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29 mai 1985

Tragédie avant une partie de football à Bruxelles, en Belgique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

La finale de la Coupe d’Europe des clubs dégénère en tragédie alors que des partisans du Liverpool FC, une équipe britannique, s’en prennent à ceux de la formation adverse, la Juventus de Turin. Dans leur fuite, des dizaines de ces derniers meurent écrasés ou piétinés près d’un muret de protection, alors que 454 autres personnes sont blessées.

La finale de 1984, qui s’était déroulée à Rome entre le Liverpool FC et l’AS Roma, s’était soldée par une agression violente de partisans italiens contre les Britanniques. L’année suivante, la finale est disputée le 29 mai entre Liverpool et une autre équipe italienne, la Juventus de Turin, au stade du Heysel, à Bruxelles en Belgique. Des milliers de supporters des deux équipes sont présents, dont des hooligans britanniques réputés pour leurs propos hostiles et leurs actes violents. Avant même le début du match, ceux-ci envahissent une tribune où se trouvent des Italiens ainsi que des Belges. Dans leur fuite, les partisans italiens se retrouvent coincés contre un mur de protection et une grille de sécurité ceinturant le terrain. Plusieurs suffoquent ou sont piétinés avant que le mur ne cède. Des Italiens venant d’autres tribunes veulent intervenir, mais la police les en empêche. Le bilan est lourd : 39 morts, la grande majorité des Italiens, et 454 blessés. Afin d’éviter que les choses dégénèrent, les dirigeants décident de disputer quand même la joute. Elle se termine avec la victoire de la Juventus, 2 à 1. Les scènes d’horreur, qui ont été retransmises à un vaste auditoire par la télévision, font cependant la une dans le monde. La première ministre britannique Margaret Thatcher exprime son indignation. Une interdiction de participer à des compétitions européennes pendant quelques années frappera d’ailleurs les équipes de football britanniques. Des peines d’emprisonnement seront également annoncées au terme d’un procès se déroulant en Belgique en 1988-1989. Les autorités sont pointées du doigt pour ce drame, notamment l’inefficacité des forces de l’ordre et la décision de jouer dans un stade vétuste et surpeuplé. Aussi, des règles plus strictes seront adoptées pour neutraliser les fauteurs de troubles et moderniser les stades, comme celui du Heysel qui sera rénové et deviendra le stade Roi Baudoin.

Dans les médias...


R.N, « Le syndrome du stade »

«...il ne faut pas se tromper d’analyse, la provocation est subordonnée à deux sources de violences : la compétition sportive corrompue par les investissement économiques ou politiques qui la détournent de son véritable objet; l’identité sociale dissoute dans la crise et qui se trouve un substitut dans l’affrontement sportif. [...] Les carences ont été nombreuses; elles ne tiennent pas tellement à des individus isolés qu’à un effet de système. Elles participent de ce que l’on appellera peut-être un jour le syndrome belge. Il faut s’interroger sur ces carences qui ont nom égoïsme collectif, conformisme, dissolution du sens de l’État. Le renforcement de l’appareil de répression est une solution aussi fausse que démagogique. Que l’on s’interroge d’abord sur les mécanismes corrupteurs du sport! La violence des hooligans est condamnable. Que l’on s’interroge aussi sur les effets à long terme d’une génération moralement détruite par la crise. Alors, on se rendra peut-être compte qu’est vraiment négligée ce qu’en vieille langue on appelait la morale sociale et politique. »

La Revue nouvelle (Belgique), juillet-août 1985, p. 4-5.

