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24 septembre 2017

Réélection en Allemagne d’un gouvernement dirigé par Angela Merkel

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Angela Merkel

L’Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne sociale (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel arrive de nouveau en tête lors des élections législatives allemandes avec 246 sièges. Ce succès est toutefois éclipsé par le recul de 65 sièges de la CDU/CSU par rapport à 2013, et par l’entrée au Bundestag d’une formation très conservatrice, l’Alternative pour l’Allemagne (AA).

Au début de 2017, les sondages annoncent une lutte serrée entre la CDU/CSU et le Parti social-démocrate d’Allemagne (PSD) que l’ex-président du Parlement européen, Martin Schulz, dirige à partir du 19 mars. Toutefois, la marge se creuse dès le printemps entre les deux partis formant la coalition de gouvernement depuis décembre 2013. Aussi, au début de la campagne électorale, la CDU/CSU se dirige vers une victoire facile. Le jour du scrutin, le 24 septembre, elle arrive en tête avec 246 sièges. Ce résultat constitue cependant un net recul de 65 sièges par rapport à 2013. Cette baisse ne profite pas au PSD qui, avec 20,5 % des voix et 153 sièges, connaît le pire score depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec 10,7 % des voix, le Parti libéral-démocrate revient en force au Bundestag dont il avait été évincé en 2013. Il récolte 80 sièges. Deux formations de gauche et de centre gauche, Die Linke et L’Alliance 90/Les Verts, obtiennent pour leur part 69 et 67 sièges, soit un résultat comparable à celui de 2013. Le succès qui retient le plus l’attention dans les médias est celui d’un parti très conservateur, l’Alternative pour Allemagne (AA). Fondé en février 2013, celui-ci fait son entrée au Parlement avec 12,6 % des voix et 94 sièges. La présence de l’AA, que certains considèrent d’extrême-droite, apportera une nouvelle dimension aux débats. Celle-ci souhaite la sortie du pays de l’euro, ne reconnaît par le rôle de l’homme dans les changements climatiques et s’oppose à la politique pro-immigration d’Angela Merkel. Une fois élue, une de ses porte-paroles, Frauke Petry, annonce toutefois qu’elle siégera comme indépendante puisque son parti n’offre pas une « plateforme crédible ». Pour sa part, la chancelière qualifie la composition de la future chambre de « nouveau défi ». Le refus du PSD de joindre la coalition de gouvernement place en effet Angela Merkel devant différentes options, puisqu’elle aura besoin de l’appui de plusieurs autres partis pour gouverner.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Nicolas Barotte, « Affaiblie, Merkel doit rassembler une Allemagne sonnée »

«...Le SPD est en crise mais les autres petits partis ne vont pas mieux. En Bavière, la CSU, le parti frère de la CDU a encaissé un recul de dix points par rapport à 2013 et tout cela à un an des prochaines élections régionales. Horst Seehofer est fou furieux et lundi il n'était pas évident de savoir si Angela Merkel et lui s'étaient parlé. « On ne peut pas dire : « on continue ainsi » » , lance-t-il dans la journée en direction de sa chancelière. « Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées » , assène-t-il. À droite, l'AfD s'est installée. Dimanche soir, son leader Alexander Gauland avait lancé triomphal : « Nous allons reconquérir notre pays et notre peuple . » L'entrée au Bundestag des populistes est une tache dans le mandat et l'héritage d'Angela Merkel. Même si elle a promis qu'ils « n'auront aucune influence » sur sa politique, ils vont bouleverser le climat des débats allemands, marqués jusqu'à présent par un certain sens de la mesure. Au siège de la CDU, on tente de relativiser : « L'Allemagne s'est seulement normalisée . » Toutes les démocraties sont confrontées au défi de l'extrême droite. »

Le Figaro (France), 26 septembre 2017, p. 5.

S.A., « L’AfD portée par la peur du déclassement »

«...Comment ce parti créé il y a à peine quatre ans, dans le sillage de la crise de l'euro, a-t-il pu s'imposer ainsi dans le paysage politique allemand? Pour le chercheur Oskar Niedermayer, de l'Université libre de Berlin, c'est « essentiellement la crise migratoire qui a renforcé l'AfD. En 2015, ce parti était le seul à s'opposer à la politique des réfugiés d'Angela Merkel. Il attire sur le thème de l'islam, du terrorisme et de la présence des étrangers. » L'arrivée en 2015 de 890 000 réfugiés en Allemagne occupe en effet la quasi-totalité du programme de l'AfD. Une fois installés au Bundestag, ses élus ont l'intention d'ouvrir une enquête parlementaire contre la chancelière, et même de la poursuivre en justice pour avoir ouvert les portes du pays en 2015. Hausse de la criminalité, du terrorisme, perte de contrôle aux frontières... tous les maux du pays sont attribués, de près ou de loin, à cette décision d'Angela Merkel.Dans une enquête réalisée dimanche par l'Institut de sondage Imap, 99 % des électeurs de l'AfD jugent que ce parti a pris en compte leur crainte en matière sécuritaire. « La politique de la chancelière a créé un inconfort dans la culture politique allemande, confirme Tilman Mayer, de l'université de Bonn. Le succès de l'AfD a en grande partie des causes culturelles. » Le vote en sa faveur « est un mécanisme de défense face à l'arrivée non désirée d'un million d'immigrants de culture parfois très éloignée ».La crainte d'une perte de l'identité allemande face à l'immigration et à l'islam a joué un rôle central dans la campagne électorale de ce parti.»

