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11 mars 2019

Annonce du départ du président algérien Abdelaziz Bouteflika

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Abdelaziz Bouteflika

En février et mars 2019, d’importantes manifestations font suite à l’annonce du chef d’État algérien Abdelaziz Bouteflika qui se propose d’être de nouveau candidat à l’élection présidentielle du 19 avril. Devant cette contestation, ce dernier fait savoir le 11 mars qu’il renonce à sa candidature, mais tout en reportant la date prévue pour le scrutin.

Abdelaziz Bouteflika dirige l’Algérie depuis le 27 avril 1999. Il remporte quatre victoires consécutives à la présidence, sans véritable opposition. Celle-ci critique la gouvernance autoritaire du président et la légitimité de ses victoires. Miné par des accidents vasculaires cérébraux en 2013, Bouteflika est de moins en moins visible, alimentant les rumeurs sur son incapacité à diriger le pays. Le 10 février 2019, à l’âge de 81 ans, il fait un bilan élogieux de son travail. Disant être incité par plusieurs à demeurer en poste, il étonne en annonçant qu’il sera candidat pour la présidentielle du 18 avril. Cette nouvelle provoque une forte contestation. À partir du 22 février, des centaines de milliers d’Algériens prennent les rues les vendredis, réclamant le départ définitif du chef de l’État. De retour au pays après avoir été hospitalisé hors de l’Algérie depuis quelques semaines, celui-ci réagit le 11 mars en déclarant qu’il renonce à un cinquième mandat afin d’« apaiser les appréhensions de la population ». Le premier ministre Ahmed Ouyahia quitte lui aussi ses fonctions qui seront assumées par un autre ministre considéré comme plus populaire, Noureddine Bedoui. À la même occasion, Bouteflika annonce le report de l’élection du 18 avril. Elle sera tenue après une Conférence nationale visant à élaborer une nouvelle Constitution qui serait approuvée par référendum. Cette décision relance le mécontentement à l’endroit du président et de son entourage que l’on soupçonne de vouloir s’accrocher au pouvoir. Les manifestations se poursuivent, des divisions apparaissant même au sein du Front de libération nationale, le parti qui gouverne, sur la pertinence de la Conférence nationale et du report du prochain scrutin. Le 2 avril, Bouteflika confirme qu’il quitte son poste sur-le-champ. Abdelkader Bansalah, un proche du président qui préside le Conseil de la Nation, la chambre haute, assumera la présidence sur une base intérimaire.

Dans les médias...


Farid Alilat, « Algérie : comment le régime Bouteflika a fait volte-face »

«...Pour changer la donne, le binôme Lamamra-Brahimi va surtout devoir trouver, dans cette société civile, des interlocuteurs susceptibles d'être acceptés, mandatés ou délégués pour parlementer, discuter ou négocier. C'est là l'originalité de ce mouvement de contestation : il n'a ni leaders, ni porte-parole, ni figures charismatiques pour l'incarner. C'est aussi sa faiblesse : il peut se fracturer sur l'autel de la structuration. D'autant que la méfiance à l'égard du pouvoir et le rejet quasi général du système et de ses acteurs obèrent la possibilité de dialogue, de concertation et peut-être de compromis. Celui qui prend langue avec le pouvoir est vite qualifié de renégat. À terme, c'est l'impasse institutionnelle qui se profile. Abdelaziz Bouteflika et son entourage pressentaient-ils, en annonçant la candidature du président sortant le 10 février, qu'ils allaient ouvrir la boîte de Pandore? Oui, à en croire l'islamiste Abderrazak Makri. Le président du MSP, reçu en octobre dernier à Zeralda par Saïd Bouteflika, rapporte cet échange avec l'influent frère-conseiller : « Nous n'avons pas de signes favorables pour ce cinquième mandat, aussi bien en Algérie qu'à l'étranger. » »

Jeune Afrique (France), 17 mars 2019.