Faouzi Mahjoub, « L’apocalypse, qui l’a voulue? »

«...La violence des « supporters » anglais, sans frein ni coupe-feu policier, a fait basculer la finale de la trentième édition de l’épreuve dans la guerre. Par dizaines, en direct, des hommes, des femmes et des enfants ont basculé dans la mort. Un spectacle apocalyptique que les hauts dirigeants de l’U.E.F.A. (Union européenne de football) ont cru bon d’« agrémenter » d’une empoignade caricaturale et truquée envers les « footballeurs » - otages de Liverpool et de la Juventus de Turin. Et, sommet du réalisme sordide de cette tragique parodie, le couronnement honteux des joueurs italiens, gladiateurs transformés en clowns sinistres, alors qu’achevaient d’agoniser les blessés du virage Z. « L’horreur nue, abrupte », « la fin de l’innocence [sic] », « la nuit des barbares », « la honte et le déshonneur », etc., l’indignation et le dégoût ont fait l’unanimité. Et pourtant, il faut un formidable culot aux justiciers vertueux du 30 mai 1985 pour s’acharner avec une violence inhabituelle sur les auteurs de la tuerie du Heysel, une tuerie que l’on a tout fait pour provoquer. Bruxelles 85 n’a été en effet que l’aboutissement d’une conspiration de la lâcheté. »

Afrique-Asie (France), 30 juin 1985, p. 46.

J.B., « Carnage au stade »

«...On savait bien, depuis quelques années, que le football, au Royaume-Uni surtout, servait de prétexte au déchaînement de bandes venues au foot pour le « baston ». « Rollerball », certes, mais aussi « Orange mécanique », autre film, autre livre prophétique sur l’avènement d’une société ultraviolente. On pourra critiquer longtemps la police belge pour les lacunes de son organisation. Elles auront paradoxalement, et à quel prix, révélé tout ce que le football des années 80 porte en lui de frénésie. L’exclusion des clubs anglais de compétitions européennes pourra, sans doute, calmer les passions et stopper net le cycle de la vengeance qui, sinon s’enclencherait sur tous les stades européens à l’arrivée des hordes d’outre-Manche. Le match a eu lieu. Et les joueurs voyaient ce morceau béant de tribune où, une heure plus tôt, une quarantaine de personnes étaient mortes, poussées par la peur des supporters britanniques ivres de bière et de sang, jusqu’à s’écraser elles-mêmes contre les grilles entre lesquelles on les avait parquées. Curieusement, alors que le stade entier semblait sur le point d’exploser, le match a calmé la foule. Magie du football. Mais la magie, aussi, est démoniaque. »

L’Express (France), 14 juin 1985, p. 68 et 72.

Anthony Burgess, « Le football qui tue »

«...Les supporters de Liverpool ne haïssaient pas ceux de la Juventus. Ils n’avaient rien contre eux. On ne peut même pas parler d’un chauvinisme britannique vis-à-vis des Italiens. Il n’y a eu à Bruxelles rien d’autre qu’un excès d’énergie juvénile animale qui a trouvé un foyer et une cible. N’importe quel foyer et n’importe quelle cible auraient fait l’affaire. Les jeunes de Liverpool n’avaient pas l’intention de faucher des vies humaines. Ils ne savaient pas à quoi aboutirait leur agression. Ils étaient tout simplement incapables de penser. [...] La populace peut aussi paralyser les garants de l’ordre; on l’a vu à Bruxelles. N’eût-ce été que par respect pour les spectateurs écoeurés par le déchaînement des supporters britanniques, il aurait fallu annuler le match. Mais si le match avait été reporté, on aurait assisté à l’émeute. La société organisée s’est donc soumise et, pragmatiquement, elle a eu raison. Mais moralement elle a eu tort. La morale exigeait l’annulation. C’était autrefois un plaisir que d’aller à un match de football. Maintenant, un match sert de prétexte à la rage de détruire des imbéciles. Tout ce que nous avons vu à Bruxelles fut d’une stupidité abyssale. Et contre cela, même les dieux ne peuvent pas combattre. »

Le Nouvel Observateur (France), 7 au 13 juin 1985, p. 40-41.

Gouvernance et gouvernement [ 29 mai 1985 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Belgique
ÉlevéBaudouin IWilfried Martens

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1980 - 1990



novembre
1981
[Résultats] Élections législatives

juin
1984
Tenue d'élections au Parlement européen

mai
1985
Tragédie avant une partie de football à Bruxelles, en Belgique

octobre
1985
[Résultats] Élections législatives

décembre
1987
[Résultats] Élections législatives


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