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24 juin 2018

Réélection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Le président Recep Tayyip Erdogan remporte la victoire au premier tour avec 52,6 % des votes lors des élections précipitées tenues en Turquie le 24 juin 2018. Son pouvoir sera renforcé à la suite de ce scrutin, puisque le poste de premier ministre sera aboli et que le chef de l’État pourra édicter des décrets qui auront force de loi.

Le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan sort renforcé de l’échec du coup d’État du 15 juillet 2016 et de sa victoire serrée lors du référendum du 16 avril 2017. Grâce à celui-ci, le chef de l’État deviendra également le chef du gouvernement. Il pourra, entre autres, dissoudre la Grande Assemblée nationale et édicter des décrets qui auront force de loi. En avril 2018, des élections précipitées sont déclenchées. L’opposition se mobilise contre ce qu’elle perçoit comme une menace autoritaire. Le social-démocrate Muharrem Ince, du Parti républicain du peuple (PRP), attire des foules importantes. Pour sa part, Selahattin Demirtas du Parti démocratique des peuples (PDP), une formation pro-kurde de gauche, fait campagne même s’il a été incarcéré pour ses liens présumés avec une organisation terroriste. Le Bon Parti, de centre droit, a également une candidate à la présidentielle, Meral Aksener. Même si les sondages lui sont moins favorables que dans le passé, Erdogan remporte la victoire dès le premier tour, le 24 juin, avec 52,6 % des voix. Ince, dont l’ascension est constante pendant la campagne, récolte pour sa part 30,6 % des votes, et Demirtas 8,4 %. La même journée, aux législatives, le Parti de la justice et du développement d’Erdogan est en recul avec 42,4 % des votes et 295 sièges. Il gouvernera avec l’appui du Parti d’action nationaliste, considéré comme plus à droite que lui. On retrouvera cependant une opposition importante devant le gouvernement, dont le PDP qui avec 11,5 %, soit au-delà du seuil fixé à 10 % pour une représentation, portera une voix pro-kurde au Parlement. Malgré certaines irrégularités, notamment le favoritisme des médias à l’endroit du pouvoir, Ince reconnaît sa défaite. Les observateurs s’interrogent maintenant à savoir dans quelle direction Erdogan, que certains qualifient « d’hyperprésident », dirigera le pays, à commencer par son engagement à lever l’état d’urgence, en vigueur depuis juin 2016.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Alexandre Del Valle, « Les enjeux des élections turques du 24 juin : Edrogan, nouveau Sultan ou « Atätürk à l’envers » ? »

«…Comme Poutine en Russie, qui a redonné une fierté à la Russie en renouant avec le tsarisme, le panslavisme et l'orthodoxie après des décennies de communisme athée, d'internationalisme acculturant et « d'humiliation occidentale » , Erdogan est très populaire auprès de la majorité des citoyens turcs sunnites à la fois très nationalistes et attachés à leur identité islamique ottomane symbole de grandeur passée que le président promet de rétablir et qui est symbolisée par ses projets pharaoniques (Palais présidentiel digne du plus grand sultan, Mosquées gigantesques, projet de Canal Turquie-Mer-Noire ; projection de puissance en Irak, Libye, interventions militaires en Syrie, etc. Certes, Erdogan est combattu et détesté par les élites kémalistes pro-occidentales désislamisées et les classes moyennes laïcisées de l'Ouest du pays qui ont voté majoritairement pour le kémaliste Muharrem Ince. Celles-ci sont toutefois incontestablement minoritaires démographiquement et politiquement. Cette Turquie laïque et acculturée de l'Ouest, incarnée par le candidat anticlérical pro-occidental Ince, qui a réuni des millions de personnes à Izmir et Istanbul, a été définitivement vaincue « civilisationnellement » et politiquement depuis l'arrivée au pouvoir en 2002 de l' « Atätürk à l'envers » qu'est Erdogan. Les dernières élections qui ont donné vainqueurs le AKP d'Erdogan et son allié du MHP en sont la dernière manifestation. »

Atlantico (France), 25 juin 2018.

Pierre Barbancey, « Sous couvert de démocratie, Erdogan installe l’autocratie »

