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8 avril 2018

Tenue d’élections législatives en Hongrie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Viktor Orban

Après un mandat difficile, le Fidesz-Union civique hongroise-Parti populaire démocratique chrétien (KDNP), la coalition qui gouverne depuis 2010, arrive facilement en tête lors des élections du 8 avril 2018 avec 49,3 % des voix et 133 sièges sur 199. Ces résultats constituent une déception pour le Jobbik et un net recul pour les partis de gauche.

Au pouvoir depuis 2010, le Fidesz-KDNP de Viktor Orban connaît une période tumultueuse en 2014. La contestation contre sa taxe Internet, qui sera abandonnée, et des accusations de corruption plombent la popularité du gouvernement. Sa décision d’adopter des lois anti-migratoires et de construire un mur entre la Hongrie et la Serbie en réaction à la crise des migrants, en 2015, lui permet toutefois d’améliorer sa situation. Lors de la campagne électorale de 2018, le Fidesz-KDNP mise d’ailleurs sur un discours défavorable à l’immigration et aux contraintes de l’Union européenne (UE), ainsi que sur son bilan économique, pour rallier les électeurs. Face à lui, la gauche, qui s’était réunie au sein de l’alliance L’Unité en 2014, arrive cette fois-ci divisée en plusieurs partis. Pour sa part, le Jobbik, une formation considérée d’extrême droite, tient un discours plus centriste, espérant que cette approche modérée le distinguera du Fidesz-KDNP de plus en plus conservateur. Le 8 avril, les électeurs réitèrent cependant leur confiance à la coalition dirigée par Vikton Orban. Contre les attentes de plusieurs, celle-ci améliore son résultat de 2014, passant de 44,9 % à 49,3 % des voix, avec 133 sièges. Elle récolte notamment de très forts appuis dans les villes de province et en milieu rural. Le Jobbik plafonne pour sa part à 19,6 % des voix et 26 sièges, un résultat décevant qui incite son chef Gabor Vona à démissionner. Les formations de gauche piétinent également, se contentant collectivement d’une trentaine de sièges, soit à peu près le même résultat que L’Unité en 2014. Cette victoire décisive de la droite conservatrice, avec un taux de participation élevé de 70 %, est perçue dans la presse comme un message à l’endroit de l’UE et de ses politiques migratoires en prévision des élections européennes qui auront lieu en 2019.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Joël Le Pavous, « Viktor Orban, seigneur de Budapest »

«...Pas question, pour l'homme fort de Budapest favori pour sa réélection ce dimanche, d'accepter que des débats populaires sur l'intégration communautaire aient lieu dans son pays, avec l'appui du gouvernement. De cette « dissidence » anti-Bruxelles il a fait sa meilleure arme politique, selon l'ancien commissaire européen hongrois à l'emploi Laszlo Andor (2009-2014), coauteur d'un rapport de l'Institut Jacques Delors sur l'Etat de droit en Europe centrale. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban a-t-il acquis une stature de leader régional « europhobe » ? Orban est devenu un modèle pour tous ceux qui, en Europe centrale, prônent une confrontation avec l'Union européenne, et une remise en cause des valeurs communautaires comme l'Etat de droit. Cela va bien au-delà des déclarations. Grâce à son talent de stratège mais aussi de manipulateur, Viktor Orban a ouvert la voie à une attitude redoutable: celle de l'affrontement public avec Bruxelles pour obtenir le maximum d'écho, doublé d'arrangements en coulisses pour éviter les sanctions. L'axe qui fait le plus mal à l'Union, dans cette partie du continent, est celui qui relie Orban à Jaroslaw Kaczynski, le mentor du parti polonais Droit et justice au pouvoir à Varsovie. Ces deux-là ont constitué une ligue anti-UE en s'appuyant sur la colère et les frustrations populaires engendrées par des propositions bruxelloises impopulaires, comme l'imposition de quotas de migrants aux pays membres. »

Le Temps (Suisse), 7 avril 2018, p. 3.

