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9 août 2018

Rejet de la décriminalisation de l’avortement par un vote du Sénat argentin

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

À l’été 2018, les parlementaires argentins sont appelés à se prononcer sur un projet de loi décriminalisant l’avortement jusqu’à la quatorzième semaine de la grossesse. Les membres de la Chambre des députés votent en faveur de justesse le 14 juin, mais les sénateurs le repoussent le 9 août par 38 votes contre 31.

Même s’il désapprouve la décriminalisation de l’avortement, le président argentin Mauricio Macri accepte de relancer le débat sur cette question. Il affirme même qu’il acceptera la volonté des élus qui se prononcent à l’été 2018 sur un projet de loi à cet effet. En Argentine, l’avortement est illégal sauf en cas de viol ou de menace à la santé ou à la vie de la mère. Toutefois, selon des statistiques gouvernementales, des centaines de milliers de femmes se font avorter à chaque année, souvent dans des conditions dangereuses pour leur santé. Plusieurs cas litigieux rendus publics au fil des ans ont d’ailleurs fait évoluer l’opinion publique sur ce sujet. Le nouveau projet de loi rendrait ce geste légal, gratuit et accessible dans des cliniques publiques, jusqu’à la quatorzième semaine de la grossesse. Le 14 juin, les membres de la Chambre des députés se prononcent en faveur à 129 voix contre 125, avec une abstention. Cependant, le 9 août, les sénateurs votent contre, 38-31. Les opposants au projet de loi, notamment l’Église catholique à laquelle adhèrent une majorité d’Argentins, et des organisations civiles considérant l’avortement comme un meurtre expriment leur satisfaction. La présence d’un pape Argentin, François, qui a fait campagne contre la loi, a joué pour leur cause. Arborant un bandeau vert, les organisations de femmes favorables à l’avortement souhaitent pour leur part que le débat se poursuive. Les deux camps manifestent dans les rues après le vote du Sénat. Plusieurs pensaient que les Argentins emboîteraient le pas à d’autres pays catholiques, comme l’Italie ou l’Irlande. Contrairement à ce que l’on observe en Europe, dans la grande majorité des pays d’Amérique latine l’avortement est soit illégal, soit permis mais avec d'importantes restrictions.

Dans les médias...


S.A., « En Argentine, le combat pour l’IGV continue »

«...Pour autant, le débat sur le droit à l'avortement est loin d'être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d'influence de l'Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd'hui majoritairement favorable au droit à l'IVG. [...] Taboue depuis toujours en Argentine comme sur tout le continent latino-américain seuls Cuba en 1965 et l'Uruguay en 2013 ont légalisé l'avortement, tandis que le Chili l'a partiellement autorisé en 2017, la question de l'avortement est sortie de la clandestinité. Grâce, notamment, à la mobilisation de millions de jeunes filles, arborant les foulards verts, symboles de la lutte, accrochés à leur sac à dos, portés en bandana sur la tête ou noués autour du poignet. En dépit de la déception provoquée par le vote des sénateurs, la détermination du mouvement favorable à la légalisation est intacte. »

Le Monde (France), 11 août 2018, p. 19.

Daniel Eskanazi, « L’Église argentine a pesé de tout son poids »

«...Si l'Argentine peut se montrer progressiste en matières de droits humains (il autorise par exemple l'adoption homoparentale depuis 2010), il s'avère aussi parfois conservateur sous l'influence considérable de l'Église catholique et du Pape François, originaire de Buenos Aires. D'habitude peu enclin à interférer dans la politique de son pays, le souverain pontife n'a pas mâché ses mots pour combattre l'avortement. « Au siècle dernier, le monde entier a été scandalisé par ce que les nazis ont fait au nom de la pureté de la race. Aujourd'hui, nous faisons la même chose, mais avec des gants blancs », avait-il lancé en juin dernier au Vatican devant des représentants d'associations familiales. Dans un pays où 76 % de la population est chrétienne, les évêques ont pesé de tout leur poids pour faire descendre les Argentins dans la rue afin de combattre la loi sur l'interruption volontaire de grossesse et défendre le droit à la vie. Le climat en Argentine a été explosif durant les derniers mois. »

Le Temps (Suisse), 10 août 2018, p. 2.

Damien Roustel, « Le Sénat fait barrage à la vague verte en faveur de l’avortement »

«...Il faudra attendre au moins un an avant que la question de l'avortement repasse devant le Congrès, probablement en 2020, après l'élection présidentielle d'octobre 2019. « Il s'est passé quelque chose de nouveau en Argentine, on a exhumé quelque chose qui était enfoui, la clandestinité de l'avortement, et la nécessité d'agir », a fait remarquer avant le vote la sénatrice Laura Rodriguez. « Aujourd'hui, ce n'est pas une défaite, c'est un triomphe monumental. Personne ne pourra arrêter la marée de la nouvelle génération ! » a affirmé son collègue sénateur et cinéaste Pino Solanas. Le débat sur l'IVG n'est plus devenu tabou. Il s'est emparé de toute la société. Des lignes ont bougé. L'ex-présidente devenue sénatrice Cristina Kirchner a ainsi voté en faveur du texte, alors qu'elle est opposée à l'avortement. Un changement dû aux « milliers de jeunes filles qui sont sorties dans la rue », a-t-elle expliqué. Pour mettre fin à cette situation de blocage, certains, comme Daniel Lipovetzky, un député de la coalition gouvernementale Cambiemos, évoquent désormais la possibilité d'organiser un référendum. »

L’Humanité (France), 10 août 2018, p. 13.

S.A., « The Guardian view on Argentina and abortion : a setback, but not the end »

«...According to the World Health Organization, 25m unsafe abortions are carried out each year. In countries with strict abortion laws, only one in four abortions were safe, compared with almost nine in 10 in countries with more relaxed rules. Worse, there is growing pressure on abortion’s legality or availability in several places. The impact of the religious right in the US is magnified because its effect is exported via the “global gag rule” imposed by Donald Trump, blocking US funds to any group involved in abortion advice and care overseas. Yet there is room for optimism. Science is not on the side of anti-abortion campaigners. The advent of the abortion pill makes illicit terminations safer and easier to access, though women may face punishment if they need to seek healthcare afterwards. In any case, the overall trend is towards more liberal laws, say campaigners. Last year, Chile approved a bill allowing abortion in some circumstances. Argentinian activists have made it clear they will not give up, taking heart from the public support they attracted and their success in reaching the legislature at all. The battle goes on, there and elsewhere. »

The Guardian (Royaume-Uni), 9 août 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 9 août 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
ÉlevéFederico Pinedo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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