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24 mai 2019

Annonce de la démission de la première ministre britannique Theresa May au Royaume-Uni

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Theresa May

Après que les propositions de son gouvernement afin de dénouer l’impasse du Brexit eurent échoué, la première ministre britannique Theresa May annonce le 24 mai 2019 qu’elle quittera ses fonctions dès que son successeur à la tête du Parti conservateur (PC) sera déterminé. Elle avait accédé au poste de première ministre en juillet 2016.

Élue pour la première fois à la Chambre des communes en 1997, Theresa May occupe notamment le poste de secrétaire d’État dans le gouvernement de David Cameron de 2010 à 2016. Elle succède à ce dernier lorsqu’il démissionne en juillet 2016, dans les semaines suivant le référendum gagné par les partisans d’un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit). Voulant avoir un mandat fort pour défendre ce dossier, elle déclenche des élections précipitées en juin 2017. Le PC progresse aux voix, mais perd des sièges, l’obligeant à compter sur le Parti démocratique unioniste pour avoir la majorité. Le mandat qui s’amorce est jonché de problèmes pour May. Le principal est le règlement du Brexit, le pays étant divisé entre ceux qui s’y opposent, et souhaiteraient le tenue d’un autre référendum, et ceux qui veulent que le gouvernement quitte sans compromis ou négocie de façon plus ferme avec l’Union européenne (UE). Loin d’apaiser la grogne, un livre blanc sur le sujet, paru en juillet 2018, provoque une vague sans précédent de démissions chez les députés conservateurs. Même des membres du cabinet, comme le secrétaire d’État aux Affaires étrangères et au Commonwealth, Boris Johnson, claquent la porte. La première ministre revient devant le Parlement avec d’autres propositions sur le Brexit, mais elle ne peut obtenir la majorité. Elle survit à des votes de non-confiance au sein de son parti (décembre 2018) et du Parlement (janvier 2019), avant de démissionner le 24 mai 2019. Ce départ deviendra effectif lorsque le PC aura désigné un nouveau chef. Plusieurs candidats se manifestent pour ce poste. La majorité se dit favorable à un départ de l’UE avec ou sans entente négociée avant la date butoir du 31 octobre 2019. Le Brexit a d’ailleurs le vent en poupe lors des élections européennes de mai 2019, un parti centré sur cette option arrivant en tête avec 30,5 % des voix, contre seulement 8,8 % pour le PC qui arrive cinquième.

Dans les médias...


Éric Albert, « Theresa May paie le prix de la solitude »

«...Theresa May la prudente a fait un pari fou dans sa vie, qu'elle regrettera à jamais: dissoudre la Chambre des communes au printemps 2017, attirée par les sondages qui lui annonçaient une super-majorité. Sa campagne catastrophique, quand elle s'est révélée incapable de la moindre improvisation, l'a menée dans le mur. Elle a perdu sa majorité absolue, survivant grâce à dix députés unionistes nord-irlandais extrémistes. « Theresa May est morte-vivante », attaquait dès le lendemain du scrutin George Osborne, ancien ministre conservateur des Finances et son ennemi juré. Les deux ans qui ont suivi ont effectivement ressemblé à celui d'un gouvernement de zombies, s'écharpant inlassablement. Pas moins de 35 ministres ont démissionné, un record pour un premier ministre britannique sur une période si courte. Insensible à ces turpitudes, Theresa May a pourtant continué ses négociations avec l'Union Européenne. Son accord, arraché en octobre 2018 après quelques difficiles bras de fer à Bruxelles, n'était pas si mauvais. Il permettait au Royaume-Uni de contrôler son immigration tout en limitant les dommages économiques. Mais c'était trop tard. »

Le Temps (Suisse), 25 mai 2019, p. 4.

Sonia Delesalle-Stolper, « Exit sans accord pour Theresa May »

«...Pour le moment, Boris Johnson est le favori parce qu'il est le seul dont le charisme semble capable de contrer Nigel Farage et la poussée de son Brexit Party, mais historiquement, le favori n'est jamais sorti gagnant de la course. [...] Le nouveau Premier ministre devra affronter exactement la même question existentielle qui a causé la perte de May : comment concrétiser le Brexit ? L'Union européenne a d'ores et déjà indiqué que l'accord conclu en novembre n'est pas ouvert à la renégociation. La prochaine date butoir pour le Brexit est toujours fixée au 31 octobre. Difficile d'envisager un nouveau Premier ministre qui ne soit pas un brexiter dur, capable de promettre de quitter l'UE sans accord. Or le Parlement reste opposé à cette option. Si le successeur de Theresa May venait à pousser dans ce sens, il ferait face à un vote de confiance du Parlement avec le risque, à la clé, d'élections générales anticipées dont rien ne dit, au vu des sondages actuels, qu'elles produiraient une majorité pour qui que ce soit. Le casse-tête est loin d'être résolu. »

Libération (France), 25 mai 2019, p. 14.

