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7 avril 2018

Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Lula da Silva

Le 7 avril 2018, l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva est incarcéré pour corruption et blanchiment d’argent. Cette décision fait suite à un jugement de la Cour suprême survenant alors que Lula da Silva fait appel d’un verdict contre lui et qu’il domine dans les intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle du 7 octobre.

Lorsqu’il quitte la présidence du Brésil en 2010, Luiz Inacio Lula da Silva est l’une des personnalités politiques les plus populaires de l’histoire de son pays. La revue américaine Time le considère même comme un des politiciens les plus influents sur la scène mondiale. Pendant les deux mandats de Lula da Silva, la population a profité d’une croissance économique solide et d’une redistribution plus équitable de la richesse. Celui-ci appuie la femme qui lui succède, Dilma Rousseff, comme lui du Parti des travailleurs, qui est élue en 2010 et réélue en 2014. Un ralentissement économique et des accusations de corruption minent toutefois la popularité de Rousseff. Le 4 mars 2016, des policiers font une intervention chez Lula da Silva. Accusé de corruption et d’avoir reçu des pots-de-vin, celui-ci est temporairement à l’abri à cause de son entrée dans l’administration de Rousseff. Celle-ci étant destituée le 31 août 2016, l’ex-président est de nouveau sur la sellette. Bien que reconnu coupable le 12 juillet 2017, Lula da Silva va en appel. Sa popularité est telle qu’en 2018, à l’âge de 72 ans, il continue de dominer les sondages pour la présidentielle du 7 octobre. Un jugement de la Cour suprême, le 5 avril 2018, permet cependant de l’emprisonner pour une peine de 12 ans pendant qu’il poursuit son appel. Ce faisant, il ne peut maintenir sa candidature à l’élection, un verdict que lui et ses partisans manifestant dans les rues interprètent comme une persécution politique. Son cas devient une cause célèbre dans son pays, mais aussi ailleurs dans le monde où il est très connu. Le 31 août, la Cour supérieure électorale met fin aux spéculations en interdisant la candidature de Lula da Silva. Même s’il continue de mener dans les sondages, celui-ci annonce finalement, le 11 septembre, qu’il ne contestera pas l’élection. C’est l’ex-maire de Sao Paulo, Fernando Haddad qui portera la bannière du Parti travailliste à cette occasion.

Dans les médias...


Diogo Sardinha, « Coup d’État judiciaire au Brésil : vers un long hiver des peuples? »

«...À quiconque se demande si Lula est vraiment le leader corrompu que les tribunaux ont condamné, on devrait noter que, dans un pays comme le Brésil, la justice, hélas, n'en est pas une. Pas plus que les Brésiliens ne sont égaux entre eux dans l'accès à la santé, à l'éducation et à l'habitation, ils ne le sont devant la loi. L'égalité y est une notion absente. Et les clivages de race, de classe, de sexe, trop profonds encore pour permettre l'impartialité des institutions. Ce qui est vrai en général l'est bien plus quand il s'agit de Lula. Du fait d'avoir été le seul syndicaliste élu et réélu président dans des élections libres, il attire toutes sortes de passions, de la grande admiration à la haine viscérale. Désormais, comme le reconnaît même l'un des éditorialistes de droite les plus virulents à l'encontre du Parti des travailleurs (PT) de Lula, Reinaldo Azevedo, l'ex-chef d'Etat est la « victime d'un procès d'exception ». Ce n'est pas seulement son élection que l'inconscient de l'élite blanche et masculine n'a jamais pu souffrir. Elle n'a pas plus supporté l'élection d'une femme à la tête du pays, Dilma Rousseff, ex-prisonnière de la dictature qui plus est, torturée par les militaires, femme incorruptible qu'on a outragée, et dont la chute a été précipitée exactement par son intransigeance à composer avec des députés et sénateurs malhonnêtes. »

Libération (France), 13 avril 2018, p. 22.

