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11 avril 2019

Renversement du président soudanais Omar el-Béchir

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Des protestations populaires combinées à une perte d’appui de l’armée mènent au renversement et à l’incarcération du président soudanais Omar el-Béchir. Cet événement marque la fin d’un règne autoritaire de près de 30 ans au cours duquel le pays a été secoué par la crise au Darfour ainsi que la sécession du Soudan du Sud, en 2011.

Le général de brigade Omar el-Béchir accède au pouvoir le 30 juin 1989, à la faveur d’un coup d’État dirigé par des militaires (la « révolution de juin »). Il dissout le gouvernement, élimine ses opposants et concentre les pouvoirs entre ses mains. Le président prône l’islamisme radical au Soudan qui devient même un lieu d’accueil pour des terroristes. Son règne autoritaire est marqué par des élections victorieuses en 2010 et 2015, mais sans véritable opposition, ainsi que par un conflit meurtrier et une crise humanitaire au Darfour, dans l’ouest, à partir de 2003. En 2009 et 2010, la Cour pénale internationale émet d’ailleurs des mandats d’arrêt contre el-Béchir pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. D’autre part, la sécession du Soudan du Sud, en 2011, prive Khartoum d’une part importante de ses revenus pétroliers. Cette pression entraîne l’adoption de politiques d’austérité. Une baisse de l’aide gouvernementale provoque en décembre 2018 le triplement du prix de pain et une hausse de 30 % du carburant. La contestation s’organise contre ces mesures, puis pour le départ du président après près de 30 ans au pouvoir. Des manifestations pacifiques sont réprimées, faisant des dizaines de morts. El-Béchir s’engage à ne plus être candidat à la fin de son mandat, en 2020, mais les manifestations s’intensifient en 2019. Le 11 avril, un Conseil militaire de transition (CMT) dirigé par le premier vice-président et ministre de la Défense, le général Ahmed Awad Ibn Auf, renverse et emprisonne le président, annonce un cessez-le-feu ainsi que la libération de prisonniers politiques. La Constitution est suspendue et des élections sont promises d’ici deux ans. Les protestataires craignent cependant l’emprise des militaires sur le pouvoir. Ils exigent publiquement une transition plus rapide aux civils, ce à quoi s’engage le lieutenant-général Abdel Fattah al-Burhan, placé à la tête du CMT le 12 avril.

Dans les médias...


S.A., « Soudan, une troisième révolution? »

«...Au-delà même de la forme que prendra la transition, de la place qu'y occupera l'armée, de l'avenir des multiples milices et services de sécurité sur lesquels le régime s'est appuyé, les défis sont nombreux pour ceux qui dirigeront cet immense territoire, plus de trois fois la surface de la France, avec une forte diversité régionale et ethnique. Comment remettre sur pied une économie qui a été pillée par la clique au pouvoir et ses soutiens ? Comment reconstruire un État inclusif face aux tentations sécessionnistes, dont l'indépendance du Sud a montré la folie ? Aux difficultés internes, s'ajoutent les crises régionales aux frontières et les multiples ingérences étrangères. L'Égypte, dont les relations avec Al-Bachir [el-Béchir]n'étaient pourtant pas très bonnes, s'inquiète de sa chute. Plus largement, toute la corne de l'Afrique est devenue un champ d'affrontement entre l'Arabie saoudite, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Qatar. Sans parler des répercussions du conflit libyen et, de l'autre côté de la mer Rouge, le Yémen. Les défis sont donc immenses et les tentatives d'un simple ravalement du régime ne sont pas à écarter. Mais il faut le rappeler, au Soudan la révolte est devenue un état d'esprit. »

Orient XXI (France), 11 avril 2019.

