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28 octobre 2018

Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

La séquence de quatre victoires consécutives de candidats du Parti travailliste (PT) lors d’élections présidentielles au Brésil est rompue par Jair Bolsonaro du Parti social libéral (PSL). Considéré comme farouchement conservateur sur le plan économique et social, Bolosonaro devance facilement Fernando Haddad du PT avec 55,1 % des voix contre 44,9 %.

Le mandat présidentiel qui se termine en 2018 a été pour le moins turbulent. Réélue en 2014, la présidente Dilma Rousseff du PT a été destituée en 2016. Michel Temer du Parti du mouvement démocratique brésilien assure alors l’intérim. Après avoir exprimé le désir d’être candidat à l’élection de 2018, l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, qui domine dans les sondages, est pour sa part accusé de corruption et incarcéré. Sa possible candidature est rejetée par la Cour électorale supérieure le 1er septembre 2018. Cela ouvre la voie à Jair Bolsonaro. Cet ex-militaire, impliqué en politique depuis 1990, s’est fait connaître par ses positions à droite sur le plan économique (privatisations, budgets serrés, exploitation de l’Amazonie) et son conservatisme social tranché (opposition à l’avortement, nostalgie de l’ancien régime autoritaire, climatoscepticisme). Il tient également des propos xénophobes et défavorables aux LBGT. Bolsonaro promet aussi de s’attaquer au rétablissement de l’intégrité du gouvernement et à la sécurité de la population (appui à la peine de mort et à la torture dans certaines circonstances, ouverture à une plus grande latitude dans l’usage des armes à feu par les policiers). Bien que victime d’un attentat en pleine campagne, le 6 septembre, par un militant de gauche, Bolsonaro remporte le premier tour, le 7 octobre, avec 46 % des votes contre 29,3 % pour Fernando Haddad. Cet ex-maire de Sao Paulo avait aussi été ministre sous Lula da Silva. Au Congrès, les résultats sont plus corsés : 11 partis obtiennent entre 29 et 56 sièges. Lors du deuxième tour de la présidentielle, le 28 octobre, le candidat du PSL confirme sa victoire avec 55,1 % des voix. Des manifestations de joie éclatent à plusieurs endroits à travers le pays, alors que les partisans de Haddad et du PT s’inquiètent des mesures que se propose de faire adopter celui que des médias ont surnommé le « Donald Trump du Brésil ».

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Alexandre Del Valle, « De Bolsonaro en particulier aux « populistes » en général : « l’extrême-droite » n’est plus ce qu’elle était, ou l’affolement de la gauche face au retour de la Nation »

«...Les aspects saillants de la politique prônée par le nouveau président brésilien Jair Messias Bolsonaro (libéralisme économique, pro-américanisme, pro-sionisme, lutte contre la corruption, strict parlementarisme, décentralisation, anti-étatisme, etc) ne correspondent tout simplement pas au modèle « fasciste » ou même de l'extrême-droite historique en tant que telle. La presse occidentale a certes quasi unanimement qualifié le nouveau président élu - démocratiquement rappelons-le - Jair Messias Bolsonaro de « fasciste-misogyne-homophobe-raciste » , d'homme de « l'extrême-droite » , voire de « nazi » nostalgique de la dictature militaire et nous en passons. Toutefois, si cette technique de diabolisation fondée sur la « reductio ad hitlerum » , à très haute dépense énergétique mais à valeur analytique quasi-nulle commence à perdre en puissance de frappe, nous nous plierons tout de même à l'exercice obligé qui consiste à y répondre non dans le cadre d'une « défense » du bolsonarisme, dont nul ne sait ce qu'il sera concrètement avec le temps, mais à tout le moins du programme du nouveau président tel qu'affiché durant la campagne et après la victoire face à la gauche de Fernando Haddad (PT, parti des Travailleurs), qui ne semble pas accepter réellement sa défaite. »

Atlantico (France), 2 novembre 2018.

Claire Gatinois, « Brésil : les garde-fous aux projets de Jair Bolosonaro »

«...Hier insignifiant, le PSL est devenu l'une des principales forces au Parlement (52 députés, soit 10,1 %) et Jair Bolsonaro dispose d'alliés. Au total, 20 % des députés et 17 % des sénateurs seraient dans son camp. Le reste du Congrès est émietté. Porté par un vent de « dégagisme », le scrutin a mis fin à la suprématie des grandes formations traditionnelles au Parlement, à l'exception notable du Parti des travailleurs (PT, gauche), dans l'opposition, qui en est la première force, avec 56 sièges (10,9 %). Le militaire, peu réputé pour son sens de la diplomatie, devra donc négocier pied à pied pour obtenir l'aval de ces petits partis volatils, sans autre idéologie que celle de rester au pouvoir. Mais Jair Bolsonaro, député pendant près de trente ans, « connaît la maison », souligne une source à Brasilia. « Ce sous-monde du Congrès est le sien, celui auquel il a appartenu toutes ces années. » Au sein de ce « bas clergé », il pourra facilement séduire les élus membres des lobbys ultraconservateurs du « BBB », pour « balle » (défenseurs des armes à feu), « Bible » (les évangéliques) et « boeuf » (l'agronégoce), pour défendre les thèmes sociétaux. »

Le Monde (France), 31 octobre 2018, p. 4.