La Croix (France), 26 septembre 2017, p. 2-3.

Bruno Odent, « Poussée nationaliste : la victoire en déchantant d’Angela Merkel »

«...Pour séduire les électeurs désarçonnés, les joueurs de flûte de l'ultradroite se sont affichés en force providentielle, de celle qui pourfend « l'establishment » et la « presse qui ment ». Ils leur ont présenté les migrants comme des boucs émissaires, comme les acteurs d'une invasion menaçant leur identité et leurs... biens. Entendez : des étrangers qui veulent les « exproprier de leurs droits sociaux », selon la rhétorique fielleuse d'une Alice Weidel, cotête de liste de l'AfD. Le SPD de Martin Schulz avait certes bien saisi le caractère ultrasensible de cette « question sociale. » L'ex-président du Parlement européen a mené campagne en proclamant venu le « temps de la justice ». En vain. Tant le passif des réformes Schröder, à l'origine de la précarisation massive d'une partie de la population, continue de peser sur la crédibilité du parti. Et les très timides corrections de la loi Hartz IV avancées par le candidat du SPD à la chancellerie n'auront pas permis de combler la crise de confiance des couches moyennes et populaires à l'égard des sociaux-démocrates. SPD, Verts et Die Linke, majoritaires dans l'ancien Bundestag, réalisent désormais ensemble moins de 38 % des suffrages. Dans ce sombre contexte où près d'une centaine de députés nationalistes s'apprêtent à faire leur entrée dans le Parlement, le rôle de Die Linke s'annonce plus difficile, mais sans doute aussi plus crucial que jamais. La formation fut en effet la seule à dénoncer l'attitude des autres partis, qui se sont alignés en fin de campagne sur les thèmes de l'extrême droite en espérant stopper sa progression. Le résultat est calamiteux. »

L’Humanité (France), 25 septembre 2017.

Guy Taillefer, « Merkel ébranlée – Europe troublée »

«...Difficile de ne pas s'étonner du fait que la chancelière sortante n'ait pas mieux mesuré le poids et l'influence du discours défendu par l'AfD. Elle se trouve ici à reconfirmer à quel point les élites qui gouvernent nos démocraties sont souvent déconnectées. Certes, l'extrême droite demeure pour le moment davantage endiguée en Allemagne qu'elle ne l'est en Autriche, en Pologne ou en France. Reste que, depuis sa création il y a seulement quatre ans, l'AfD a tout de même réussi à faire son entrée dans les Parlements de 13 des 16 Länder du pays. C'est tout ce que les européistes ne croyaient pas voir se produire. Ces élections viennent reconfigurer en profondeur le paysage politique allemand. Et son onde de choc est de dimension européenne. Certes, Mme Merkel n'a jamais été considérée comme l'apôtre la plus fervente d'une plus grande intégration européenne, tant s'en faut, mais on pouvait imaginer qu'une fois réélue avec les marges de manoeuvre que l'électorat lui donnait depuis 12 ans, l'enthousiasme d'Emmanuel Macron serait au moins en partie contagieux et que, ce faisant, un front Macron-Merkel pourrait se constituer pour redynamiser un projet continental mis à mal par la perspective du Brexit. Cet espoir risque d'être déçu, si tant est qu'il ait jamais été réaliste. »

Le Devoir (Québec, Canada), 26 septembre 2017, p. A6.

Peter Foster, « The challenges Angela Merkel must overcome to cement her legacy »

«...Angela Merkel is set to return as German chancellor for a record-equalling fourth term, an achievement that is a testament both to her dogged personal political statecraft and the persistent good health of the German economy. But as she contemplates four more years in office, Mrs Merkel - indefatigable as she is - will know that she will now need to overcome a daunting list of challenges at home and abroad if she is to cement her legacy. At home, politics just became more complicated. The rise of the right-wing populist Alternative for Germany (AfD) and the humiliating showing of her previous coalition partner, the Socialist Democrats (SPD), means that Mrs Merkel will now govern with a smaller majority. (...) A so-called ‘Jamaica’ coalition between Mrs Merkel, the business-friendly Free Democrats (FDP) and the Greens, which are themselves split between their left and right wings, will take months of negotiation to bring to fruition and limit her options, particularly in Europe. It may, however, mean a stronger platform from which to tackle some of the long-term issues confronting Germany’s economy which, while still running up record-breaking budget surpluses, is now starting to show early signs of ageing. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 25 septembre 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 24 septembre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
ÉlevéFrank-Walter SteinmeierAngela Merkel

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2012 - 2016



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2013
Réélection en Allemagne d'un gouvernement dirigé par Angela Merkel

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[Résultats] Élections législatives

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