«...La fonction de premier ministre disparaît au profit du président. Celui-ci va nommer lui-même le gouvernement sans que les ministres soient spécialement issus du Parlement. Une Assemblée qui risque d'être croupion puisque le président va maintenant pouvoir gouverner par décrets. Elle n'aura même pas un droit de regard sur le budget. Si l'on ajoute que les principaux juges seront également désignés par le tout-puissant président (alors que déjà des centaines d'entre eux ont été démis de leurs fonctions voire emprisonnés, de même que des milliers de fonctionnaires et des dizaines de journalistes dans le cadre de l'état d'urgence), on a une idée de la direction que va prendre la Turquie : l'autocratie. […] Pour l'opposition, disparate il est vrai, la stratégie n'a pas été gagnante. Il s'agissait d'empêcher d'abord l'élection d'Erdogan au premier tour en se présentant en ordre dispersé, puis de se rassembler au second pour le faire chuter, tout en se présentant coalisée aux législatives (le HDP se présentant néanmoins seul). Désigner Erdogan comme l'ennemi à abattre aura eu l'effet inverse. Nombre des électeurs habituels de l'homme fort de Turquie qui, cette fois, étaient prêts à faire un autre choix sont finalement « revenus au bercail ». C'est sans doute ce qui explique le bon score réalisé par Erdogan dans les grandes villes, comme Istanbul et Ankara, et qui lui a permis de progresser de 0,9 % par rapport à la présidentielle de 2014. »

L’Humanité (France), 26 juin 2018, p. 4.

Marion Fontenille, « Turquie : déçue, l’opposition espère garder son unité au Parlement »

«...La coalition entre trois partis d'opposition (CHP, IYI Parti, Saadet Partisi) pour les élections législatives avait pourtant semblé faire mouche auprès d'une partie de la population. Avec 22,64 % des voix pour le CHP, 9,95 % pour le IYI Parti et 1,35 % pour le Saadet, cette union, aussi inédite soit-elle, n'aura pas suffi à leur permettre de décrocher la majorité absolue au parlement. Ce bloc de l'opposition ne se désunira-t-il pas au fil des mois? C'est la question qui désormais taraude tous les esprits. « Je pense que cette coalition peut continuer quelque temps au Parlement », analyse le politologue Ismet Akça, « pour autant, le président Erdogan pourrait essayer de séduire le parti de Meral Aksener et le récupérer de son côté en abordant des sujets comme la sécurité nationale et la question kurde. Cela faciliterait le travail de la coalition au pouvoir AKP-MHP et diviserait en même temps la coalition de l'opposition. » »

Le Figaro (France), 25 juin 2018.

François Brousseau, « Le semi-dictateur »

«...Le régime d'Erdogan a-t-il achevé sa mue autoritaire, doublée d'un islamisme militant et d'une politique étrangère de plus en plus anti-occidentale ? L'avenir de la Turquie est-il à la dictature douce, aux aventures militaristes et aux femmes voilées ? En tout cas, le sillon est creusé, et M. Erdogan, pour au moins cinq années supplémentaires, semble bien vouloir le suivre. Mais le pire n'est pas sûr. La campagne des dernières semaines a clairement fait voir qu'une moitié de la Turquie est contre ce programme et peut encore se mobiliser. À Istanbul, à Ankara, à Izmir, la société civile n'est pas morte. Malgré l'aura du président -- qui a vu encore une fois le peuple des campagnes et des petites villes voter pour la figure paternelle --, l'économie pourrait être le pire ennemi de la crypto-dictature. Les indicateurs sont au rouge : panne d'investissements étrangers, projets pharaoniques douteux (le « second Bosphore »), dette publique qui explose, inflation, dévaluation de la monnaie... Parmi ceux qui ne partagent pas aujourd'hui « l'inquiétude démocratique » des intellectuels et des citadins des grandes villes, c'est aussi le pain et le beurre, la croissance économique, qui ont fait la fortune de Recep Tayyip Erdogan. Cette chance pourrait l'abandonner durant le mandat qui s'ouvre. Et si on laisse encore les Turcs voter librement la prochaine fois...»

Le Devoir (Québec, Canada), 26 juin 2018.

Raf Sanchez, « Why voters backed Erdogan to lead Turkey into authoritarianism »

«...Turkey’s elections were not fair. President Recep Tayyip Erdogan, now celebrating a new term in office, received endless hours of favourable media coverage while his opponents struggled to even make it on television. What's more, the vote took place under a state of emergency that has seen the arrest of more than 50,000 people, including the leader of what is now the country’s third largest political party. But to dismiss the results of an election with 87 per cent turnout is to miss something important: more than 30 million people watched Mr Erdogan tighten his authoritarian grip on Turkey and yet voted for him anyway. Why? Part of the answer lies in the cars, freezers and mobile phones, which many Turks own today but could not afford in 2003 when Mr Erdogan first came to power. GDP per capita has more than doubled since then and people’s standards of living have climbed sharply with it. Basic services like roads and water have also vastly improved in most places under Mr Erdogan. “I live more comfortably today than I did 15 years ago,” said Rasim Sahin, a 45-year-old grocery shop owner, when asked why he supported Mr Erdogan. It is a formula as old as politics: if people feel they are better off under your leadership, they will continue to support you. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 25 juin 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 24 juin 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
LimitéRecep Tayyip ErdoganBinali Yıldırım

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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juin
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[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
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