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25 septembre 2017

Tenue d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Peu de temps après la reconquête de Mossoul des mains du groupe État islamique (EI), les habitants du Kurdistan irakien tiennent un référendum sur l’indépendance de leur territoire. Environ 72,2 % des électeurs éligibles se prononcent lors de cette consultation qui se solde par un vote favorable à 92,7 %.

Le Grand Kurdistan s’étend sur quatre pays, soit la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak. Les Kurdes qui y habitent expriment depuis longtemps un désir d’indépendance. Malgré l’octroi d’une certaine autonomie par le gouvernement de Bagdad en 1970, de profonds différends persistent, notamment dans le Kurdistan irakien. L’intervention américaine en Irak, en mars 2003, ébranle le pouvoir central. Le 30 janvier 2005, les habitants du Kurdistan se prononcent pour l’indépendance à 98,8 %. Ce référendum n’est toutefois pas reconnu et, dans la nouvelle Constitution de 2005, le Kurdistan devient une entité de la fédération irakienne. La situation change avec l’offensive de l’EI, en 2014, qui fait reculer les troupes irakiennes. Les peshmergas, des soldats kurdes, jouent un rôle déterminant dans la reconquête du territoire qui comprend d’intéressantes ressources pétrolières. En 2016, la volonté de tenir un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien et des espaces maintenant occupés par les peshmergas s’exprime de nouveau. L’opposition vient évidemment de Bagdad, mais également d’autres pays de la région, comme la Turquie, la Syrie et l’Iran, ainsi que du Conseil de sécurité des Nations unies. Seul Israël appuie le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) dans cette démarche qui fait craindre une déstabilisation de cette région fragile. Le 25 septembre 2017, 92,7 % des électeurs qui se rendent aux urnes, avec un taux de participation de 72,2 %, répondent oui à la question : « Voulez-vous que la région du Kurdistan ainsi que les territoires kurdes en dehors de la région deviennent un État indépendant? » Le président du GRK, Massoud Barzani, invite au dialogue les opposants à ce vote qui est présenté davantage comme un levier dans des négociations à venir que comme une étape menant à une proclamation d’indépendance. Toutefois, les pays de la région réagissent négativement. Des mesures de représailles sont même annoncées par certains, laissant présager l’émergence de nouvelles tensions.

Dans les médias...


Cyril Roussel, « Kurdistan : En Irak, l’histoire entre les lignes »

«...Un des enjeux du référendum sur l'indépendance du Kurdistan est territorial. Il s'agit de montrer à Bagdad que les populations des ex-«territoires disputés» sont acquises à la cause kurde et qu'elles soutiennent le processus de séparation de la région kurde du reste de l'Irak. Erbil s'assurerait ainsi une légitimité territoriale sur ces zones dont le statut n'a jamais été précisé, alors qu'une loi existait pourtant, qui devait permettre aux populations de choisir leur devenir. Pour le président du GRK,Massoud Barzani, cette loi est enterrée depuis la percée jihadiste de 2014 et plus aucune négociation ne sera entreprise avec Bagdad sur les territoires sous contrôle peshmerga. En s'assurant une frontière méridionale qui intégrerait, en plus des trois provinces historiques d'Erbil, Dohuk et Souleimaniye, Kirkouk et les secteurs récupérés en 2014 et 2015 sur l'EI, la région kurde se garantit une viabilité économique de fait. Enfin, et c'est bien là aussi un point essentiel pour les Kurdes, entrer dans un processus d'indépendance c'est tenter de légitimer leur place sur la scène internationale. Et c'est bien ce que recherchent les autorités d'Erbil. Mettre la question kurde au coeur de l'agenda diplomatique des grandes puissances - ce qui pourrait leur assurer une certaine audience - est peut-être devenu vital pour eux, qui voient se renforcer à nouveau le pouvoir de Bagdad, avec en arrière-plan la puissance iranienne. »

Libération (France), 28 septembre 2017, p. 8.

Baudoin Loos, « Les Kurdes entre nationalisme et réticences »

«...les autorités régionales kurdes d’Irak n’ont pas cédé aux pressions et procéderont donc comme prévu. Les habitants des trois « gouvernorats » (provinces) kurdes sont concernés ainsi que les zones conquises par les Kurdes d’Irak lors des combats victorieux contre Daesh depuis deux ans. Dans cette catégorie, on trouve la ville et région de Kirkouk, riche en pétrole, dont la population est mélangée (Kurdes, Arabes, Turkmènes). Les habitants ont assailli les magasins pour faire des réserves de produits de première nécessité car, à Bagdad, capitale de l’Irak, on n’entend pas abandonner les revendications sur ce gouvernorat et les tensions pourraient dégénérer en violences sinon en guerre, estiment nombre d’observateurs. Parmi la population kurde d’Irak, le sentiment nationaliste flatté par ce référendum semble important et sera sans doute décisif dans les urnes. Cela n’empêche pas certains, probablement minoritaires, de renâcler en raison de l’appétit pour le pouvoir dont font preuve Massoud Barzani et les siens, tandis que leur gestion des affaires de la région pose problème (Erbil a accumulé 30 milliards de dettes). Pour ces voix critiques, les Barzani utiliseraient la consultation populaire pour promouvoir l’indépendance, qu’ils savent hors de portée, mais juste en vue d’asseoir leur pouvoir à Erbil et leur poids à Bagdad. »

Le Soir (Belgique), 25 septembre 2017, p. 11.