Mohamed Mouloudj, « La toile s’enflamme : Dénonciations et appels à la mobilisation »

«...Aussitôt le contenu de la lettre connu, des internautes n'ont pas hésité à commenter la décision de Bouteflika de rester au-delà de la fin de son mandat présidentiel. "La réponse viendra ce vendredi", promettent-ils, annonçant ne pas être "concernés par cette décision". "Nous avons dit : tu pars, donc tu pars", "On a évité les élections pour ne pas avoir Bouteflika, finalement on a eu Bouteflika sans les élections", "Au-delà du 28 avril, le peuple considère que le poste de président est vacant", telles sont, entre autres, les réactions de la blogosphère nationale à la lettre du chef de l'État. Mais parallèlement à ces réactions, c'est l'exigence du départ de Bouteflika et du système dans sa globalité qui est largement évoquée sur les réseaux sociaux. "Y en a marre de la ruse", "20 ans barakat", "La lettre doit être renvoyée à son expéditeur", "Ils se sont trompés d'adresse", a réagi la Toile comme pour signifier que la rue n'est nullement prête à lâcher du lest. "Il confirme qu'il veut une présidence à vie", tentent d'expliquer d'autres internautes sur les réseaux sociaux. À côté de ces réactions, c'est le message de Bouteflika qui a été tourné en dérision, notamment la correction apportée par l'APS à la lettre, où le mot "mandat" a été changé par "parcours". Sur les réseaux sociaux, le mot "parcours" a été usité pour rappeler "les ratages" du règne de Bouteflika. »

Liberté (Algérie), 20 mars 2019.

Kamel Daoud, « Le catalogue de nos humiliations »

«...C'est peut-être ce que l'histoire gardera de ce règne : le rite de la photo de Bouteflika, un cadre présenté aux Algériens pour qu'ils l'embrassent et l'élisent. Ce « cadre », portrait muet et « photo shopé » jusqu'à l'outrance, est promené lors des défilés nationaux. On a vu le gouvernement et la hiérarchie du pays se lever pour le saluer aux fêtes de l'indépendance, on a vu le ministre de l'intérieur le décorer, on a vu des foules se pousser du coude autour pour se reprendre en photo avec... la photo, on a vu des tribus offrir un cheval au « cadre ». On a vu de jeunes blogueurs condamnés à de la prison pour avoir moqué ce portrait. Cette religion du « cadre » a été l'ultime mépris, l'insulte suprême, le crachat absolu. Les nouvelles générations le ressentent comme l'humiliation de trop. C'est donc le portrait le plus coûteux de l'histoire algérienne : il nous a coûté des décennies d'immobilité et de rapine, il va nous coûter une révolution lourde, dangereuse, belle et longue. « Si on doit être gouverné par un cadre, autant que cela soit Mona Lisa », brandissaient des jeunes lors des marches flamboyantes du 1er mars. Humour, blessure, fierté, danger, révolte, colère et inquiétude. C'est tout cela mon pays aujourd'hui. »

Le Monde (France), 11 mars 2019, p. 26.

Jean-Pierre Sereni, « Algérie. L’armée face à la rue »

«...Doté d'une modeste légitimité révolutionnaire -- mobilisé à 19 ans au Maroc, il [Bouteflika] a passé moins d'un trimestre au maquis --, il ne dispose plus d'un capital politique suffisant pour remonter la pente. Sa maladie et le rôle de sa fratrie l'ont dangereusement éloigné de ses troupes. L'Alliance présidentielle composée de quatre partis dont l'historique Front de libération nationale (FLN), majoritaire à lui seul à l'Assemblée nationale, s'est réfugiée dans un silence assourdissant. Aucune contre-manifestation en sa faveur n'a eu lieu sur tout le territoire national. Les Algériens, qui se sont mobilisés dans les 48 wilayas (départements) bruyamment, habilement et par millions sur les places d'Algérie, ont affiché sur tous les tons et en plusieurs langues leurs exigences : le départ d'Abdelaziz Bouteflika de la présidence de la République et de son « système ». La débauche de drapeaux algériens et la tonalité nationaliste des slogans avec l'exclusion insistante de toute ingérence étrangère étaient adressées au seul interlocuteur encore à la mesure de la rue : l'Armée nationale populaire (ANP) qui, depuis l'indépendance en 1962, a toujours été le décideur politique du pays en dernier ressort. Elle seule dispose d'assez de force pour faire face à la marée humaine qui envahit les villes du pays chaque semaine. La police, trop faible et trop proche de ses compatriotes, peut à peine protéger les deux sites symboliques que sont le palais présidentiel à Mouradia et le gouvernement au Forum. »

Orient XXI (France), 17 mars 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 11 mars 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afrique du Sud
ÉlevéCyril RamaphosaPoste aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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