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8 mai 2019

Élection d’un gouvernement du Congrès national africain en Afrique du Sud

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Malgré un recul par rapport aux législatives de 2014, le Congrès national africain (CNA), que dirige le président Cyril Ramaphosa, conserve la majorité avec 230 élus sur les 400 du Parlement sud-africain. Il s’agit néanmoins d’un plancher historique pour le CNA qui domine la politique nationale depuis la fin de l’apartheid, au début des années 1990.

La démission du président Jacob Zuma, le 14 février 2018, a été suivie le lendemain par l’accession à la présidence de Cyril Ramaphosa. Cet ancien militant anti-apartheid et ex-leader syndical est alors un homme d’affaires multi-millionnaire. Il hérite d’une économie défaillante, dont un taux de chômage de 28 %, et d’inégalités sociales persistantes, notamment sur le plan racial. Il prend la tête d’un gouvernement sur lequel plane des scandales de corruption, comme celui de la société d’État Eskom, responsable de la production et de la distribution d’électricité, qui est également dénoncée pour son endettement et son service déplorable. L’insatisfaction à l’endroit du CNA s’était manifestée lors des municipales d’août 2016. L’Alliance démocratique (AD) de Mmusi Maimane, premier Noir à diriger ce parti centriste, avait alors récolté 26,9 % des votes, un sommet. Ramaphosa réagit en promettant des réformes, dont d’exproprier des terres sans compensation afin d’en faire une meilleure distribution auprès de la population noire. Lors du scrutin du 8 mai 2019, le CNA domine avec 57,5 % des voix et 230 sièges sur 400, mais il recule de 4,7 % par rapport à 2014. L’AD ne profite pas de cette situation. Elle remporte la majorité dans une des neuf provinces, celle du Cap-occidental, mais n’obtient que 84 sièges, 5 de moins qu’en 2014. Les gains se font, entre autres, du côté des Combattants pour la liberté économique (10,8 %, 44 sièges), un groupe d’extrême-gauche favorable aux étatisations et à la gratuité dans les soins de santé de première nécessité. Ramaphosa s’engage à redresser l’économie et à lutter contre la corruption, mais plusieurs observateurs doutent de sa capacité à faire passer ses réformes, son emprise sur le CNA étant moins ferme que celle de Zuma. Le peu d’intérêt des Sud-Africains pour cette campagne s’exprime par un taux de participation de 66 %, soit 7,5 % de moins qu’en 2014.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


A Kappes-Grange, « Pour Cyril Ramaphosa, le plus dur reste à faire »

«...Cyril Ramaphosa doit-il y voir une sanction personnelle ou fait-il simplement les frais des dérives du parti antiapartheid, le Congrès national africain (ANC) ? Chahuté mais toujours debout, le parti qu’il dirige depuis décembre 2017 a pour la première fois vacillé, réalisant lors des élections générales du 8 mai le pire score de son histoire. [...] Élu face à Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de l’ANC avec une très faible avance il y a un an et demi, Cyril Ramaphosa jouait, le 8 mai, une partie de sa crédibilité. Longtemps hostile à toute forme de remise en question, l’ANC a trouvé en cet ancien protégé de Mandela un homme prêt à admettre « les erreurs » du passé mais fragilisé par l’accumulation des scandales de corruption visant l’administration précédente. Au sein du parti, il est bien obligé de composer avec les partisans de l’ancien président Jacob Zuma (2009-2018), mais ceux-ci continuent de lui mener la vie dure. Le secrétaire général de l’ANC, Ace Magashule, fervent partisan de ce dernier, est même soupçonné d’être à la tête d’un « clan », qui serait à la manœuvre pour écourter le mandat de Ramaphosa. La tâche du chef de l’État s’annonce donc compliquée. Ramaphosa ne pourra pas se contenter de s’être assuré la majorité au Parlement. Il va devoir donner des gages concrets pour montrer qu’il n’est pas simplement la créature d’un système qu’il dit vouloir réformer. »

Jeune Afrique (France), 12 mai 2019, p. 12.

Jean-Philippe Rémy, « Afrique du Sud : la victoire ambiguë de Ramaphosa »

«...À cela s'ajoutent des caractéristiques qui menacent l'ANC à court terme. La pyramide des âges n'est pas respectée dans les listes électorales : sa base est restreinte et son ventre hypertrophié car parmi les 9 millions d'électeurs potentiels qui ne sont pas inscrits se trouvent six millions de jeunes de moins de 30 ans. En d'autres termes, l'électorat loyal de l'ANC ne se renouvelle pas suffisamment. Les premiers résultats apportent d'autres enseignements cruels : l'Alliance démocratique (DA), principale formation d'opposition, s'est heurtée à une forme de plafond (avec 22 % des suffrages, selon les estimations, à peu près au même niveau que lors du scrutin de 2014). Les résultats définitifs pourront varier un peu. Mais le parti de Mmusi Maimane espérait plus. « Je suis relativement satisfait », a reconnu ce dernier, lors d'une conférence de presse. Il enregistre, au mieux, un succès de confort, mais commence à faire l'expérience de ce que pronostiquait l'analyste Ebrahim Fakir, directeur des programmes du centre d'analyse politique sud-africain ASRI : à force de vouloir attirer l'électorat noir pour transformer son image (fondée) de parti de Blancs de centre droit, la DA s'exposait au risque de faire fuir une partie de son électorat blanc. »

Le Monde (France), 11 mai 2019, p. 3.