Thomas Cantaloube, « L’après-référendum du Kurdistan irakien fait naître des incertitudes »

«...pour beaucoup de Kurdes, « le plus grand peuple sans pays » comme on dit souvent, ce vote pourrait avoir une résonance historique. Le premier ministre de la région, Nechirvan Barzani (neveu de Massoud), s'est néanmoins efforcé de rassurer tous ceux, nombreux, qui voient la perspective d'une indépendance d'un mauvais oeil en affirmant : « Le référendum ne signifie pas que l'indépendance est pour demain, ni que nous entendons redessiner les frontières. Si le oui l'emporte, nous résoudrons nos problèmes avec Bagdad pacifiquement. » Les pays frontaliers, ainsi que les grandes puissances craignent principalement deux choses d'une éventuelle indépendance : les revendications autonomistes des Kurdes iraniens, syriens et turcs, et le chamboulement des frontières issues du démantèlement de l'Empire ottoman il y a un siècle (dont tout le monde s'accorde pourtant à penser qu'elles sont inadéquates)(...) Jusqu'au jour du scrutin, les principaux partenaires du Kurdistan irakien (États-Unis en premier lieu, mais aussi Union européenne), ainsi que les pays limitrophes possédant chacun une population kurde importante, ont demandé l'annulation, voire le report du vote. Une petite partie des Kurdes eux-mêmes s'était également rangée sous la bannière « No for Now » ( « Non pour le moment » ), pour souligner qu'il était inutile et précipité de tenir ce vote. Mais Massoud Barzani n'a pas voulu reculer, et c'est donc une période incertaine qui s'ouvre aujourd'hui pour le Kurdistan et toute cette région où les frontières et les querelles de l'Irak, de l'Iran, de la Syrie et de la Turquie s'entrecroisent telles des plaques tectoniques. »

Mediapart (France), 26 septembre 2017.

Samir Saul, « Idées – Les Kurdes, entre drame historique et comédie géopolitique »

«...Tous les pays s'opposent à ce référendum, sauf Israël, qui soutient la sécession et la création d'un État kurde. Son but (et celui des néoconservateurs) est la fragmentation des pays arabes. En plus d'attiser des conflits arabo-kurdes, le parrainage du Kurdistan pourrait lui fournir une base d'action aux portes de l'Irak et de l'Iran. Quant à l'opposition de l'Irak, de la Turquie, de l'Iran et de la Syrie, elle s'explique d'elle-même. Toute déclaration d'indépendance kurde aurait des répercussions à l'intérieur de leurs frontières, menaçant leur intégrité territoriale. La position des États-Unis est plus alambiquée. Leur discours officiel regrette le référendum, alors même que leur politique joue la carte kurde. Ils promeuvent l'autonomie du Kurdistan, moyen de pressurer l'Irak depuis 1991. Mais l'occupation de l'Irak (2003-2010) rapproche l'Irak de l'Iran, si bien qu'un appui américain trop voyant aux Kurdes aliénerait Bagdad et bénéficierait à l'influence de l'Iran en Irak. En Syrie, les djihadistes et apparentés ayant échoué, les États-Unis misent sur les Kurdes, levier circonstanciel pour gêner la récupération de ses territoires par l'État syrien et tenter la partition du pays. Or, là aussi, l'utilisation des Kurdes rencontre des limites, en l'espèce l'hostilité de la Turquie. D'où une conduite américaine filandreuse et en demi-teinte. »

Le Devoir (Québec, Canada), 25 septembre 2017, p. A7.

Drew Allan, « The Kurdish dream vote may yet lead to a rude awakening »

«...let's not forget this was a non-binding vote, one simply aimed at preparing the ground and gaining a mandate from the people, before independence becomes a fully-fledged reality. Even this first step, though, has already thrown up challenges and opposition. And the Kurds can expect more of that from here on in. No sooner had I flown out of the region following the referendum than the Iraqi Government and neighbours Iran and Turkey began ratcheting up the pressure. In Baghdad the central government threatened to send troops and seize oil fields, and took steps to shut down international flights to and from the Kurdish region. All of this begs the question, what next? If there is one thing that is certain amidst all this turbulence, it's that the Kurds face a tricky and potentially dangerous time ahead. One of the most serious moves in the wake of the referendum was the Iraqi parliament's mandate to the country's prime minister, Haider al-Abadi, to deploy troops to the oil-rich city of Kirkuk, one of several disputed areas held by Kurdish Peshmerga forces but claimed by Baghdad. Increasingly I can't help feeling that this ethnically mixed city with its Kurdish, Arab and Turkmen population will inevitably feature heavily in any coming political storm in the region. »

The Herald (Royaume-Uni), 29 septembre 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 25 septembre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Irak
IntermédiaireFouad MassoumHaïder al-Abadi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak


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