Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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6 novembre 2017

Déclaration des Nations unies sur la situation des Rohingyas au Myanmar (Birmanie)

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) se prononce unanimement en faveur d’un arrêt des mesures du gouvernement du Myanmar persécutant les Rohingyas et les poussant à l’exil. Depuis août 2017, des centaines de milliers de membres de cette minorité ethnique et musulmane ont quitté le pays pour s’établir ailleurs, notamment dans des camps au Bangladesh.

Les Rohingyas sont concentrés dans l’État d’Arakan, dans la partie sud-ouest du pays. Leurs relations sont traditionnellement difficiles avec la majorité birmane qui est bouddhiste. Le Rohingyas font l’objet de discrimination. Puis, des épisodes de répression plus sévère, dans les années 1970 et 1990, amènent des centaines de milliers d’entre eux à s’exiler au Bangladesh, le pays voisin. Ils y vivent dans des camps où les conditions sont difficiles. En 1992, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés par le gouvernement birman comme des « non-citoyens ». En mai 2012, une agression contre une jeune bouddhiste par des Rohingyas provoque l’état d’urgence. De nouvelles violences entraînent la migration de ces derniers. Le Bangladesh est toutefois moins hospitalier et les Rohingyas se tournent aussi vers d’autres pays comme la Malaisie et l’Indonésie. En octobre 2016, des milices armées, dont l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan, sont mises sur pied. Elles se livrent à des attaques contre des postes frontières, provoquant une réplique de l’armée birmane. Les exodes reprennent, puis s’amplifient en août 2017 après une autre attaque des Rohingyas. De plus, des exactions sont commises contre eux au Myanmar, mais les estimations sont difficiles puisque les observateurs de l’extérieur n’ont pas accès aux zones touchées. Des attentes de la communauté internationale sont exprimées à l’endroit de la leader du Myanmar, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991. Toutefois, celle-ci s’exprime peu sur le sujet, déclarant qu’elle observait un « iceberg de désinformation » entourant cette situation. Le haut-commissaire des droits de l’homme à l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, parle pour sa part d’un « exemple classique de nettoyage ethnique ». À la fin octobre, on évalue à 600 000 le nombre de Rohingyas établis au Bangladesh depuis août 2017, pour un total de 1 million. Par déclaration conjointe, le 6 novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU demande au Myanmar de mettre un frein à sa campagne militaire et de laisser les réfugiés revenir chez eux.

Dans les médias...


Guillaume Delacroix, « Rohingyas : derrière la religion, le pétrole et le gaz »

«...La Birmanie, l'Occident a tendance à l'oublier, est toujours aux mains des militaires : les ministres de l'intérieur, de la défense et des frontières sont des hommes en uniforme, ainsi que 25 % des parlementaires. En Arakan de surcroît, la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi est minoritaire à l'assemblée régionale, et ce sont les militaires qui contrôlent l'administration territoriale. En clair, Aung San Suu Kyi a le choix entre le suicide politique et le silence propre à sauver le processus de démocratisation de son pays, quitte à ruiner sa réputation personnelle. Elle a choisi la seconde voie, car elle garde en mémoire l'assassinat de son conseiller juridique, en janvier 2017. Un événement interprété comme un avertissement : celui-ci était de confession musulmane et revenait d'un voyage en Indonésie, où plusieurs dirigeants régionaux s'étaient retrouvés pour évoquer les tensions religieuses en Arakan. Dans la crise humanitaire en cours au Bangladesh pourtant, la religion n'est qu'un alibi. À Rastar Matha, nous avons ainsi visité un camp de réfugiés où s'entassent 145 familles rohingyas de confession... hindoue, tandis que dans le centre-ville de Cox's Bazar, nous avons découvert un marché de prêt-à-porter tenu par une communauté birmane d'Arakanais... bouddhistes. En réalité, les Rohingyas n'ont d'autre tort que de s'être installés en Arakan depuis des siècles et d'y avoir eu beaucoup d'enfants. Pour leur malheur, le monde s'est industrialisé et la province est devenue hautement stratégique. »

Mediapart (France), 15 novembre 2017.

Cyrille Pluyette, « Crise des Rohingyas : la Birmanie se rapproche de la Chine »

«...Le géant asiatique, qui a affirmé soutenir les efforts de la Birmanie pour «maintenir la paix et la stabilité» dans l'État d'Arakan, dont ont été chassés les Rohingyas, est l'un des seuls pays à s'être montré compréhensif avec la Birmanie, à qui il a apporté son soutien aux Nations unies. Parmi les explications, Pékin ne perd pas de vue les enjeux économiques considérables qui se jouent dans la zone de conflit. Cette région troublée de l'ouest du pays est en effet traversée par des installations cruciales, qui permettent d'acheminer vers la province chinoise du Yunnan du pétrole et du gaz naturel venus du Moyen-Orient sans passer par le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l'Indonésie. L'État d'Arakan s'inscrit aussi dans le gigantesque chantier des nouvelles routes de la soie, clé de voûte de la stratégie du président Xi Jinping à l'international, et qui consiste à bâtir une multitude d'infrastructures dans une soixantaine de pays. Or ce projet «a ciblé la Birmanie comme partenaire prioritaire», souligne Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse à l'Ifri. Pékin prévoit d'investir des milliards de dollars dans un port en eaux profondes - qui faciliterait son accès à l'océan Indien - dans la ville de Kyaukpyu, située dans cette province - ainsi qu'une immense «zone économique spéciale» à proximité. En proposant son aide pour résoudre la crise des Rohingyas, la Chine, qui rivalise avec les États-Unis pour imposer sa domination sur la région, espère aussi obtenir des bénéfices sur le plan diplomatique, en faisant définitivement rentrer son voisin dans son «orbite». »