Sébastien Lapaque, « La victoire de Bolsonaro ou la revanche de l’homme ordinaire »

«...Terreur des milieux artistiques, le candidat du Parti social libéral (PSL) n'a guère inquiété les classes populaires. Ses provocations brutales contre les féministes, les homosexuels ou les travailleurs sans terre avaient pour vocation de le placer au centre du champ de bataille et d'obliger ses adversaires - centristes du PSDB et gauchistes du PT - à ne plus parler que de lui. Il n'y a que dans le Nord et le Nordeste (Pará, Maranhão, Piauí, Bahia, Sergipe, Alagoas, Pernambuco, Paraíba, Rio Grande do Norte) que les gens de peu restent attachés à l'oeuvre de « painho » et « mainha » - entendez papa et maman, les anciens présidents Lula et Dilma. Et tant pis si celui-là a été condamné à douze ans de prison et celle-ci destituée en 2016 pour maquillage des comptes publics et battue dans son État natal du Minas Gerais, où elle tentait de se faire élire sénatrice. Partout ailleurs dans le pays, les « pétistes » suscitent une haine dont on n'a pas idée de l'autre côté de l'Atlantique. En discutant avec le peuple travailleur, Noirs, Blancs et mulâtres mêlés, on comprend que le côté jovial et ouvrier de Lula, qui continue de nous émouvoir en France, ne touche plus grand monde au Brésil, sinon les couches intellectuelles, les gens dont l'activité est liée à celle de l'État et les enfants de la misère du côté de Bahia. Là-bas, Fernando Haddad a rassemblé 72,69 % des suffrages lors du second tour. »

Le Figaro (France), 30 octobre 2018, p. 16.

François Brousseau, « Jair Bolsonaro, un président brésilien aux couleurs de Trump et Duterte »

«...Qu'est-ce qui peut porter la majorité absolue d'un peuple à voter en 2018 pour un candidat comme Jair Bolsonaro? En l'occurrence, la conjonction d'une série de crises, réelles et s'empilant les unes sur les autres, qui vont créer dans le public, et s'il le faut, à coups d'exagérations et de fausses nouvelles, l'impression d'une véritable apocalypse nationale. Une apocalypse dont la cause se trouverait essentiellement du côté du PT, et qui appellerait l'irruption d'un personnage providentiel de la « droite dure ». La sévère récession économique après des années heureuses; la corruption endémique de la classe politique (autant à droite qu'à gauche, même si c'est la gauche que les juges ont ciblée en priorité avec la diabolisation parfaitement réussie du Parti des travailleurs); l'insécurité galopante (65 000 morts violentes par an); un discours alarmiste sur la perte des valeurs traditionnelles... Bolsonaro a littéralement surfé sur l'effroi provoqué par toutes ces crises superposées. »

Le Devoir (Québec, Canada), 30 octobre 2018.

Matthew d’Ancona, « If you thought liberalism was in crisis, Brazil gets the Trump of the tropics »

«...Some international commentators have interpreted this disgusting man's victory as an opportunity for Brazil to curb corruption, shrink its overgrown state and reform its pension system. And no doubt Bolsonaro will promise to initiate many such measures. But, as is always the case with populists, his priority will not be the efficient delivery of policy but the nurturing of recrimination, hatred of minorities and emotive nationalism. This, rather than statistically measured success, is what keeps autocrats in power. Brazil's election of an unabashedly far-Right strongman leader marks, definitively, the end of the so-called "pink tide" of Left-of-centre governments that came to power in Latin America in the early years of the 21st century. But it is also part of a global trend away from the conventions of liberal democracy and towards the brutish embrace of authoritarianism. It is no accident Trump was so quick to congratulate Bolsonaro and to tweet: "We agreed that Brazil and the United States will work closely together on trade, military and everything else!" The US President knows a kindred spirit when he sees one on Fox News. »

London Evening Standard (Royaume-Uni), 31 octobre 2018, p. 18.

Gouvernance et gouvernement [ 28 octobre 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Brésil
IntermédiaireMichel Temer

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



juin
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

octobre
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

octobre
2014
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
2014
[Résultats] Élections législatives

août
2016
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