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30 juillet 2017

Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nicolas Maduro

Sur fond de crise économique et de contestation sociale, les Vénézuéliens élisent une Assemblée constituante chargée de former une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1999. L’opposition et plusieurs pays étrangers dénoncent toutefois ce vote qui sera remporté par des partisans du président Nicolas Maduro.

L’économie vénézuélienne s’effondre sous le président Nicolas Maduro. Au pouvoir depuis mars 2013, celui-ci remporte de justesse la présidentielle du 14 avril, mais un parti adverse, la Table de l’unité démocratique, obtient la majorité au Parlement le 6 décembre 2015. Maduro est fortement contesté. Au printemps 2016, une importante pétition demande un référendum sur sa destitution. Cette initiative est reportée par le Conseil électoral national. Des négociations entre le gouvernement et l’opposition, impliquant le Vatican, ne règlent pas la situation. Le 30 mars 2017, les tensions explosent alors que le Tribunal suprême de justice, favorable à Maduro, s’arroge les pouvoirs de l’Assemblée nationale. Cette décision, qualifiée par plusieurs de coup d’État, est annulée le 1er avril. Des manifestations monstres dégénèrent néanmoins en affrontements sanglants. Le 1er mai, Maduro appelle à la formation d’une Assemblée constituante afin de remplacer la Constitution de 1999. Ce processus implique le report des élections à venir, une décision qui soulève l’ire de l’opposition. Le 16 juillet, elle organise un référendum « non officiel ». La quasi-totalité des 7 millions de participants se prononcent pour un rejet de la constituante sans référendum, un appui de l’armée à la Constitution en vigueur et la tenue d’élections. Le 30 juillet, le gouvernement tient des élections pour former la constituante, qui comprend déjà des représentants de groupes favorables au président. Le vote, que l’opposition boycotte, se déroule dans un climat de violence. Il est dénoncé à l’intérieur, notamment par des membres de l’Église vénézuélienne et des ex-chavistes, comme la procureure générale Luisa Ortega Diaz. Il l’est également à l’internationale, le président américain Donald Trump parlant même de sanctionner le régime. Les résultats, qui confirment la mainmise de Maduro sur cette constituante, sont d’ailleurs contestés, tout comme la légitimité de ce dernier.

Dans les médias...


Sophie Bardin, Marine Buisson, « Le Venezuela qui fait craindre »

«...Nicolas Maduro avait annoncé, à la surprise générale, son projet d’assemblée constituante le 1er mai dernier, « pour parvenir à la paix ». Pour le président, cette assemblée est surtout l’occasion de donner une nouvelle légitimité à son mandat, alors que le pays est en proie à une grave crise économique. « Pour le gouvernement, cette assemblée est un moyen d’obliger l’opposition à revenir sur le terrain politique, non violent et non insurrectionnel », explique Christophe Ventura, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine. « L’objectif de Maduro est également de remobiliser le chavisme car les liens se sont distendus entre le gouvernement et la base », poursuit le spécialiste. Qu’adviendra-t-il du Venezuela après le vote de dimanche ? Plusieurs scénarios sont envisageables. Le positionnement de l’armée dans les jours et semaines à venir sera un élément crucial pour la suite des événements. Celle-ci affiche pour l’instant son soutien au gouvernement, mais Nicolas Maduro n’est pas à l’abri d’un retournement de situation qui pourrait prendre la forme d’un coup d’État, à l’image de celui intenté contre Hugo Chavez en 2002. A l’époque, la grande popularité de Chavez parmi les Vénézuéliens avait mis en échec cette tentative, mais au vu du mécontentement quasi général, Maduro ne pourra sans doute pas compter sur le soutien du peuple aujourd’hui. »

Le Soir (Belgique), 29 juillet 2017, p. 12.