Claire Gatinois, « Le baroud d’honneur de Lula avant la prison »

«...La société brésilienne attend fébrilement la suite des événements. L'arrestation de Lula sera-t-elle la preuve manifeste que le pays peut tirer un trait sur les pratiques crapuleuses de l'ensemble de la classe politique? L'ancien chef d'Etat sera-t-il la victime expiatoire d'un système politique à jamais vérolé? En décrétant, le même jour que Lula, l'arrestation de Paulo Vieira de Souza, membre du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), opposant notoire du PT, accusé de détournement de fonds, la police fédérale semble donner le signal d'une chasse aux corrompus généralisée. Mais le pays veut voir tomber d'autres têtes. Celles de parlementaires protégés par leur immunité comme celles de caciques de Brasilia, réputés intouchables. Reste un constat : à sept mois de l'élection présidentielle, le discrédit des responsables politiques est total. « Le pays est dans la tourmente », admet Joaquim Barbosa, ancien président de la Cour suprême qui, affolé par la popularité grandissante du candidat d'extrême droite, Jair Bolsonaro, envisage de se présenter. »

Le Monde (France), 9 avril 2018, p. 5.

Chantal Rayes, « Le populaire Lula aux portes de la prison »

«...Icône planétaire, Lula a quitté le pouvoir en 2010 auréolé de gloire (plus de 80% de popularité). Mais en quelques années, il est devenu l'homme à abattre. Lui, le premier ouvrier à accéder à la tête d'un Brésil inégalitaire. Lui qui a incarné comme nul autre, à part peut-être Pelé, le soft power de son pays est désormais érigé « en source de tous les maux, en bouc émissaire, en ennemi à éliminer », écrit l'anthropologue Luiz Eduardo Soares sur le sentiment anti-PT qui s'est développé à l'ombre de la récession économique imputée à Dilma Rousseff. Un sentiment confinant désormais à la haine, dans un pays qui semble irrémédiablement divisé. Le ressentiment social n'y est pas étranger. José, un cadre croisé sur une manif réclamant l'incarcération de Lula, durcit le ton: « Il a pris de ma poche pour donner aux pauvres. » La crainte de la droite? Que le leader de gauche de 72 ans ne revienne au pouvoir du sang dans les yeux, puisque sa politique de conciliation avec les élites n'a pas empêché que son parti en soit chassé. Sans son chef historique, le PT, usé par les « affaires », voit ses chances de revenir au pouvoir considérablement réduites. La relève n'est pas assurée dans le seul parti de masse du Brésil. »

Le Temps (Suisse), 6 avril 2018, p. 6.

Joe Leahy, Andres Schipani, « Brazil election thrown open as court rules Lula to face prison »

«...Mr Lula da Silva has been leading the polls for elections set for October that were already expected to be the most unpredictable in recent times. Any intention the charismatic figure who has towered over Brazilian politics for years had to make a comeback would now appear to be over. "This marks the end of Lula as a viable candidate for the presidency," said Paulo Sotero, director of the Brazil Institute at the Woodrow Wilson International Center for Scholars in Washington. The impending jailing of Mr Lula da Silva is yet another dramatic twist in the career of a politician who rose from the shop floor to gain international fame as Brazil's first working-class president. His fate has split Brazilians, with wealthier conservative voters generally welcoming the decision, while it has devastated many poorer Brazilians, who regarded him as a hero who transformed one of the world's most unequal countries. Following the court decision, officials and supporters from Mr Lula da Silva's Workers' Party (PT) maintained an allnight vigil with the former president at a metalworkers' union building in São Bernardo do Campo, an industrial city outside São Paulo. "What has happened is a process of political persecution," said Luiz Carlos da Silva, better known as Professor Luizinho and a PT founder. "They know he didn't do anything, there is no proof." »

Financial Times (Royaume-Uni), 6 avril 2018, p. 3.

Gouvernance et gouvernement [ 7 avril 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Brésil
IntermédiaireMichel Temer

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



juin
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

octobre
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

octobre
2014
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
2014
[Résultats] Élections législatives

août
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro


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