Philippe Bernard, « La lente descente de Theresa May dans l’enfer du Brexit »

«...en trois années de pouvoir, la dirigeante s'est révélée être non seulement aveugle face à la réalité, mais bornée, incapable d'écouter, dénuée de la moindre conviction à propos de l'UE et agissant sans cesse à contretemps. Comme si la ténacité masquait l'étroitesse de vue, comme si le sens du devoir cachait de la vanité, et la résilience un entêtement solitaire. Le résultat est là, désastreux, d'abord pour le Royaume-Uni, mais aussi pour tout le continent : la fracture ouverte par le référendum sur le Brexit s'est infectée, libérant de forts relents nationalistes et xénophobes. L'incapacité à mettre en oeuvre le divorce avec l'UE nourrit le dégoût de la politique, le mépris des politiciens et le retour de l'extrême droite. L'incertitude sur le maintien d'un espace sans frontières avec les vingt-sept Etats de l'UE pèse sur les investissements et le moral des ménages, et menace l'emploi. Le système politique, lui, est sous tension tant s'est aggravée la contradiction entre la souveraineté populaire - le référendum - et la séculaire démocratie parlementaire britannique. Quant à l'antique tradition bipartisane, liée à l'élection des députés à un seul tour de scrutin, elle est en passe d'imploser car le Brexit a sapé la confiance tant dans les tories que dans le Labour. »

Le Monde (France), 25 mai 2019.

François Brousseau, « Pour Theresa May »

«...Avec une obstination de lemming, elle a cherché de façon obsessionnelle à accomplir ce qui est vite devenu « mission impossible » : traduire dans les faits les résultats du 23 juin 2016. Depuis les premiers jours de cet été-là, les médias britanniques ont été à son endroit d'une cruauté jamais démentie. Ils ont jubilé alors que le décor s'effondrait littéralement derrière elle (à un congrès du parti en octobre 2017). Ils se sont amusés de sa voix éteinte et de ses quintes de toux, pour en tirer de brillants jeux de mots (« Theresa May reste sans voix »)... Pendant son malheureux mandat, la politique est devenue une entreprise systématique d'autodestruction. On a vu la disparition de toute majorité sur quelque projet que ce soit, les votes successifs au Parlement aboutissant chaque fois à des refus. Affrontant les crachats et les quolibets venant de tous bords (y compris de son propre parti), devant ceux qui dénonçaient sa version du Brexit comme trop radicale (hors de l'union douanière) ou au contraire comme « esclave de Bruxelles » (la « clause Irlande » ; l'acceptation du paiement de plusieurs dizaines de milliards à Bruxelles...), elle a maintenu le cap jusqu'au naufrage. Un naufrage qu'elle a pourtant failli éviter. »

Le Devoir (Québec, Canada), 27 mai 2019, p. B1.

Camilla Tominey, « How the ‘New Iron Lady’ crumbled in the face of election disaster and Brexit failure »

«...It started with an uncompromising speech and ended with a speech calling for compromise. No one could have predicted Theresa May's spectacular fall from grace when she delivered her landmark Lancaster House speech in January 2017. Six months into her term in office and before her disastrous decision to call a snap general election, the Prime Minister appeared at the top of her game after winning the leadership with the simple pitch: "I'm Theresa May and I think I'm the best person to lead this country." Dressed in her lucky Black Watch tartan Vivienne Westwood suit, she vowed that Britain would not be "stuck forever in some kind of permanent political purgatory". Yet despite her noble aim of solving some of the "burning injustices" faced by the "just-about-managings", the referendum result placed Mrs May and her domestic policies in political limbo, while exposing her weaknesses as an indecisive leader seemingly unable to read the mood both inside and outside her party. »

The Daily Telegraph (Royaume-Uni), 25 mai 2019, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 24 mai 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IITheresa May

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



septembre
2014
Tenue d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse

mai
2015
Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

mai
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
Tenue d'un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l'Union européenne


Dans l'actualité


septembre
2019
Johnson prend l'ascendant dans la course au 10 Downing Street

février
2019
Le Brexit fera t-il tomber Theresa May?

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Baisse du taux de chômage au Royaume-Uni : une bonne nouvelle?

janvier
2019
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octobre
2018
Après le Brexit, l'Afrique est dans la mire des Britanniques

mars
2018
Il y a 40 ans : Amnistie internationale décrochait le prix Nobel de la paix

novembre
2017
D'Hollywood à Westminster : l'internationalisation d'un mouvement

octobre
2017
Brexit : dur divorce au sein de l'Europe

octobre
2017
Des élections crève-cœur pour le Parti national écossais

mars
2017
Martin McGuinness provoque un bouleversement politique en Irlande du Nord


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