17 novembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

16 juin 1958

Exécution de l’ex-président du conseil hongrois Imre Nagy

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Deux ans après son arrestation à la suite de l’intervention de l’Armée rouge pour mâter l’insurrection hongroise, l’ex-président du conseil Imre Nagy est pendu le 16 juin 1958 dans une prison de Budapest. Il sera réhabilité trente ans après sa mort, en juillet 1989, alors qu’un vent de changement souffle sur le monde communiste.

Économiste de l’agriculture, Imre Nagy fuit la persécution anti-communiste et se réfugie en Union soviétique (URSS) entre 1930 et 1944. Membre du Parti communiste, qui devient le Parti des travailleurs hongrois (PTH), il est ministre de l’Agriculture après la guerre et fait avancer une réforme majeure (collectivisation, redistribution des terres, etc.). Il préside aussi l’Assemblée nationale de 1947 à 1949. Dans le cadre de la déstalinisation, il remplace le premier ministre Matyas Rakosi le 13 juin 1953. Adepte d’une nouvelle voie, avec une libéralisation de l’économie et la libération de prisonniers politiques, il est isolé au sein du PTH dont il est exclu en 1955. Il redevient premier ministre le 28 octobre 1956, dans le contexte de l’insurrection étudiante. Tout en étant marxiste, il prône des changements majeurs comme le multipartisme, le retrait de son pays du pacte de Varsovie et la proclamation de sa neutralité auprès des Nations unies. L’intervention des troupes soviétiques, en novembre, brise cet élan. Des dizaines de milliers de Hongrois quittent pour l’exil alors que Nagy se réfugie à l’ambassade de Yougoslavie. Malgré des garanties de son successeur Janos Kadar, il est arrêté et déporté en Roumanie. Ramené en Hongrie, il est accusé de trahison et d’avoir voulu renverser le gouvernement de la République populaire de Hongrie. Jugé dans le secret, il est pendu à la prison de Budapest le 16 juin 1958. Le major général Pal Meleter, qui avait été du côté des insurgés, et quelques autres personnes sont également exécutées. Nagy ne sera réhabilité que le 6 juillet 1989, jour du décès de Kadar, alors qu’un vent de libéralisation souffle sur le monde communiste. Des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies lors de ses obsèques, le 16 juin, et du déplacement de ses restes dans un endroit plus public.

Dans les médias...


Pannonicus, « Après l’exécution d’Imre Nagy »

«...Peu de comparaisons sont aussi instructives que celle des affaires Nagy et Rajk. Des phrases ou des passages entiers de communiqués ou d’articles de journaux, voire de protestations organisées, sont à peu de choses près, sinon tout à fait, identiques. Certains rapprochements s’imposent : dans les deux cas il y a mensonge délibéré de la part des auteurs de réquisitoires et d’éditoriaux, dans les deux cas l’opinion des ouvriers qui protestent contre l’ignominie des accusés, si elle avait pu s’exprimer librement, eût été tout autre. Et pourtant ce n’est pas ce par quoi les deux affaires se ressemblent qui nous paraît le plus important, mais au contraire ce par quoi elles divergent. Car, en bref, l’affaire Rajk a été, d’un bout à l’autre, une pure invention, un vulgaire échafaudage d’artifices, sans aucun rapport avec la réalité. Par contre, derrière l’affaire Nagy, il y a la révolution hongroise d’octobre 1956, avec tout son héroïsme, ses contradictions et sa tragédie. Bien entendu ceci ne signifie aucunement que le communiqué – ou plus exactement le réquisitoire – publié contre Imre Nagy et ses amis soit véridique; simplement la contre-vérité est autre que dans l’affaire Rajk. »

Les Temps modernes (France), juillet 1958, p. 250.

