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11 mars 2018

Abolition de la limite de deux mandats présidentiels en Chine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après avoir été proclamé leader au « rôle central » (core leader) en 2016 et vu son idéologie figurer dans la Charte du Parti communiste en 2017, le président chinois Xi Jinping obtient une nouvelle confirmation de son pouvoir en mars 2018. Sa réélection à la présidence est en effet précédée par l’abolition de la limite de deux mandats présidentiels datant de 1982.

L’ascension de Xi Jinping au sein du Parti communiste chinois (PCC), à partir des années 1980, culmine avec son accession au poste de secrétaire général, le 15 novembre 2012. Puis, il devient président de la République populaire de Chine le 14 mars 2013. Sur le plan économique, son mandat est marqué par de plus grandes ouvertures au marché et au secteur privé. Le président souhaite aussi poursuivre l’affirmation de son pays comme acteur majeur sur la scène internationale. Xi Jinping consolide également son pouvoir sur le plan intérieur. Il déclenche une lutte à la corruption qui mène à la censure de l’opposition et à une prise de contrôle plus grande de sa part sur l’appareil politique et l’armée. Reconnu comme leader au « rôle central » en 2016, il voit soit idéologie intégrée à la Charte du PCC en 2017 pendant qu'il est encore en fonction. Selon les experts, cela en fait l'égal de Mao Zedong. Le 17 mars 2018, Xi Jinping, 64 ans, est réélu sans surprise à la présidence. Quelques jours avant, le 11 mars 2018, il a remporté une autre victoire, alors que 2958 délégués au Congrès national du peuple chinois sur 2963, avec 1 bulletin invalide, ont voté pour abolir la limite de deux mandats présidentiels prévue par l’article 66 de la Constitution. Entrée en vigueur sous Deng Xiaoping en 1982, celle-ci visait à favoriser un leadership plus collectif, par opposition au pouvoir personnel observé sous Mao Zedong. Xi Jinping, qui pourrait conserver le pouvoir après 2023, nie vouloir devenir président à vie. Sur la scène internationale, plusieurs s'inquiètent tout de même de cette concentration de pouvoirs, constatant qu’il a maintenant un contrôle complet sur le PCC, l’État et l’armée. De plus, aucun prétendant ne semble émerger du PCC où le président s’est entouré de fidèles, tous assez âgés. Un de ceux-là, Wang Qishan, accède d’ailleurs à la vice-présidence à 69 ans, alors que Li Keqiang demeure le premier ministre.

Dans les médias...


Éric Meyer, « Xi Jinping désormais « empereur à vie »»

«...Avec ce vote quasi unanime, Xi Jinping pourra diriger quinze ans, voire à vie. Il lance aussi un super-ministère de la Sécurité publique, qui pourra détenir durant trois mois tout cadre de l’État, administratif, militaire voire enseignant, journaliste ou artiste. Il pourra même confisquer ses biens, le tout sans le feu vert d’un juge : personne, pas même le Premier ministre, ne pourra interférer dans ces arrestations. [...] Pourquoi Xi Jinping réussit-il à obtenir ce rôle d’empereur à durée indéterminée, là où d’autres avant lui ont échoué ? C’est le résultat de son génie tactique, d’avoir su apprendre des erreurs de ses prédécesseurs. Dix ans en arrière, Jiang Zemin avait sollicité un troisième quinquennat : cela avait été refusé par le Comité central, soucieux de ne pas se laisser doubler. Mais Xi, à peine en place en 2012, a vidé de sa substance cet organe en remplaçant ses « groupes de travaux » par des « commissions nationales » dont les membres étaient tous ses lieutenants. En même temps, sous prétexte de lutte contre la corruption et de loyauté politique, il lançait deux campagnes d’élimination de ses adversaires. Cinq ans après, c’est ce qui lui permet d’obtenir les pleins pouvoirs à l’unanimité par le silence et la peur ! »

Le Soir (Belgique), 12 mars 2018.