Florence La Bruyère, « Hongrie : une mise au pas en quatre coups de force »

«...Ancien étudiant farouchement antirusse et antisoviétique, Viktor Orbán est devenu avec le temps un conservateur autoritaire qui cite la Russie en modèle. Il critique les bureaucrates de Bruxelles et l'Europe «supranationale» et annonce la fin du libéralisme occidental, un narratif très poutinien. Par ailleurs, les médias pro-Orbán relaient de plus en plus la propagande russe, vantant l'action militaire de Moscou en Syrie. Le Premier ministre hongrois a été le premier dirigeant à inviter Poutine, juste après l'annexion de la Crimée par la Russie, et les deux dirigeants se voient tous les ans. Ce virage à 180 degrés est sans doute motivé par la realpolitik. En 2014, les deux pays ont conclu un énorme contrat : le géant russe Rosatom va agrandir l'unique centrale nucléaire hongroise, à Paks, construite sous l'époque soviétique. [...] Viktor Orbán joue sur les deux tableaux. Tout en se rapprochant de Poutine, il vote les sanctions européennes contre la Russie afin de ne pas briser le consensus communautaire. Là réside son habileté politique. Il cultive l'amitié de dirigeants autoritaires, dont le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Comme ce dernier, Orbán harcèle la société civile et menace l'opposition. «Nous prendrons des mesures de rétorsion politiques, morales et légales après les élections», déclarait-il le 15 mars. Mais à Bruxelles, le leader hongrois s'affirme pro-européen. «C'est un Dr Jekyll et Mr Hyde», dit de lui un intellectuel conservateur. »

Libération (France), 7 avril 2018, p. 8.

Laure Mandeville, « La Hongrie sacre le souverainiste Orban »

«...La nouvelle vague orange du Fidesz est une claque pour l'opposition, qui espérait surfer sur l'exaspération de l'autre moitié du pays, soucieuse de limiter un pouvoir exécutif de plus en plus envahissant. « Le Parlement est une enceinte d'exécutants, le Conseil des médias est contrôlé par le Fidesz et le procureur général enterre toutes les affaires de corruption » , dénonçait avant le scrutin le député du Jobbik Marton Gyöngyosi, résumant les griefs des opposants. Mais ces derniers sont battus presque partout, à l'exception de Budapest, un résultat qui traduit le fossé béant qui se creuse entre les capitales et le pays profond en Occident. Divisée et fragmentée, desservie par une loi électorale modifiée par le pouvoir à son profit, l'opposition n'a pas réussi à faire front commun. N'engrangeant que 20 % des suffrages, le parti d'extrême droite anti-immigration, Jobbik, qui pensait que l'exaspération suscitée par les scandales de corruption de l'équipe Orban jouerait en sa faveur, ne réussit pas sa percée, peut être en raison de son virage récent au centre. Les électeurs ont estimé plus important de soutenir « la clôture sud » et le « sauvetage de l'Europe chrétienne » que de sanctionner la corruption. « Toutes les équipes volent » , confiaient plusieurs électeurs du Fidesz, blasés. »

Le Figaro (France), 12 avril 2018, p. 8.

S.A., « Hungary’s illiberal prime minister, Viktor Orban, wins in a landslide »

«...Positive economic indicators boosted Fidesz. Unemployment is down and the economy is growing steadily, at around 4 %. The nascent middle class is prospering and young families with several children receive lavish tax breaks. The high turnout had initially caused excitement among the opposition. Many hoped that it heralded a possible repeat of a mayoral by-election in the Fidesz stronghold in Hodmezovasarhely in southern Hungary, where a greatly increased turnout of voters swept a single opposition candidate to power in February. Instead the turnout in the national election seems to be testimony to Fidesz’s organisational powers. The fallout among Hungary’s fractured opposition is likely to continue. They failed to focus on a consistent message. Several small liberal or left-wing parties insisted on running their own slates in local constituencies where the failure to reach consensus on a single anti-government candidate cost it numerous seats. Jobbik’s modest performance, despite its attempt to turn to the centre, prompted the resignation of Gabor Vona, its leader. “We would have liked this high turnout to yield a different result, but the people decided this way,” he said. »

The Economist (Royaume-Uni), 9 avril 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 8 avril 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Hongrie
ÉlevéJanos AderViktor Orban

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



avril
2014
[Résultats] Élections législatives

octobre
2016
Référendum en Hongrie sur le plan de répartition des immigrants de l'Union européenne


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La crise des mensonges hongrois


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