Franck Gaudichaud, proposé recueillis par Justine Benoit, « Élections au Venezuela : « Maduro joue très gros »»

«...C'est un pari risqué pour Nicolas Maduro. S'il ne trouve pas le moyen de revenir à une forme d'espace politique négocié, partagé avec l'opposition, le pays peut basculer à tout moment dans une guerre civile. Il doit donc reprendre la main sur le processus politique et faire de nouveau la démonstration de sa légitimité. Et ce n'est vraiment pas gagné. Si on regarde les sondages, très polémiques au Venezuela néanmoins, sur environ 19 millions d'inscrits, Maduro doit recueillir au moins 11 millions des voix. En dessous, ce sera une défaite. S'il n'arrive pas à rallier la population au-delà de son espace politique initial, l'Assemblée constituante ne sera plus vraiment nationale mais « maduriste ». Pour relever ce défi, il doit convoquer les bases historiques du chavisme, qui se trouvent dans les milieux populaires. Or, ce sont eux les plus mécontents. Et au sein même de son parti politique, les dissensions sont nombreuses. Ceux qui font partie du chavisme critique sont également contre cette Assemblée. C'est le cas de la procureure générale (équivalent de la ministre de la Justice), Luisa Ortega. Ajoutez à cela ses opposants directs, qui boycottent l'élection et amoindrissent ainsi la légitimité du résultat électoral. Maduro doit donc convaincre ses opposants directs et les membres de sa formation politique. Malgré toutes les critiques qu'on peut faire à l'encontre de l'Assemblée constituante, il faut pourtant reconnaître au gouvernement ce pari de tenter une régulation non violente du conflit. »

L’Obs (France), 30 juillet 2017.

Ricardo Penafiel, propos cités dans « Venezuela - Quel pouvoir pour l’Assemblée constituante ? »

«...On va vers de plus en plus d'autoritarisme, vers un gouvernement monolithique avec des institutions non pluralistes, et vers un degré de répression de plus en plus élevé. Ce qui se passe est à la fois très choquant et très inquiétant. Que Maduro ait refusé de reconnaître le Parlement en 2015 fait en sorte qu'on est aujourd'hui dans une situation insoluble. Les tables de concertation ont été des mascarades pour gagner du temps. Maduro se rit de l'opposition et s'enfonce dans une crise sociale, politique et économique. Mais il a tous les pouvoirs, donc ça peut durer longtemps. Quel peut être le rôle de la communauté internationale aujourd'hui, alors que depuis des mois, des voix à l'intérieur du Venezuela annoncent et dénoncent le déclin démocratique à présent reconnu ? C'est délicat, parce que le gouvernement utilise l'intervention internationale pour alimenter son discours contre l'impérialisme et l'ingérence. Il rend ainsi légitimes ses actions, arguant qu'il défend la souveraineté nationale en réprimant l'opposition, soutenue par l'extérieur. »

Le Devoir (Québec, Canada), 1er août 2017, p. B5.

Hannah Strange, « Is Venezuela on the brink of a civil war ? »

«...President Nicolas Maduro called the vote to elect an assembly to rewrite the constitution - a move he says will bring back stability to a country in chaos but which critics brand an authoritarian power grab. Voters were to elect 364 members, with 181 chosen by committees representing social sectors, including workers, farmers and indigenous people. The drive is ostensibly aimed at resolving the political crisis which has consumed the oil-rich nation since the opposition won control of the National Assembly (AN) in 2015. The government-stacked Supreme Court has declared the AN in contempt, and in March attempted to seize its powers in what was condemned the world over as a legislative coup. The decision was swiftly reversed, but not before sparking nationwide street protests that continue to date. The opposition - backed by much of the international community as well as Venezuela’s rebel attorney general Luisa Ortega Diaz - says the constituent assembly will cement Venezuela's transition to a dictatorship. Key questions are to what extent the body will try to sidestep the AN, and how long it will remain in force, neither of which have been clearly addressed. Critics say it will lead to a Cuban-style congress, but Mr Maduro insists it puts power in the hands of the people as never before. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 28 juillet 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 30 juillet 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Venezuela
LimitéNicolas Maduro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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octobre
2012
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mars
2013
Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

avril
2013
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives


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