 personnes participent à cette manœuvre, soit environ dix fois le nombre de djihadistes luttant pour conserver Mossoul. De plus, cette offensive annoncée par le premier ministre irakien Haïder al-Abadi profite d’un avantage technologique considérable. La ville est encerclée, mais la présence à l'intérieur de pièges, de tunnels et de tireurs embusqués contribue à une guérilla urbaine impitoyable, au centre de laquelle se trouveraient environ 250 000 civils. Certains sont même utilisés comme boucliers humains par l’EI. Les succès de la coalition se précisent à l’été 2017. Malgré des enclaves de résistance, le gouvernement irakien annonce le 10 juillet que Mossoul a été libérée. Plusieurs défis se posent maintenant aux vainqueurs, dont celui de refaire les infrastructures détruites et de concilier les aspirations des membres de la coalition qui a porté l’attaque. La perte de la ville la plus populeuse de l’EI, qui constitue en quelque sorte sa capitale économique, représente un échec important pour les djihadistes. L’attention se tourne d’ailleurs vers sa capitale proclamée, Raqqa, où de furieux combats sont engagés. Plusieurs observateurs pensent que leur issue s’avérera déterminante pour le sort de l’EI.

Dans les médias...


Jean-Pierre Perrin, « Irak : l’impensé de l’après-Mossoul »

«...En définitive, la bataille de Mossoul aura été un tournant dans l'appréciation du phénomène djihadiste dans la région, jusqu'alors traité comme les précédentes insurrections. Car, le 17 octobre 2016, quand les forces irakiennes et la coalition internationale, forte d'une quarantaine de pays, dont quatre grandes puissances, partent à l'assaut de Mossoul, elles s'attendent à une résistance forcenée des quelque 5 000 combattants de l'État islamique qui y sont retranchés. Mais nullement à des combats d'une telle ampleur. Le général Joe Votel, chef des forces américaines au Moyen-Orient, estimait alors que l'offensive s'achèverait fin janvier, tandis que le secrétaire américain à la défense de Barack Obama, Ashton Carter, voulait en voir la fin avant l'installation de Donald Trump à la Maison Blanche. La chute de Mossoul est néanmoins une victoire militaire, en ce qu'elle met à bas le rêve d'un califat à cheval sur l'Irak et la Syrie, avec une volonté de l'étendre en Jordanie, au Liban et jusqu'aux lieux saints de La Mecque et Médine. Un territoire qui entendait être le havre de tous les musulmans ne voulant pas vivre en « terre impie » , comme al-Baghdadi l'avait annoncé lors de son célèbre et unique prêche en juillet 2016 depuis la vieille mosquée Al-Nouri, dont le fameux minaret penché a été détruit récemment. Mais si Daech a perdu sa base territoriale, s'il ne peut non plus y entraîner des combattants et y disposer de moyens logistiques, il n'est pas pour autant écrasé. »

Mediapart (France), 10 juillet 2017.

Loulouwa al-Rachid, « Irak : les défis de l’après-Daesh à Mossoul »

«...Après trois ans de guerre contre elle, l'organisation djihadiste a perdu l'essentiel de son réservoir de combattants, de ses réseaux et sources de financement en Irak. Il ne reste plus grand-chose de l'organisation un temps capable de gérer 1,5 million de personnes. « L'EI reste pourtant un phénomène idéologique autant que militaire, qui n'est pas prêt de disparaître. Le fait que les kamikazes soient de plus en plus souvent des Irakiens (et non plus seulement les combattants étrangers) illustre leur enracinement dans le pays », fait valoir Loulouwa al-Rachid. Il va revenir à une stratégie insurrectionnelle. « La plupart de ses combattants ont rasé leur barbe, changé de vêtements, et circulent librement » a assuré au New York Times un responsable du Conseil de Mossoul. Les djihadistes continueront d'alimenter l'insécurité comme ils le font déjà dans le reste du pays en multipliant les attentats anti-chiites, qui à leur tour alimentent le cycle de la vendetta confessionnelle. (...) Rare note d'espoir, le ras-le-bol de l'antagonisme communautaire, exprimé dans plusieurs parties du pays. Il a donné naissance à un mouvement de contestation pacifique, à Bagdad et dans le sud du pays. « La population aspire à un gouvernement capable de restaurer l'autorité de l'Etat », observe Loulouwa al-Rachid. Pour mettre fin à la désintégration de l'Irak, il faudrait sortir de l'ordre établi en 2003 par les Etats-Unis. Les élections législatives et régionales, prévues au printemps 2018, permettront-elles d'aller dans ce sens? »

L’Express (France), 10 juillet 2017.

