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14 avril 2018

Frappes américaines, britanniques et françaises sur la Syrie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

L’usage présumé d’armes chimiques par le gouvernement syrien contre des opposants du groupe Jaych al-Islam incite des pays occidentaux à effectuer des frappes aériennes ciblées. Le 14 avril 2018, des avions américains, français et britanniques bombardent un centre de recherches scientifiques syrien ainsi que deux sites de stockage d’armes.

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, en mars 2011, les forces du gouvernement de Bachar el-Assad sont accusées de recourir à des armes chimiques contre leurs opposants. C’est le cas en août 2013 dans l’ancienne oasis de la Ghouta, à Damas. D’autres attaques à l’arme chimique sont dénoncées, dont une le 7 avril 2018 à Douma, dans le sud-est du pays. Les cibles sont des rebelles membres du groupe Jaych al-Islam qui se rendent et évacuent le secteur. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une quarantaine de personnes tuées ainsi que plusieurs centaines de blessés auraient été victimes d’« agents chimiques à haute toxicité ». La Syrie nie et reçoit l’appui de ses alliés iraniens, russes et chinois. Ils y voient même une fabrication pouvant servir de prétexte à une intervention occidentale. Une attaque rapide, faite de bombardements aériens et de missiles provenant de bateaux, a lieu le 14 avril. Pendant une heure, l’attaque, qui implique des Américains, des Français et des Britanniques, serait concentrée sur un centre de recherches scientifiques à Barzé et deux sites de stockage d’armes. Selon des responsables américains, elle éviterait les civils et les cibles russes. Le président Donald Trump affirme que les frappes ont été un succès et que le programme de production d’armes chimiques sera ralenti par cette action. Pour leur part, les autorités syriennes prétendent que la majorité des missiles ont été abattus. Les opinions au sujet de ces frappes sont partagées sur la scène internationale. Plusieurs pays les appuient, tandis que d’autres s’interrogent sur la légalité de cette intervention à la lumière du droit international. Alors que certains se demandent quelle sera la portée à long terme d’une attaque aussi précise, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, rappelle que son pays se tient pied à frapper de nouveau si d’autres armes chimiques devaient être utilisées en Syrie.

Dans les médias...


Emmanuel Dupuy, « Bombardement en Syrie : une victoire militaire pour cacher une défaite politique? »

«...N'y-a-t-il pas aussi une apparente contradiction à se féliciter d'être passé outre le blocage russe, qui, il est vrai aura apposé son veto douze fois, dont six sur le seul dossier chimique, depuis 2011 et, dans le même temps, penser raisonnablement que la future résolution visant à instaurer le mécanisme de vérification indépendant sur les armes chimiques en Syrie puisse inclure Moscou ? Peut-on penser raisonnablement que Moscou va nous ouvrir grand les bras, en vue de nous faire une place dans le cadre d'un règlement de la crise en Syrie, que ses 5000 hommes engagés sur le sol syrien depuis septembre 2015, aux côtés des 15 000 pasdarans iraniens et membres du Hezbollah présents à leurs côtés, auront grandement accéléré ? Le déplacement d'Emmanuel Macron à l'occasion du Forum de Saint-Pétersbourg en mai prochain et à Téhéran n'y suffira sans doute pas non plus... De fait, l'argument des raisons évoquées pour l'action militaire, à savoir le franchissement de la dite « ligne rouge » fixée à Bashar Al-Assad par Emmanuel Macron résiste t'il aux 95 violations révélées par Human Rights Watch quant à l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, de part et d'autres des belligérants, depuis 2013 ? »

Atlantico (France), 18 avril 2018.

Matthieu Suc, « France, États-Unis et Royaume-Uni frappent la Syrie »

«...L'objectif affiché étant, au nom de la lutte contre la prolifération chimique, de dissuader le régime syrien de recourir de nouveau à ce qui lui reste de son arsenal illégal de gaz de combat, pour obtenir, sur le terrain, des avancées tactiques plus rapides que celles permises par les armes conventionnelles. Pour Donald Trump, qui reste guidé par l'obsession de dénoncer le désastre que furent à ses yeux les deux mandats de Barack Obama, il s'agit aussi de montrer que les États-Unis ont désormais à leur tête un président qui n'a pas peur d'assumer ses responsabilités. Dans un premier temps, Washington et Paris, sans nier leur volonté de manifester une « réaction ferme » contre la Syrie, avaient tenté d'obtenir du Conseil de sécurité une résolution prévoyant un nouveau « mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies sur le recours aux armes chimiques en Syrie » . Le texte a obtenu douze voix sur quinze, donc trois de plus que nécessaire (9) pour être adopté. Mais Moscou a mis son veto. Deux autres projets de résolution présentés par la Russie ont été écartés par Washington, Paris et leurs alliés au Conseil de sécurité parce qu'ils prévoyaient un dispositif d'enquête sur l'usage des armes chimiques, mais sans en identifier les utilisateurs. Tout a été fait, en d'autres termes, pour que Moscou montre à ses alliés que la Russie défend fermement ses positions et pour que les Occidentaux démontrent à la communauté internationale qu'ils ont tenté de recourir à la diplomatie avant d'employer la force. »

Mediapart (France), 14 avril 2018.

