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4 avril 2018

Tenue d’élections législatives en Italie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Même si le Mouvement 5 étoiles connait le plus grand succès de sa courte histoire en remportant 227 sièges, aucun parti ou coalition n’obtient la majorité à la suite des élections législatives du 4 mars 2018 en Italie. Pour la première fois, les députés sont élus selon un système mixte prévoyant un scrutin uninominal et une représentation proportionnelle.

L’adoption de la loi changeant le système électoral, en octobre 2017, fait suite à une autre tentative de réforme constitutionnelle proposée par le président du conseil de l’époque, Matteo Renzi. Elle avait été battue lors d’un référendum tenu le 4 décembre 2016, entraînant le départ de Renzi. Celui-ci effectue un retour à la tête du Parti démocrate (PD) en prévision des législatives du 4 mars 2018. Il ne peut toutefois arrêter la chute du PD qui, après avoir gouverné le pays, ne récolte que 112 sièges, soit une perte importante de 180. Le plus grand succès est celui du Mouvement 5 étoiles avec 227 sièges, soit presque le double d’en 2013. Moins flamboyant que son prédécesseur, le populiste Beppe Grillo, le chef Luigi di Maio met l’accent sur le contrôle de l’immigration et l’économie, mais ne parle pas d’un référendum sur une sortie possible de l’Union européenne. À droite, c’est la Ligue, l’ancienne Ligue du Nord, qui arrive en tête avec 125 sièges. Elle devance Forza Italia de l’ex-président du conseil, Silvio Berlusconi, qui fait élire 104 députés, et les Frères d’Italie, avec 32. L’économie et l’immigration ont été au centre de la campagne. La situation du pays demeure difficile, avec un taux de chômage national à 11 % et un pourcentage encore plus élevé dans le sud. Des craintes sont également perceptibles à l’endroit de l’immigration, l’Italie ayant accueilli environ 600 000 immigrants par bateaux depuis 4 ans. Le Vatican exprime des inquiétudes face à cette attitude et aux discours des politiciens qui l’alimentent. Di Maio et Matteo Salvini, à la tête de la Ligue depuis 2013, se disent prêts à gouverner le pays. Dans les semaines suivant le scrutin, ils s’avèrent toutefois incapables de rallier autour d’eux suffisamment de députés pour obtenir une majorité. Cette situation d’instabilité occupe les manchettes alors que Renzi, tirant ses conclusions de la mauvaise performance du PD, quitte ses fonctions le 12 mars.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Marcelle Padovani, « Comment les extrêmes se partagent l’Italie »

«...Avis aux amateurs de compromis, historiques ou non. Le deuxième leader qui peut sourire à pleines dents, c'est Matteo Salvini, qui fait passer la Ligue de 4 % de 2013 à plus de 18 %. Et qui réduit, de ce fait, Forza Italia, créé par Silvio Berlusconi il y a 25 ans, à un espace peu glorieux. L'ex-Cavaliere paye son incapacité à former, en un quart de siècle, une classe dirigeante de rechange : n'a-t-il pas dû redescendre dans l'arène à 81 ans et cela malgré l'interdiction d'être candidat en raison de sa condamnation pour fraude fiscale ? [...] Quant au centre gauche, il vit une véritable débâcle. Matteo Renzi n'est même plus le "troisième homme" de la scène politique italienne. A tel point, qu'il apparaît délicat pour lui de demeurer leader d'un parti à ce point malmené. Le vrai troisième homme, l'arbitre qui doit trouver dans les semaines qui viennent une solution face au populisme, s'appelle Sergio Mattarella, président de la République, auquel la Constitution donne un large éventail de possibilités. Quel scénario choisira-t-il ? »

L’Obs (France), 5 mars 2018.

Marc Lazar, « Quand l’Italie inaugure la « peuplecratie »»

«...Si la plus grande incertitude règne encore sur le gouvernement à venir puisqu'aucune majorité claire ne se dégage, en revanche une chose est sûre : l'Italie reste un laboratoire des populismes. Ces mouvements proclament l'antagonisme irréductible du peuple, supposé uni, aux élites dirigeantes, supposées homogènes, complotant en permanence contre le premier. Ils défendent une conception organique de la société, laquelle doit être débarrassée de ses éléments considérés comme allogènes - les étrangers ou les élites justement. Ils suggèrent qu'il n'y a que des solutions simples et point de problèmes complexes. Enfin, le plus souvent, ils s'incarnent à travers la personne d'un homme providentiel. Or l'Italie a vu éclore une grande variété de populismes. Avec des destinées diverses. Il y a le populisme de Silvio Berlusconi, celui de l'entrepreneur fondé sur un empire télévisuel, qui était prémonitoire de celui de Donald Trump, mais désormais affaibli. [...] Certes, il y a d'autres motivations pour ces différents votes. Mais ces résultats sont significatifs. La dynamique des populistes est ascensionnelle. Leur présence et leur force sont en train de modifier les fondements de nos démocraties, parce qu'ils imposent leurs thèmes, leur style, leur manière de faire de la politique, leur temporalité et l'idée que le peuple souverain est tout puissant, marginalisant ainsi les autres formes et procédures de la démocratie libérale et représentative. Le 4 mars, l'Italie est peut-être rentrée dans une nouvelle phase de la démocratie qu'avec le sociologue Ilvo Diamanti nous appelons la «peuplecratie». »

Libération (France), 8 mars 2018, p. 24.

