13 novembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

23 janvier 2019

Autoproclamation de Juan Guaido à la présidence par intérim du Venezuela

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Se fondant sur un article de la Constitution vénézuélienne, le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, s’autoproclame président intérimaire de la République le 23 janvier 2019. Ce geste est soutenu par plusieurs pays, mais il est dénoncé par le président Nicolas Maduro qui y voit une tentative de coup d’État appuyée par les États-Unis.

Nicolas Maduro succède au charismatique Hugo Chavez à la présidence du Venezuela lorsque ce dernier décède, en mars 2013. Un contexte social et économique difficile – chômage, inflation, criminalité, pénuries, exil de la population, etc. – mine sa popularité, menant à une victoire de la coalition d’opposition aux législatives de décembre 2015. À partir de juillet 2017, des pouvoirs sont cependant assumés par une Assemblée constituante favorable à Maduro. Celui-ci remporte la présidentielle du 20 mai 2018, mais sa victoire est fortement contestée et des pressions s’exercent à son endroit pour qu’il démissionne. Son assermentation, le 10 janvier 2019, marque le début d’une crise constitutionnelle. Évoquant l’article 233 de la Constitution, l’Assemblée nationale remet en question la légitimité de Maduro. Celui qui la préside, Juan Guaido, est également le meneur de l’opposition. Le 13 janvier, il est arrêté par les services de renseignement vénézuéliens, avant d’être rapidement relâché. Puis, le 23, il s’autoproclame président par intérim devant une foule imposante. Il s’engage à déclencher des élections et à mettre en place un plan en 8 points visant à la reconstruction nationale. Guaido, qui n’a que 35 ans, reçoit en peu de temps la reconnaissance des États-Unis. Nicolas Maduro réagit en dénonçant ce qu’il considère comme un complot de Washington pour renverser son régime. Le Venezuela possède, entre autres, d’énormes ressources pétrolières. Les membres du groupe de Lima, provenant d’Amérique du Nord et du Sud, se rangent également derrière Guaido, tout comme l’Union européenne qui réclame la tenue d’élections démocratiques. La Chine, la Russie, Cuba et d’autres pays sont pour leur part favorables à Maduro. Dans ce contexte instable, les observateurs s’intéressent particulièrement à la position que prendront les militaires, dont le rôle est très important au Venezuela.

Dans les médias...


Jean-Baptiste Mouttet, « Au Venezuela, l’inattendu Juan Guaido fait trembler Nicolas Maduro »

«...Le 10 janvier, date de l'investiture contestée de Nicolás Maduro pour un second mandat, l'opposition a lancé les « cabildos» dans tout le pays. Ces assemblées populaires, voulues comme des espaces de dialogue, ont permis de renouer le lien entre l'opposition et la population et de porter Juan Guaidó, aux discours parfois saccadés et hésitants, à sa déclaration du 23 janvier. « Il a alors renforcé son capital politique et pas seulement à Caracas, mais dans tout le pays » , assure le député de l'Assemblée nationale de l'État de Bolivar, Américo De Grazia, du parti La Causa R (gauche), pourtant peu connu pour être un soutien du président par intérim. Le 13 janvier, c'est le coup d'éclat involontaire. Le président de l'Assemblée nationale est arrêté une heure par le Sebin (Service national de renseignement bolivarien) alors qu'il sort en voiture de la capitale pour se rendre à un «cabildo », et fait le tour des réseaux sociaux et des chaînes de télévision. La répression apparaît au grand jour. Pour Américo De Grazia, l'incident a provoqué « une émotion positive ». Les Vénézuéliens opposés au madurisme y ont vu la naissance d'un meneur déterminé. »

Mediapart (France), 27 janvier 2019.

Marie Delcas, « À Caracas, le coup de force de l’opposition »

