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7 octobre 2000

Démission du président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Slobodan Milosevic

Une forte contestation, qui s’accentue à la suite de l’annonce des résultats des élections du 24 septembre 2000, pousse le président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic, à démissionner. Vojislav Kostunica de la coalition Opposition démocratique de Serbie (ODS), qui aurait obtenu 50,2 % des voix, lui succédera.

Slobodan Milosevic dirige la Serbie de 1991 à 1997, puis la République fédérale de Yougoslavie à partir de 1997. La contestation contre lui s’accentue à la fin des années 1990. On lui reproche des lois limitant l’autonomie des médias, des organisations non gouvernementales et des universités, ainsi que les sanctions économiques que le pays subit à cause de son action au Kosovo. Des élections anticipées, déclenchées le 27 juillet 2000, de même que la disparition suspecte d’Ivan Stambolic, un ex-allié de Milosevic, mécontentent l’opposition, dont le mouvement de jeunes Otpor! (Résistance!), fondé en 1998. Dix-huit partis se réunissent au sein de la coalition ODS dont le candidat à la présidentielle est Vojislav Kostunica. Le 24 septembre 2000, celui-ci arrive en tête avec 49 % des voix, contre 37,15 % pour Milosevic. Des partisans d’ODS croient toutefois que leur candidat a été privé d’une victoire au premier tour par des irrégularités. À Kolubara, des milliers de mineurs du charbon cessent le travail. Les grèves se répandent alors que la décision de la Cour constitutionnelle d’annuler les résultats et de laisser Milosevic terminer son mandat, en juin 2001, accroît les tensions. Un ultimatum est fixé à Milosevic par l’opposition qui veut sa démission le 5 octobre. Ce jour-là, des centaines de milliers de personnes prennent le Parlement d’assaut. Tant à cet endroit qu’à Kolubara, les forces de l’ordre cessent de résister, incitant le président à quitter son poste le 7 octobre. À la suite d’une révision, Kostunica est proclamé vainqueur avec 50,2 % des voix. Malgré deux décès, cette « révolution des bulldozers » – en l’honneur d’un assaut contre un des instruments du pouvoir, le bâtiment de Radio Télévision de Serbie – , se fait sans affrontement majeur. Quant à Milosevic, il sera arrêté en avril 2001 afin d’être jugé par le Tribunal pénal international pour des crimes de guerre commis lors des conflits suivant la partition de la Yougoslavie.

Dans les médias...


Jean Arnaud Dérens, « Milosevic face à la débâcle »

«...L'avenir de Slobodan Milosevic se résume à une alternative fort simple : être arrêté et déféré devant le Tribunal pénal international de La Haye (TPI), qui a émis un mandat d'arrestation à son encontre, ou trouver refuge dans un pays ami. Tous les pays voisins de la Yougoslavie ont déjà annoncé qu'ils ne le laisseraient pas franchir leurs frontières, et la Russie a également indiqué qu'elle n'entendait pas lui accorder l'asile. Il n'est pourtant pas exclu que l'émissaire russe ait été chargé d'une mission pour faciliter le départ de Slobodan Milosevic vers un pays tiers. […] Si les membres du clan Milosevic qui en ont la possibilité sont déjà partis à l'étranger ou préparent leur exil, une télévision a diffusé un communiqué de l'ancien président, dans lequel il affirme sa volonté de continuer à jouer un rôle politique. Dans le même temps, plusieurs leaders de l'ex-opposition désormais au pouvoir mettaient en garde: certaines unités de la police et de l'Armée obéiraient toujours à Slobodan Milosevic; histoire peut-être de se faire un peu peur à Belgrade et de maintenir la mobilisation d'une population, bien convaincue, pour sa part, que la page de l'ère Milosevic est déjà définitivement tournée. »

Le Temps (Suisse), 7 octobre 2000.