Cyrille Pluyette, « Wang Qishan, puissant vice-président chinois »

«...[Wang Qishan] Surnommé le « pompier en chef » pour son aptitude à régler les situations délicates, l'historien de formation devrait donner davantage d'épaisseur au poste de vice-président, censé être cérémonial. Ancien vice-premier ministre en charge de l'Économie, il pourrait conseiller Xi Jinping sur ce sujet et sur la politique étrangère, en particulier les relations avec les États-Unis, sur fond de risque de guerre commerciale. Et aider à accélérer la bataille contre la corruption, qui a jeté en prison des dizaines de hauts responsables du PCC, permettant au passage à « l'empereur rouge » d'écarter des rivaux, selon ses détracteurs. « Wang Qishan aura notamment pour mission de continuer à effrayer les adversaires de Xi Jinping », pronostique l'historien indépendant Zhang Lifan, selon lequel l'ancien patron de la très redoutée commission de discipline du Parti, qui s'est fait beaucoup d'ennemis, a, de son côté, besoin de revenir en politique pour se « protéger ». Xi Jinping, par ailleurs secrétaire général du PCC, a concentré plus de pouvoirs qu'aucun dirigeant depuis Mao Tsé-toung, en nommant notamment des proches à des postes clés. Li Keqiang, un allié de l'ancien président Hu Jintao, a été maintenu dimanche à son poste de premier ministre. Mais, écarté des dossiers économiques, traditionnellement dévolus au chef du gouvernement, il est de plus en plus marginalisé. »

Le Figaro (France), 19 mars 2018, p. 6.

Brice Pedroletti, « Xi Jinping réussit son coup d’État constitutionnel »

«...le coup d'État constitutionnel verrouille la grande entreprise de sécurisation du PCC engagée par M. Xi à son arrivée à la tête du parti en 2012 : l'un des nouveaux amendements inscrit dans le marbre, à l'article 1er, le « rôle dirigeant du parti comme la caractéristique la plus fondamentale du socialisme aux couleurs chinoises », un rôle autrefois simplement évoqué dans le préambule de la Constitution. Sauveur d'un PCC qu'il estimait en perdition, M. Xi n'a cessé au cours de ces cinq dernières années de le remettre au centre du jeu, pour en faire le garant de l'ordre et de la discipline dans la grande quête de puissance et de richesse où il a lancé la Chine à l'inverse de Mao Zedong, qui n'hésitait pas à l'affaiblir dans sa course à la révolution permanente. Ces amendements « sont d'une importance historique pour assurer la prospérité et une sécurité durable à la fois pour le parti et le pays », a ainsi déclaré l'agence Xinhua dans son premier communiqué suivant l'annonce du vote. Surtout, ils chassent les dernières ambiguïtés qui faisaient de la Constitution chinoise une arme pour ceux qui défendent les valeurs universelles et en appelaient aux libertés fondamentales que celle-ci prétendait défendre. »

Le Monde (France), 13 mars 2018, p. 4.

François Brousseau, « Xi Jinping et les décadents »

«...Ces jours-ci à Pékin, sur le fond comme sur la méthode, on consacre un modèle alternatif qui ne fait même plus semblant d'être démocratique. Aujourd'hui, la Chine assume complètement son néo-totalitarisme. Elle affirme, comme le très officiel Global Times l'écrivait en février, que la démocratie occidentale est " instable, épuisée, corrodée ". Tout se tient : le vote unanime hier à Pékin, la dictature personnelle sans limites, une Chine puissance mondiale... Pendant un quart de siècle, avec la limitation des mandats du président (deux fois cinq ans), avec l'émergence de groupes de pression, de quelques médias critiques, d'une justice semi-indépendante (et du courageux " mouvement des avocats "), on avait voulu croire -- y compris en Chine -- à une évolution progressive, semi-démocratique, qui serait allée de pair avec l'enrichissement du pays : État de droit, valeurs universelles, séparation des pouvoirs... Aujourd'hui, Xi Jinping dit aux Chinois et au reste du monde : toutes ces lubies, c'est terminé ! »

Le Devoir (Québec, Canada), 12 mars 2018, p. B1.

Kevin Rudd, « What the West doesn’t get about Xi »

«...Perhaps the greatest analytical error across the West has been the view that Xi Jinping would want to continue to sustain the liberal, international rules-based order once its economic power began to rival that of the United States. Again, this hope goes against the well-known facts: China has long said that it sees the existing order as one invented by the victors of the last world war, one in which China did not have a seat at the table. [...] Over time Mr. Xi would like to turn the page on the liberal Western order and write a new chapter in world history. If China in the next decade becomes the largest economy in the world with Mr. Xi still likely its leader, the country's economic success would be based on a form of state capitalism that rejects the notion that rising income parallels broader economic liberalization and political democracy. None of us knows how much Mr. Xi will seek to apply the principles of this "China model" to the wider international order. There will be tensions here. But we should be very clear about what Mr. Xi wants for China itself, rather than seeing it through the rose-colored glasses of the West, still shaped by the images of Deng Xiaoping's China, a quarter of a century ago. Xi Jinping's China is radically different. »

New York Times (édition internationale), 21 mars 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 11 mars 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleXi JinpingLi Keqiang

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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