Le Figaro (France), 30 novembre 2017.

Carole Isoux, « Aung San Suu Kyi : la chute d’une icône »

«...En 2020 de nouvelles élections auront lieu en Birmanie. Aung San Suu Kyi a fait du changement de Constitution une priorité de son gouvernement. Pour cela, elle a besoin d'appuis dans l'armée, qui détient 25% de sièges non élus au Parlement et dispose d'un solide réseau d'alliances au sein du principal parti d'opposition, le Parti de l'Union, de la Solidarité et du Développement (USDP), composé pour une bonne part d'anciens militaires. Le Dr Wai Phyo Aung, parlementaire de la LND (Ligue nationale pour la démocratie), prévient : « L'armée essaie d'utiliser la crise des Rohingyas pour instaurer la loi martiale et se maintenir au pouvoir. Il y a un risque que le pays reparte en arrière ou stagne indéfiniment. » Pour éviter cela, Aung San Suu Kyi est prête à laisser mourir des milliers de Rohingyas et à perdre l'admiration de la communauté internationale. « On savait, dès le départ, rappelle-t-il, qu'Aung San Suu Kyi ne serait pas entièrement libre de ses paroles et de ses actes au sein d'un gouvernement militaire. » Il interpelle : « Aidez-nous, au lieu de nous enfoncer.» »

L’Obs (France), 14 octobre 2017.

Guy Taillefer, « Les non-dits du pape au Myanmar »

«...Des pressions internationales peuvent et doivent être exercées sur le régime myanmarais afin que l'armée et ses milices ultrareligieuses mettent un terme aux attaques de nature génocidaire -- exécutions sommaires, viols, terres et villages incendiés -- qu'elles mènent contre les Rohingyas. Mais alors que plus de 600 000 Rohingyas ont aujourd'hui fui au Bangladesh voisin, on voit bien que l'empathie des capitales occidentales se heurte à leurs intérêts géostratégiques (lire : contenir l'influence chinoise). Au-delà, le sort fait à ces « Bengalis », que les Myanmarais considèrent comme des illégaux sans droit du sol alors qu'ils y sont souvent depuis des générations, témoigne de la répression dont sont victimes depuis des décennies l'ensemble des minorités ethniques qui forment ce pays mosaïque. Le fait est que le Myanmar est un pays tenu par la force depuis toujours, d'abord par les Britanniques, ensuite par les généraux. Rien ne peut changer vraiment tant que tiendra ce joug -- dont la peur irraisonnée de l'islamisation est un rouage. »

Le Devoir (Québec, Canada), 29 novembre 2017, p. A6.

Peter Oborne, « Slaughter of the Innocents »

«...Though the oppression of the Rohingya has gone on for two decades, the latest outburst of mass killing was sparked on August 25, when a terrorist group claiming to represent the Rohingya struck at Myanmar security posts. True, these attacks took place, but were easily repulsed. They certainly do not justify attacking hundreds of thousands of defenceless Rohingya villagers over recent weeks. As a journalist, I’ve reported from Darfur, where thousands of men, women and children were slaughtered in Western Sudan in 2003 in the civil war as rebels accused the government of oppressing black Africans in favour of Arabs. I’ve witnessed the reign of terror of death squads in Iraq and, in 2010, I visited a Nigerian village where bodies lay rotting in wells or buried in shallow graves — a result of the terrifying religious hatred between Christians and Muslims. But none of these compared with the widespread or systematic killing that is happening in Myanmar. It is no exaggeration to say that this is one of the most heinous crimes of the 21st century. »

Daily Mail (Royaume-Uni), 6 novembre 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 6 novembre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Myanmar
TransitionHtin KyawAung San Suu Kyi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



septembre
2007
Début des manifestations de moines bouddhistes au Myanmar (Birmanie)

mai
2008
Cyclone au Myanmar (Birmanie)

novembre
2010
Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

avril
2012
Élection d'Aung San Suu Kyi à l'Assemblée du peuple au Myanmar (Birmanie)

novembre
2015
Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie


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novembre
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février
2014
Démocratie et développement vont de pair au pays d'Aung San Suu Kyi

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janvier
2012
Un moment birman historique

novembre
2011
Un retour politique pour Aung San Suu Kyi ?

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2010
Un partenariat asymétrique complexe : rencontre sino-birmane à Beijing


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