Elena Musiani, « En Italie, l’éclipse d’une nation? »

«...Le fait que les deux tiers des Italiens se soient rendus aux urnes dimanche 4 mars donne à leur vote une portée politique qui interpelle toute l'Europe. La première leçon du scrutin est celle d'un effondrement historique de la gauche, alors qu'une coalition de droite et d'extrême droite est arrivée en tête. Mais les Italiens n'ont pas souhaité une simple alternance. Une autre majorité s'est dessinée, très différente : celle d'un refus de la politique qui a été suivie depuis une quinzaine d'années par le centre gauche. Elle a pris dans le Nord la forme d'un vote nationaliste en faveur de la Ligue (ex-Ligue du Nord), et dans le Sud celle d'un vote en faveur du Mouvement 5 étoiles, expression d'une population en déshérence. Ces deux votes, profondément différents, illustrent l'inachèvement de l'unité de la nation italienne. Tous deux mettent en lumière le désarroi et la détresse d'une population menacée par la désindustrialisation et le sous-emploi. L'Europe s'est contentée de stigmatiser ce qu'elle a appelé un « populisme » italien, sans jamais s'interroger sur les racines profondes du malaise qui taraudait l'Italie, simplement sommée de réintégrer la norme libérale. Ce vote est aussi un échec de l'Europe, qui a perdu la mémoire des liens très particuliers tissés entre elle et l’Italie. »

Le Monde (France), 6 mars 2018, p. 20.

Guy Taillefer, « Mise en garde italienne en Europe »

«...[le M5S] Populiste, attrape-tout, antisystème : les commentateurs se perdent en tentatives de définition. Né il y a moins de dix ans, il est difficile à définir en dehors de ses positions anti-élites et anticorruption. [...] Le M5S est en tout cas l'expression de la détresse économique de la jeunesse -- surtout celle du Sud historiquement désavantagé par rapport au Nord -- dans un pays où 33 % des moins de 25 ans se trouvent au chômage. Tout cela sur fond de déconfiture du Parti démocrate de l'ex-premier ministre Matteo Renzi, ce qui montre, si besoin était, à quel point les politiques centristes et sociales-démocrates ne sont plus portées de façon crédible un peu partout en Europe. Résoudre ce " bordel " impliquera que les européistes sortent la tête du sable. L'accord de coalition gouvernementale finalement scellé le même jour en Allemagne ne constitue guère plus qu'un baume sur tout ce qui compromet aujourd'hui la " construction " européenne. Ce qui se passe en Italie s'inscrit dans le mouvement d'emportement collectif qui a donné lieu au Brexit et a accru l'influence de la droite dure en Hongrie, en Pologne, en Autriche et en Allemagne. En l'occurrence, l'Union européenne est punie pour son échec à aider une Italie qui a été au front dans la crise des migrants, et qui l'est toujours. Ce scrutin lui est un avertissement, sinon même un ultimatum. »

Le Devoir (Québec, Canada), 6 mars 2018, p. A6.

Luigi Scazzieri, « The Italian election has shattered any illusion that Europe’s populists are in retreat »

«...Whatever government ultimately emerges, it’s almost certain it will be more critical of the EU’s policies than its predecessors. There will be friction between Italy and the EU, as Rome pushes for more solidarity on migration and for an easing of eurozone fiscal rules. Any future government is also likely to be friendlier towards Russia, although it’s unlikely it would try to remove EU sanctions. However, economic shocks are likely to be limited, as any substantial fiscal loosening will founder on the rocks of the EU’s fiscal compact and Italy’s dependence on foreign financing of its debt. Italy will not leave the EU or the euro in the near term. Neither the Five Star nor the League calls for an outright withdrawal from the EU, and both have softened their opposition to the single currency. Even if they form a government, friction with Brussels would be contained. But Italy’s election will make life more difficult for the EU. Plans to reform the eurozone, always fraught with difficulties, now seem too difficult to pull off. Paris and Berlin will not trust Rome to clean up Italy’s banks, a necessary precondition for serious reform of the eurozone. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 5 mars 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 4 avril 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéSergio MattarellaPaolo Gentiloni

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



février
2013
Élections législatives en Italie

février
2013
[Résultats] Élections législatives

mars
2013
Élection du pape François

avril
2014
Canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II

août
2016
Tremblement de terre dévastateur en Italie

décembre
2016
Tenue d’un référendum constitutionnel en Italie


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