«...Sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, ce groupe de militaires a appelé la population à se soulever contre le gouvernement de Nicolas Maduro. La rébellion a rapidement été contrôlée et les militaires détenus. Mais l'opposition veut voir dans l'incident un signe avant-coureur de l'imminent retournement de l'armée. Quarante-huit heures avant la manifestation du 23 janvier, les éruptions sporadiques de mécontentement se sont aussi multipliées un peu partout dans le pays. Les protestataires se sont parfois violemment opposés aux forces de l'ordre. Selon le décompte de l'organisation de défense des droits de l'homme Provea, ces manifestations locales se seraient soldées par la mort de 14 personnes. « Ces incidents ont éclaté dans des quartiers très pauvres considérés depuis toujours comme des bastions du chavisme mais très durement touchés par la récession économique, explique le sociologue Inti Rodriguez, de Provea. Les mécanismes de contrôle social mis en place par le pouvoir, à savoir les distributions de nourriture et la présence de milices armées, se sont grippés. Le mécontentement n'est plus le fait des seules classes moyennes. » En 2017, l'Observatoire de conflictualité sociale, qui est un organisme privé, avait enregistré 9 787 manifestations sur l'ensemble du territoire. « Les secteurs populaires réclamaient jusqu'à présent une amélioration de leur condition de vie. Fait nouveau, ils demandent le départ du président », affirme M. Rodriguez. »

Le Monde (France), 25 janvier 2019, p. 2.

Gilles Biassette, « À Caracas, deux présidents face à face sous le regard de l’armée »

«...Avec un soutien évalué, selon les sondages, au mieux à 20 % dans l'opinion publique, confronté à une situation économique catastrophique - contraction du PIB de 45 % en cinq ans, hyperinflation de l'ordre de 10 000 000 % par an selon le FMI... - et à l'exode de plusieurs millions de Vénézuéliens (lire La Croix du 15 janvier 2019) , le régime ne tient que parce qu'il contrôle les institutions du pays (justice, pouvoir électoral, etc.), à l'exception d'une Assemblée nationale qu'il n'a pas tardé à dépouiller de son pouvoir en 2017. En fait, tous les regards se portent vers l'armée: jusqu'à quand généraux et colonels soutiendront-ils Nicolas Maduro? Depuis l'arrivée au pouvoir, en 1999, de Hugo Chavez, lui-même issu de ses rangs, l'armée constitue l'ossature du régime. Ces dernières années, le pouvoir lui a même confié de nombreuses responsabilités économiques. La stratégie de l'opposition est claire: il s'agit d'amplifier les fissures qui se sont manifestées ces derniers mois dans les casernes. Par ailleurs, des discussions sont en cours entre des responsables de l'armée et des capitales étrangères, à commencer par Washington, en vue d'éviter des affrontements sanglants et de trouver un chemin vers une transition pacifique. Sous la houlette de Juan Guaido, le Parlement a approuvé une promesse d' « amnistie » aux militaires qui refuseraient de reconnaître le nouveau mandat de Nicolas Maduro. »

La Croix (France), 25 janvier 2019, p. 9-10.

Our Foreign Staff, « Juan Guaido: the meteoric rise from back-bench obscurity to the self-declared interim presidency of Venezuela »

«...U.S. President Donald Trump promised to use the "full weight" of the U.S. economic and diplomatic power to push for the restoration of Venezuela's democracy. But for the frontal assault on Maduro's authority to succeed, Venezuelans fearful of taking to the streets again after past uprisings ended in violent crackdowns and bitter divisions must be prepared to risk it all again. On Wednesday, they responded to Guaido's call by gathering in the tens of thousands in Caracas waving flags and chanting "Get out Maduro!" in what was the largest demonstration since a wave of unrest that left more than 120 dead in 2017. While the protests were mostly peaceful there were no signs that security forces heeded Guaido's call to join the anti-Maduro movement and go light on demonstrators. His supporters say the constitution gives him the authority to declare himself interim presidency as head of the National Assembly. "The constitution gives me the legitimacy to carry out the charge of the presidency over the country to call elections," Guaido said last week. "But I need backing from the citizens to make it a reality." »

The Telegraph (Royaume-Uni), 24 janvier 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 23 janvier 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Venezuela
LimitéNicolas Maduro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



décembre
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


octobre
2018
Pauvreté et criminalité : le cocktail explosif de Caracas

octobre
2018
L'élection présidentielle au Venezuela : des résultats contestés

janvier
2018
Le leader de l'opposition Antonio Ledezma fuit le Venezuela

octobre
2017
Une Assemblée constituante sème l'inquiétude au Venezuela

novembre
2016
Impasse institutionnelle au Venezuela : suspension du référendum révocatoire

février
2016
L'économie du Venezuela: au fond du baril

octobre
2015
Une victoire progressive pour Leopoldo López au Venezuela

février
2015
Venezuela : après Chavez, la crise

novembre
2014
Le Venezuela de Nicolas Maduro: l'essoufflement d'une révolution

février
2014
Manifestations à Caracas : la ville divisée entre les rouges et les blancs


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019