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4 décembre 2017

Assassinat de l’ex-président du Yémen, Ali Abdallah Saleh

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Une guerre civile secoue le Yémen depuis 2014. L’ex-président Ali Abdallah Saleh soutient les houtis, des rebelles majoritairement chiites qui combattent le gouvernement. Le 1er décembre 2017, il rompt toutefois son alliance, une décision qui est suivie de près par son assassinat aux mains d’un tireur dans la capitale Sanaa.

Ali Abdallah Saleh domine la vie politique du Yémen du Nord de 1978 à 1990, avant de devenir président du pays réunifié, incluant le Yémen du Sud, en 1990. Il réussit à garder le pays uni malgré les tensions et les luttes avec les houtis, des chiites du nord, ainsi que les indépendantistes du sud. Son règne autoritaire, la corruption des dirigeants ainsi que la difficile situation économique des habitants contribuent toutefois à accentuer le mécontentement à son endroit. Il s’exprime lors du printemps arabe de 2011, alors qu’Abdallah Saleh perd ses appuis. Après des hésitations, il quitte son poste le 25 février 2012. Son vice-président, Abdrabbo Mansour Hadi, lui succède. Le pays est dans un état difficile, ses dirigeants devant composer, en plus des divisions, avec des revenus pétroliers à la baisse. À l’été 2014, une nouvelle guerre civile éclate. Les houtis, appuyés par l’Iran, s’emparent de la capitale, Sanaa. Après les avoir combattus dans le passé, Abdallah Saleh, qui souhaite reprendre le pouvoir, les supporte. Une coalition de pays arabes, dont l’Arabie saoudite, s’oppose à eux. Leur but est de restaurer le vieux gouvernement de Mansour Hadi. Le 1er décembre 2017, Abdallah Saleh change d’orientation et fait savoir lors d’un discours télévisé qu’il est ouvert à cette coalition. Trois jours plus tard, l’ex-président est abattu, vraisemblablement par des chiites, mais dans des circonstances plutôt obscures. Les Nations unies demandent une pause humanitaire dans le pays qui est déchiré par la violence. Les tensions internes ainsi que les interventions extérieures contribuent à entretenir un climat de violence qui, depuis le début des hostilités, en 2014, a fait plus de 8000 morts et des dizaines de milliers de blessés. Ce conflit s’ajoute, et contribue, à de graves problèmes humanitaires (choléra, sous-alimentation, etc.) amplifiés par la difficulté à acheminer de l’aide matériel aux victimes.

Dans les médias...


Louis Imbert, « Les houtistes seuls maîtres de Sanaa »

«...Les derniers jours ont démontré qu'ils (les houtistes) bénéficiaient encore d'un soutien populaire à Sanaa, ou du moins qu'ils y étaient craints. Dans les provinces, la plupart des tribus ont attendu sans bouger qu'un vainqueur émerge. « L'épuration qui va suivre risque de coûter cher aux houthistes », note l'analyste Adam Baron. Face aux rebelles, toute négociation paraît désormais impossible avec l'Arabie saoudite. Riyad a placé sous sanctions, début novembre, une quarantaine de responsables houthistes, et mis leur tête à prix. Les rebelles eux-mêmes ne sont pas plus enclins à négocier depuis qu'ils ont chassé de Sanaa, au printemps, l'émissaire des Nations unies, Ismail Ould Cheikh Ahmed. « La guerre est leur domaine : il n'y a que cela qu'ils sachent bien faire. Ils ne savent pas négocier », soupire M. Noman (Moustapha, ex-ministre des Affaires étrangères). Malgré ces limites, les houthistes restent de fait seuls en charge de ce qu'il reste de l'Etat et de son administration à Sanaa et dans la moitié nord du pays, la plus peuplée. Le gouvernement légitime vit hors sol, en exil : les ministres sont peu nombreux à Aden, la « capitale temporaire » dans les zones libérées du sud, où des forces sécessionnistes contestent leur autorité. Ils ont échoué pour l'heure à y relancer la Banque centrale, qu'il avait transférée hors de Sanaa à l'été 2016, afin de priver la rébellion d'une importante source de revenus. »

Le Monde (France), 6 décembre 2017, p. 2.