Renaud Girard, « La fin de l’ère Milosevic »

«...À Belgrade, chacun sent que l'ère Milosevic est définitivement close. Certes, dans son discours, l'ancien président a fait part de son intention, une fois qu'il aura pris du repos, de se consacrer au « renforcement » de son parti, le Parti socialiste de Serbie, qu'il avait fondé il y a dix ans sur les ruines de la Ligue des communistes. Mais cette intention relève plus du rêve que de la réalité. [...] Milosevic contrôlait d'une main de fer les trois principaux appareils de pouvoir, la police, la télévision et l'armée. La police a été la première à le lâcher, lorsqu'elle renonça mercredi à employer la force contre les mineurs en grève et lorsqu'elle n'opposa qu'une résistance symbolique à la prise du Parlement jeudi après-midi. Sous la pression de la foule, les médias d'Etat se sont « libérés » de leur tutelle, dès le jeudi soir. Quant à l'armée, elle s'est refusée à intervenir dans la rue jeudi et, dès vendredi, a fait pression sur Milosevic pour qu'il reçoive chez lui le nouveau président élu et qu'il annonce ensuite lui-même à la télévision son départ. Confrontés à un soulèvement populaire d'une ampleur jamais vue en Serbie, les trois piliers du pouvoir personnel de Milosevic se sont effondrés comme une rangée de dominos, pour se ranger en vitesse du côté de l'ordre constitutionnel et du nouveau président. »

Le Figaro (France), 9 octobre 2000, p. 6.

Agnès Gruda, « La révolution de Belgrade »

«...Il y a quelques jours à peine, la télévision d'État yougoslave diffusait un discours de Milosevic, qui venait de perdre le premier tour des présidentielles. Et qui mettait les électeurs en garde contre une opposition qui voudrait les transformer en « esclaves » de l'Occident. S'il était défait, il ne resterait bientôt plus de la Serbie que « des recettes de cuisine et des chansons », avertissait-il. Pendant plus d'une décennie, ce patriotisme lyrique et haineux avait su toucher les gens. Il faut dire que la majorité de la population n'avait pas accès à d'autres discours: sauf quelques médias indépendants ayant miraculeusement survécu à Belgrade, les voix officielles détenaient le monopole de l'information dans le pays. Le régime de Milosevic ne s'est pas implanté que par la force et « Slobo » a su toucher des cordes sensibles chez les citoyens d'un pays en voie de dislocation. Mais si, malgré les défaites et la misère, il a pu se maintenir au pouvoir, c'est beaucoup grâce au contrôle de l'information. Voilà pourquoi, en prenant le contrôle de l'édifice abritant la télé et la radio d'État, les manifestants ont fait un geste qui avait des allures de prise de la Bastille. Un bastion de la dictature de Milosevic, un symbole des souffrances qu'il a imposées à son peuple venait de s'effondrer. »

La Presse (Québec, Canada), 6 octobre 2000, p. A12.

Roger Cohen, « The World : Stare Down; Serbs Shed their Fear and Make a Revolution »

«...It is not over yet, of course. Serbia's soft revolution is still a muddle. The style of Vojislav Kostunica, the president-elect and a constitutional lawyer who became a revolutionary despite himself, is slow-moving, an advantage in coalition-building but not necessarily in revolution-handling in a state whose borders remain unclear. He is at the apex of a federation whose very existence is in question. He will have to confront the push for independence from Kosovo, still nominally a Serbian province, and a tense standoff with Montenegro, the other republic of the federation. Serbia has yet to face the delicate and charged question of how, or whether, it will confront the brutalities of the Milosevic years. Mr. Kostunica is a democrat, but he is also a Serbian nationalist, though not of the virulent strain Mr. Milosevic fostered and exploited. [...] Events could spill in all kinds of directions, including one that might leave Mr. Milosevic and his influential wife, Mira Markovic, no better off than Nicolae Ceausescu and his wife, Elena, who were executed by their fellow Romanians. If Mr. Kostunica has continuously urged restraint, it is because he understands that aggression would merely have played into the hands of a regime that always practiced the politics of violence. Why play on your enemy's terms? That calculation was clear enough. »

New York Times (États-Unis), 8 octobre 2000.

Gouvernance et gouvernement [ 7 octobre 2000 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Serbie
FaibleMilan MilutinovicMirko Marjanovic

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1995 - 2005



octobre
2000
Démission du président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic

novembre
2000
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

février
2002
Début du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic

février
2003
Proclamation de la création de l'État de Serbie-et-Monténégro

mars
2003
Assassinat du premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic


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