Christophe Ayad, « Mossoul, leçons d’une bataille »

«...La longue et difficile libération de Mossoul préfigure les guerres à venir. Celles qui opposeront des groupes non étatiques surarmés et surmotivés à des armées régulières obligées de combattre comme des guérillas en milieu urbain. C'est déjà le cas à Marawi sur l'île de Mindanao, aux Philippines. Demain, ce sera l'Afghanistan, le Pakistan peut-être, le Caucase ou encore les Balkans. Dans l'étrange guerre livrée depuis neuf mois à Mossoul, le rudimentaire et la technologie se sont alliés pour former un cocktail inédit de sauvagerie et de cruauté sophistiquées. Ainsi, des drones - que l'on peut trouver sur Internet pour moins de 500 euros - ont été utilisés, lestés d'explosifs, par les djihadistes, pour bombarder leurs adversaires, des centaines de « voitures-suicides » ont été lancées contre les troupes adverses, des milliers d'engins piégés ont été déployés. Des femmes, des enfants, ont été transformés en kamikazes. Face à un tel déchaînement de violence, l'armée irakienne a combattu courageusement, mais sans toujours faire de détail. Le bulldozer et le drone d'observation se sont révélés les armes les plus efficaces. Jamais l'appui aérien, assuré par l'aviation de la coalition internationale, n'avait été utilisé de manière aussi intensive et précise, parfois pour éliminer un sniper perché sur un toit. Mais, à l'évidence, il va falloir que l'aviation se dote d'armes plus précises, de charges plus légères, capables de toucher leur cible sans détruire tout un immeuble. Deuxième leçon : la guerre des drones en ville ne fait que commencer.»

Le Monde (France), 14 juillet 2017, p. 25.

Alexandre Sirois, « A-t-on raison de célébrer la reprise de Mossoul? »

«...Le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a annoncé dimanche la « libération de la ville ». Il a félicité « les combattants héroïques » des forces irakiennes qui ont mené la charge. En étroite collaboration avec les États-Unis et leurs alliés (dont le Canada). Mais le premier ministre irakien, les États-Unis et leurs alliés sont-ils maintenant prêts à mettre les efforts nécessaires pour bâtir une paix durable ? Ça, c'est moins clair. Depuis des années, tous les experts de la région parlent de la nécessité de mettre de l'avant un véritable processus de réconciliation nationale en Irak. La colère des sunnites, marginalisés par les chiites depuis la chute de Saddam Hussein, ne s'est pas apaisée. Et on ne parle même pas des Kurdes qui, eux, continuent à réclamer plus d'autonomie. Les divisions entre chiites et sunnites aident d'ailleurs à comprendre pourquoi Mossoul a été pris si facilement, en 2014, par les djihadistes du groupe État islamique. « Presque tous » les habitants (sunnites) de la ville « ont accompagné la fuite des forces de sécurité irakiennes (chiites) en leur envoyant des cailloux », avait écrit le journaliste français Nicolas Hénin un an plus tard. Or, les problèmes fondamentaux ayant permis au groupe État islamique de s'emparer de Mossoul et de se répandre tel un virus en Irak n'ont pas été résolus. Dans ces circonstances, on voit mal comment le pays pourrait, à court terme, se refaire une santé. »

La Presse (Québec, Canada), 11 juillet 2017, p. 2.

Ian Bremmer, « Iraq controls Mosul once again. But who controls Iraq? »

«...In Mosul, ISIS has lost more than a city. Defeat there marks a reversal of the victory that first put ISIS on the map in June 2014. While the Syrian city of Raqqa is its capital, Mosul was where it declared the state that’s now in full retreat, and the traumatized people of Iraq’s second city can finally begin to rebuild their lives. Now things will move from bloody to complicated. The conflict has elevated Shi’ite militias to prominence as a potent military and political force, shifting the balance of power away from Prime Minister Haider al-Abadi. His rival, former leader Nouri al-Maliki, will be watching closely to plot new political alliances with ambitious militia leaders. Kurdish forces also now claim military control of some territories contested by Baghdad, and Kurdish political leaders have seized the moment by calling for an independence referendum. A vote might not be binding, but it would certainly heighten the conflict between the Shi’ite-dominated government in Baghdad and officials of the Kurdistan Regional Government. Finally, free of ISIS and its war, Sunnis will again demand greater influence, new rights and more resources from Baghdad, intensifying tensions not only between Sunnis and Shi’ites but among Sunni factions as well. »

Time (États-Unis), 24 juillet 2017, p. 14.

Gouvernance et gouvernement [ 10 juillet 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Irak
IntermédiaireFouad MassoumHaïder al-Abadi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2012 - 2016



avril
2014
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak


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