Luc Mathieu, « Yémen : La fin sanglante d’une alliance contre-nature »

«...Près de 21 millions d'habitants, sur 28 millions, dépendent de l'aide extérieure. Environ 14 millions n'ont pas accès aux soins. «Ce sont des chiffres inouïs. La situation s'aggrave sans cesse depuis trois ans», explique Lucile Grosjean, chargée du plaidoyer pour le Yémen à Action contre la faim. La crise s'est encore accentuée depuis le blocus imposé par l'Arabie Saoudite après l'interception, le 4 novembre près de Riyad, d'un missile tiré par les Houthis. Le port de Hodeida, par où transitent environ 80 % de l'aide humanitaire, a été fermé et l'aéroport de Sanaa bombardé. Les prix ont explosé. (...) «Le principal problème n'est pas tant la disponibilité des denrées que leur prix», poursuit Lucile Grosjean. Plus de la moitié des hôpitaux et centres de soins sont hors service. Soit parce qu'ils ont été bombardés, soit parce qu'il n'y a plus ni médecins ni infirmiers, partis faute d'avoir été payés depuis plus d'un an. «Les familles n'ont même plus assez d'argent pour payer le transport jusqu'aux hôpitaux qui fonctionnent encore. Elles attendent le plus longtemps possible : on reçoit de plus en plus de cas critiques, que ce soit des enfants en état de malnutrition ou des femmes dont la grossesse souffre de complications, qui auraient dû être soignées bien avant», explique Ghassan Abou Chaar, le chef de mission de Médecins sans frontières à Sanaa. Si le pic de l'épidémie de choléra, qui a touché près de 900 000 personnes, est passé, rien ne dit qu'elle ne reprendra pas. »

Libération (France), 5 décembre 2017, p. 6.

Loos Baudouin, « Saleh tué, les Houtis seuls à Sanaa »

«...Gouverner le Yémen, avait-il (Ali Abdallah Saleh) un jour dit, « c’est comme danser avec des têtes de serpents ». (...) Ali Abdallah Saleh avait développé un extraordinaire instinct de survie, multipliant les coups tortueux, les alliances et contre-alliances, les intrigues, ruses et complots, se jouant des complexités politiques yéménites composées de tribus, de clans, de chefs régionaux et religieux aux allégeances surtout locales. Ces calculs et son ultime volte-face lui auront finalement coûté la vie. Comme l’écrit sur le site de la BBC l’analyste Peter Salisbury, de l’Institut Chatham House, « Saleh restera comme celui qui a façonné le Yémen contemporain à son image, mais il était plus capable de brûler le pays que de perdre le pouvoir. Pourtant, sans ses capacités de conclure des accords, la guerre civile qu’il a contribué à allumer et la crise humanitaire dévastatrice qu’elle a engendrée risquent juste de s’aggraver ». Pour le moment, avec la mort de Saleh, les Houthis ont conforté leur emprise sur Sanaa, laquelle subit plus encore les bombardements de la coalition saoudienne. Le terme de la guerre semble encore loin. »

Le Soir (Belgique), 6 décembre 2017, p. 12.

Robert F. Worth, « The Man Who Danced on the Heads of Snakes »

«...For those who knew him, it is hard to believe that Ali Abdullah Saleh, Yemen's longtime ruler and one of the most cunning autocrats of our time, is finally gone. Time and time again, Mr. Saleh seemed to outmaneuver death. He dodged a blizzard of bullets over the years, along with a bombing that left his skin mottled, his right hand stiffened like a claw. He'd held power for so long -- even after his nominal ouster from the presidency in 2011, he remained a dominant force in Yemen -- that he seemed almost welded to the landscape. (...) In the end, it seems, Mr. Saleh was done in by his own opportunism. After losing a gun battle for control of the huge mosque in Sana that bears his name over the weekend, he signaled his willingness to change sides, yet again, if the Saudis would stop blockading and bombing Yemen. It was too late. The Houthis smelled betrayal and attacked Mr. Saleh's compound. The finale was an ignominious photograph of an old man, skull split open, in the back of a pickup truck. Yemen's people will gain nothing from his death. His followers will seek revenge, sowing more chaos. The main factions in Yemen's war -- echoing the sectarian grudge match across the Middle East -- show no interest in compromise. The human cost, in hunger and disease, is likely to worsen; a settlement will grow more elusive. The dance is over, and the snakes have won. »

New York Times (États-Unis), 10 décembre 2017, p. 10.

Gouvernance et gouvernement [ 4 décembre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Yémen
TransitionAbdul Rab Mansur al-HadiAhmed Obeid ben Dagher

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



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