Chaabane Bensaci, « Ce que veulent les peuples »

«...Près de 30 ans après, ironie du sort, la chute de Omar el Béchir intervient à un moment névralgique aussi bien pour le Soudan lui-même que pour l'ensemble de la région nord-africaine confrontée à des crises apparemment similaires. Tandis que les manifestants mauritaniens, mobilisés à l'appel de l'opposition, exigent une « présidentielle transparente », il semble que la décantation souhaitée s'opère à Khartoum, même si les Soudanais refusent l'option strictement militaire et revendiquent la rétrocession de la légitimité au seul peuple, à charge pour lui de mandater des civils. Il n'empêche, les mouvements de contestation qui bouleversent la scène politique au Soudan et en Mauritanie semblent bien inspirés directement par ce qui se passe en Algérie depuis le 22 février dernier, avec comme temps fort la démission contrainte du président Abdelaziz Bouteflika, une exigence de «la Rue» validée et exécutée par l'Armée nationale populaire qui a fait siennes les revendications «légitimes» du peuple, mobilisé pendant un mois, dans des conditions qui ont «forcé l'admiration» au plan international. Devenue un exemple par son caractère inédit, cette mobilisation des villes algériennes aura, sans conteste, influé sur les échiquiers politiques des pays voisins où la grogne obéit à des motifs différents mais aussi à des objectifs identiques, à savoir une justice véritable et le respect effectif de la volonté populaire, unique source légitime de l'exercice du pouvoir à partir du choix manifesté dans les urnes. »

L’Expression (Algérie), 12 avril 2019.

Jules Crétois, « Au Soudan comme en Algérie, pourquoi craindre un scénario « à l’égyptienne »»

«...Des médias anglophone et arabophone ont vite souligné la possibilité d'un « scénario à l'égyptienne » au Soudan, dont l'histoire politique épouse largement celle qui s'écrit au Caire. Comme en Algérie et en Égypte, l'armée occupe - selon un mode qui lui est propre - une place prépondérante dans la vie politique. Dès le mois de mars, l'expression a aussi été beaucoup utilisée par des personnalités politiques, des intellectuels et des journalistes, pour analyser la situation en Algérie. Et pour cause : elle désigne tout simplement l'intervention politique du haut commandement militaire, qui, au beau milieu d'une révolution, s'arroge le droit d'organiser la transition, sur le modèle de ce qu'il s'est passé en Égypte en 2013. [...] Au Soudan comme en Algérie, l'annonce du départ du président, pourtant réclamé par la foule, n'augure aucunement un retour au calme. Les organisations de l'opposition appellent dans les deux cas à poursuivre le mouvement. Rien ne dit cependant que les situations dans les trois pays pourront se comparer au-delà, les différences entre les trois États et les trois armées étant nombreuses. Mais la séquence rappelle le poids, dans les mondes arabe et nord-africain, des forces militaires, que les diplomaties occidentales continuent de considérer d'ailleurs comme des interlocutrices de premier ordre. »

Jeune Afrique (France), 12 avril 2019.

Adrian Blomfield, « Jubilan Sudan faces threats from all sides »

«...Sudan's military hierarchy is deeply divided, between Islamists and secularists, between factions backed by Egypt, Saudi Arabia and the United Arab Emirates and those supported by Turkey and Qatar, and between regular and irregular units. Only Mr Bashir, who created these competing factions, could rein them in. With his departure, the fabric could break, easily and disastrously. "What we've had is a centralised patronage system, highly corrupt but also highly functional," said Alex de Waal, a regional analyst. "Cut out the top guy and you have an oligopoly. They could collude, as happened in Algeria, but they don't trust each other. They haven't figured out who is the most powerful [or] where the resources are or how many there are." The gravest threat comes from powerful paramilitary units, formed by the incorporation of often brutal militias used by Mr Bashir to put down armed rebellions. These units were accused of killing and torturing protesters during the present uprising. Should they be denied a share of power, a violent response is likely, analysts say. The new government has vowed to put those who had harmed protesters on trial. »

Sunday Telegraph (Royaume-Uni), 14 avril 2019, p. 16.

Gouvernance et gouvernement [ 11 avril 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Soudan
FaibleAhmed Awad Ibn Auf Moutaz Moussa Abdallah

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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