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30 juin 1989

Coup d’État portant Omar el-Béchir au pouvoir au Soudan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

L’impuissance du gouvernement face aux problème économiques et à la guerre civile qui minent le Soudan incite des militaires, dirigés par le brigadier Omar el-Béchir, à organiser un coup d’État le 30 juin 1989. Il réussit sans résistance, ce qui mène à la création d’un Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national (CCRSN) dans lequel seront concentrés tous les pouvoirs.

La tenue d’élections multipartites, en avril 1986, marque une étape dans l’évolution démocratique de la vie politique soudanaise. Une certaine instabilité règne cependant, alors que le premier ministre Sadeq el-Mahdi dirige un gouvernement de coalition divisé sur plusieurs questions. L’une d’elles est la guerre civile qui, depuis 1983, oppose les troupes gouvernementales à l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS). Dirigée par John Garang, celle-ci exprime la volonté d’une plus grande autonomie face au pouvoir central, notamment dans le sud où l’on retrouve une majorité noire, chrétienne et animiste, alors que la population du nord est plutôt arabe. De plus, l’économie du Soudan est en mauvais état. La famine et la guerre font des centaines de milliers de morts et de déplacés. En décembre 1988, une hausse des prix accentue les tensions, entraînant des émeutes dans la capitale, Khartoum. Redoutant un coup d’État visant à ramener l’ex-président Gaafar Nimeiry au pouvoir, le premier ministre Sadeq al-Mahdi fait arrêter des militaires et des civils le 18 juin 1989. Le 29 du même mois, le brigadier Omar el-Béchir, 45 ans, fomente un coup d’État avec un groupe de militaires. Il réussit sans rencontrer de véritable résistance. El-Béchir parle d’une révolution nationale qui n’est « ni à gauche ni à droite » et dont Nimeiry, en exil en Égypte, est exclus. Le coup, qui a l’appui du Front national islamique, est suivi par la suspension de la Constitution, la dissolution du Parlement et de toute opposition. Les pouvoirs sont concentrés dans un CCRSN de transition formé d’une dizaine de militaires, mettant fin au virage démocratique entrepris quelques années auparavant. Des purges seront effectuées au sein de l’armée et de l’appareil gouvernemental alors qu’el-Béchir, qui ramène la loi islamique, s’imposera comme l’homme fort d’un régime autoritaire, une situation qui perdurera jusqu’à son départ en avril 2019.

Dans les médias...


Francis Kpatindé, « Soudan : les militaires mettent fin à l’expérience agitée de Sadek El-Mahdi »

«...En prenant le pouvoir, vendredi 30 juin, il s’est octroyé [el-Béchir], outre ses habits neufs de chef de l’État, les portefeuilles de premier ministre, de ministre de la Défense, de chef d’état-major des armées. Et, en l’espace de vingt-quatre heures, de général de brigade qu’il était, il est passé sans transition au grade supérieur de général de division. Ses compagnons et lui-même ont justifié leur retour aux affaires par l’incapacité des politiques à redresser une économie exsangue, par l’isolement international croissant du Soudan, conséquence d’une diplomatie erratique faite d’improvisations, sans oublier la guerre civile et les succès militaires de Garang, dont l’influence dépasse désormais les trois provinces traditionnelles du Sud. Des arguments qui ne manquent sans doute pas de poids. En effet, si l’on en croit un diplomate en poste à Paris, les Soudanais en avaient « marre des petites querelles politiciennes ». Devant la déconfiture politique, économique et militaire, certains en étaient arrivé à regretter le dictateur Nimeiri, pourtant connu pour ses méthodes expéditives...Un comble! Premier cheval de bataille des nouveaux maîtres de Khartoum : la situation économique. Elle n’est guère reluisante…»

Jeune Afrique (France), 12 juillet 1989, p. 15.

Yves Heller, « Coup d’État militaire au Soudan »

«...En butte au mécontentement croissant de la population devant les difficultés économiques et la poursuite de la guerre dans le Sud, parallèlement à la grogne des militaires, M. Mahdi avait dû former, en mars dernier, un gouvernement de coalition sans les islamistes (hostiles à un accord avec l'APLS, et que M. Mahdi avait fait entrer au gouvernement en mai 1988), après une longue crise politique. Celle-ci avait éclaté fin décembre, après que de violentes émeutes contre la vie chère aient eu lieu à Khartoum. Ces émeutes avaient été motivées par de brutales hausses de prix décidées par le gouvernement. La police avait, notamment, tiré sur les manifestants. Crise économique et absence de progrès dans les pourparlers de paix avec le colonel Garang - pourtant accueillis par de larges secteurs de la population comme un " don du ciel " - avaient contribué à diviser encore plus le pays et y installer, depuis plusieurs mois, un climat de très vive tension. En paraissant se soumettre, l'hiver dernier, à l'ultimatum de l'armée, M. Mahdi, qui n'a cessé de louvoyer sans régler les nombreux problèmes qui se posent au Soudan, n'a fait que retarder l'échéance. »

Le Monde (France), 1er juillet 1989, p. 32.

S.A., « An Early Morning Coup »

«...calmly and apparently bloodlessly, the three-year-old civilian government of Prime Minister Sadiq el Mahdi was toppled late last week. Although the timing was unexpected, the coup came as no surprise. The armed forces had demonstrated unusual restraint during the Prime Minister’s ineffectual reign, which neither advanced a political settlement in the savage six-year-old civil war nor dealt with the country’s vicious poverty and famine. [...] the coup was preceded by weeks of rumors in Cairo that the exiled Nimeiri would soon stage a comeback, but his desire to return to power seems unrelated to last week’s revolt. It was apparently a homegrown plot led by impatient brigadier generals, not the senior command. The political direction of the new regime is uncertain, but the draconian nature of its decrees indicates that the new leadership means business. Its first orders : the dissolution of parliament and political parties, a ban on political opposition, the disbanding of labor unions and the cancellation of newspaper licenses. »

Time (États-Unis), 10 juillet 1989, p. 33.

Gouvernance et gouvernement [ 30 juin 1989 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Soudan
FaibleUmar al-Hasan Omar el-BechirSadiq al-Mahdi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1984 - 1994



avril
1985
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juin
1989
Coup d’État portant Omar el-Béchir au pouvoir au Soudan


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