K.P., « Lettre de Hongrie »

«...Mon cher Gyula, quand donc comprendra-t-on en Occident que le problème crucial de notre temps est celui de la révision du marxisme? Imre Nagy meurt d’avoir vu cela. Qu’il ait été surpris, dépassé par les faits, le 23 octobre et les jours suivants, c’est évident, cela suffit à écarter la thèse du complot, et, au fond, importe peu. Juge-t-on la révolution française sur les seuls massacres de septembre – dont nous sommes d’ailleurs loin, à Budapest, d’avoir eu l’équivalent? Imre Nagy a tâché d’endiguer le flot. Il y parvenait. Son crime : avoir prévu le déferlement – un vrai prophète; et avoir voulu le prévenir, à partir de juillet 1953, par cette politique de libéralisation que Rakosi, dès le début, fit tout pour empêcher, et que finalement, en février-mars 1955, il empêcha. »

Esprit (France), octobre 1958, p. 505.

S.A., « Plus qu’une faute »

«...Pendant deux ans les dirigeants soviétiques et hongrois ont sans cesse retardé le moment du procès d’Imre Nagy et de ses compagnons. N’allaient-ils pas même renoncer purement et simplement à cette parodie de justice? On pouvait l’espérer, si nombreuses étaient les raisons qui militaient contre ce dénouement. Nagy n’était pas le seul coupable : à l’« heure du destin » n’avait-il pas à ses côtés ces mêmes hommes qui dirigent aujourd’hui la Hongrie? Et puis, Nagy exécuté, n’était-ce pas un nouvel affront fait à la Yougoslavie, qui avait cru pouvoir promettre la liberté à l’ancien président du conseil? Mais tous les obstacles qui s’opposaient au déroulement du procès paraissent sans importance aux yeux des dirigeants communistes : ce n’est pas la leçon la moins inquiétante à tirer de l’épilogue de Budapest. Pour la première fois depuis l’affaire Beria, les maîtres du Kremlin recourent au châtiment suprême pour se débarrasser de rivaux ou de serviteurs indociles qui n’avaient même plus aucune chance de se hisser au pouvoir ou de menacer leur empire. Ce procès est comme une réhabilitation de ces aspects sombres du stalinisme que M. Khrouchtchev avait dénoncés dans son rapport secret. C’est encore un avertissement aux dirigeants qui essaieraient de s’opposer aux volontés des puissants à Moscou. »

Le Monde (France), 18 juin 1958, p. 1.

S.A., « Worldgram From the Capitals of the World »

«...Suddenly the world is astir again. Something’s up – something dangerous. A power struggle now raging within the Red empire is spreading fast. Staline-like secrecy cloaks the story of four Hungarians kept alive somewhere for a year or more, « tried » in secret by Red « judges, » put to death by secret means at a secret place. This was first announced, not in Budapest, but, like Stalin’s blood purges in the 1930s, in Moscow at daybreak. So there’s a new Stalin in the Kremlin, perhaps not yet solidly entrenched, not yet all-powerful, but already issuing orders. It looks like Khrushchev now; it may be someone else. Whoever it is, whoever wins the power struggle in the end, world leaders now are adjusting their thinking to this new fact. What to expect from a new Stalin in today’s world. That’s the question. »

U.S. News & World Report (États-Unis), 27 juin 1958, p. 63.

Gouvernance et gouvernement [ 16 juin 1958 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Hongrie
FaibleIstván DobiFerenc Münnich

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1953 - 1963



décembre
1955
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

novembre
1956
Écrasement d'une insurrection en Hongrie

juin
1958
Exécution de l’ex-président du conseil hongrois Imre Nagy


Dans l'actualité


janvier
2016
Jeux olympiques 2024 : Budapest sous la loupe

janvier
2016
Les migrants face à un rempart en Hongrie

septembre
2014
Une réélection sans souci en Hongrie

février
2013
Une déclaration controversée provoque la population hongroise

février
2012
Clivage gauche-droite en Hongrie : match nul !

octobre
2010
Le controversé parti Jobbik franchit les portes du Parlement hongrois

novembre
2007
Il y a dix ans, la Hongrie disait oui à l'OTAN

septembre
2006
La crise des mensonges hongrois


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019