Patricia Huon, « Cyril Ramaphosa, un caméléon pour rebâtir la nation arc-en-ciel »

«...Amateur de golf, de single malts et de bétail de race, marié à la soeur du premier milliardaire noir sud-africain, Patrice Motsepe, Cyril Ramaphosa est un pur produit du Black Economic Empowerment (BEE), le système de discrimination positive mis en place afin de réparer les inégalités héritées de l'apartheid, qui a surtout profité à une élite noire proche du pouvoir. Il n'a cependant jamais été impliqué dans le scandale de «capture de l'Etat» qui a entaché l'administration de Jacob Zuma, et cultive son personnage de «Monsieur propre», capable de faire le grand ménage. Depuis son entrée en fonction, le Président a limogé un certain nombre de ministres, remplacé des dirigeants d'entreprises publiques mal gérées et obtenu des engagements pour de nouveaux investissements. Mais il reste prudent, afin d'éviter l'implosion d'un parti déjà profondément divisé. Plusieurs alliés de Jacob Zuma, qui ont trempé dans des affaires de corruption, continuent d'occuper des postes à responsabilités. Dans ce contexte, Cyril Ramaphosa peut-il tenir ses promesses ? «Le Président a très certainement de bonnes intentions, dit l'analyste politique Ebrahim Fakir. Mais la pourriture est tellement ancrée, à tous les niveaux, jusque dans les municipalités, qu'il est impossible de faire place nette rapidement.» Le chef de l'Etat a aussi du mal à relancer une économie mal en point, à réduire le chômage endémique qui touche plus d'un quart de la population et les profondes inégalités qui minent la société. »

Libération (France), 8 mai 2019, p. 6.

Sylvie Saint-Jacques, « Les défis de l’Afrique du Sud »

«...En 2019, la jeune génération des " Born Frees ", qui n'a connu ni l'apartheid ni la lutte de Mandela et de ses camarades de l'ANC, est quant à elle prétendument apolitique, et néanmoins investie d'une conscience écologique et habitée par les défis d'une appartenance à un " monde mondialisé ". Bref, les raisons d'aller voter (ou pas) aux sixièmes élections post-apartheid ne sont plus les mêmes qu'en 1994, alors que grimpe chez les électeurs une certaine apathie, après les années Zuma qui ont pris fin en février 2018 et avec la nomination de Cyril Ramaphosa à la présidence intérimaire. " Le paysage politique a changé, avec l'affiliation raciale des partis politiques qui n'est plus aussi tranchée qu'autrefois. La Democratic Alliance (jadis parti des Blancs) a aujourd'hui un leader noir. En revanche, l'ANC trouve un appui chez plusieurs électeurs blancs. Pendant ce temps, une cohorte exponentielle d'électeurs nés après 1994 s'identifie davantage au programme de l'Economic Freedom Fighter de Julius Malema qui, à 38 ans, rejoint davantage leurs préoccupations ", observe Jason Musyoka, chercheur en économie du développement à l'Université de Pretoria. »

Le Devoir (Québec, Canada), 10 mai 2019, p. A1-A2.

Jason Burke, « South Africa election : ANC hails Ramaphosa for staving off defeat »

«...The ruling party still benefits from the legacy of Nelson Mandela, and its central role in the struggle against apartheid, as well as deep support in rural areas. “I voted for the ANC because I have done this all my life, and because they have done good things where I am from,” said Johnson Dlamini, a 35-year-old mechanic in Johannesburg. But the achievements of the 1980s and 1990s resonate less with younger voters, and internal factional fighting has alienated many. Ramaphosa will face pressure for more radical measures to redistribute wealth within South Africa, one of the world’s most unequal countries. A big issue has been the implementation of a 2017 ANC pledge to redistribute prime agricultural land, currently disproportionately owned by white people, who make up fewer than 10% of the population. Ramaphosa has vowed to accelerate the redistribution of land to the black majority, endorsing an opposition bill to amend the constitution to make expropriation without compensation easier. At a campaign event last week in Johannesburg, the president said there would be a step change in the pace of reform and the economy was ready for liftoff. But the ANC’s list of parliamentary candidates contains many hardliners who are opposed to Ramaphosa’s reformist agenda and could frustrate his initiatives in parliament. »

The Guardian (Royaume-Uni), 10 mai 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 8 mai 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afrique du Sud
ÉlevéCyril RamaphosaPoste aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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