Nicolas Baverez, « La guerre de Syrie, laboratoire des conflits du XXI siècle »

«...La dynamique de la guerre entre les puissances s’emballe donc au Moyen-Orient. Elle s’inscrit sur fond d’une reprise de la course aux armements – dont les dépenses augmentent de plus de 10 % par an –, de la prolifération nucléaire et balistique et de la montée des cyber-menaces. Elle se structure autour de deux systèmes d’alliances qui, pour ne pas être formalisées, ne sont pas sans présenter certains points communs avec celles de l’Europe de 1914 : d’un côté, l’axe entre Israël, l’Egypte et l’Arabie Saoudite appuyé par les États-Unis ; de l’autre l’axe entre la Syrie de Bachar, l’Iran et la Turquie, adossé à la Russie. Elle s’inscrit sur fond d’une nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie de Vladimir Poutine qui multiplie les coups de force – des interventions militaires en Ukraine et en Syrie à la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal et sa fille au novitchok en passant par la manipulation cybernétique de l’élection présidentielle aux États-Unis ainsi que des référendums sur le Brexit et l’indépendance de la Catalogne. La guerre de Syrie sert de laboratoire des conflits du XXI e siècle, tout comme la guerre d’Espagne pour le second conflit mondial et celle de Corée pour la Guerre froide. Elle constitue un test majeur pour le système international, pour les États-Unis et pour l’Europe. »

Le Soir (Belgique), 16 avril 2018.

Brian Myles, « Des frappes futiles en Syrie »

«...Les frappes précédentes, menées il y a un an par les États-Unis, n'ont pas dissuadé le régime syrien ; elles l'ont simplement refroidi momentanément. Comment pourrait-il en être autrement cette fois-ci ? Les alliés se félicitent d'avoir détruit en quelques heures les principales installations de production d'armes chimiques en Syrie. On ne revendique aucun mort, aucune catastrophe humanitaire que la destruction d'un arsenal d'armes chimiques aurait pu engendrer. Un peu comme si les missiles étaient tombés sur des installations fantômes. Le problème reste entier. Selon les informations communiquées par Washington, Londres et Paris, la cinquantaine de victimes de l'attaque de Douma, commise le sept avril dernier, ont été empoisonnées au chlore, une substance non contrôlée, essentielle à la filtration des eaux, qui peut être transformée en arme létale avec une facilité déconcertante. Bachar al-Assad peut très bien importer ce qu'il ne sera plus en mesure de fabriquer à l'échelle locale. Il ne faut surtout pas perdre de vue l'étonnante capacité de ce régime de rebondir et de déjouer les sanctions. Après avoir prétendu pendant des années qu'il ne possédait aucune arme chimique, Bachar al-Assad avait finalement accepté la destruction de 1300 tonnes d'agents meurtriers et de 24 installations, sous la supervision de la Russie et des États-Unis. L'initiative, menée en 2013, avait été présentée comme un succès de la diplomatie par l'ancien secrétaire d'État John Kerry. Damas a surtout gagné du temps, en sachant bien exploiter le désarroi américain au Moyen-Orient. »

Le Devoir (Québec, Canada), 16 avril 2018.

Thomas L. Friedman, « The Real Next War in Syria : Iran vs Israel »

«...Stop me if you've heard this one before: Syria is going to explode. I know, you have heard that one before, but this time I mean really explode. Because the U.S., British and French attack on Syria to punish its regime for its vile use of chemical weapons -- and Russia's vow to respond -- is actually just the second-most dangerous confrontation unfolding in that country. Even more dangerous is that Israel and Iran, at the exact same time, seem to be heading for a High Noon shootout in Syria over Iran's attempts to turn Syria into a forward air base against Israel, something Israel is vowing to never let happen. This is not mere speculation. In the past few weeks -- for the first time ever -- Israel and Iran have begun quietly trading blows directly, not through proxies, in Syria. And this quiet phase may be about to end. Israel and Iran are now a hair-trigger away from going to the next level -- and if that happens, the U.S. and Russia may find it difficult to stay out. »

The New York Times (États-Unis), 16 avril 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 14 avril 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Syrie
FaibleBashar el-AssadImad Khamis

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



août
2013
Utilisation d'armes chimiques à Ghouta, en Syrie

décembre
2015
Fin d'une année record pour le nombre de déplacés dans le monde


Dans l'actualité


novembre
2018
La fin de l'État islamique?

octobre
2018
Israël en Syrie : un dossier en évolution

novembre
2017
Rojava: une vision de la Syrie peu abordée

octobre
2016
Syrie: rien ne va plus

janvier
2016
Une rencontre diplomatique à saveur politique entre la Russie et la Syrie

septembre
2015
Syrie: rencontre importante entre la Russie et Israël

novembre
2014
La liberté de presse en Syrie : un oxymore

février
2014
Dans les camps de réfugiés syriens, la polio frappe

février
2014
Syrie : retour sur l'échec de Genève 2

janvier
2014
Mort d'un chef rebelle syrien


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