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7 juillet 2019

Élection en Grèce du parti Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après les quatre années au pouvoir de Syriza, une formation de gauche dirigée par Alexis Tsipras, la droite forme de nouveau le gouvernement en Grèce grâce à la victoire décisive de Nouvelle démocratie (ND) aux élections du 7 juillet 2019. Avec 158 sièges, celle-ci obtient une majorité à la Vouli, le Parlement monocaméral du pays qui compte 300 élus.

L’arrivée au pouvoir de Syriza et d’Alexis Tsipras, en janvier 2015, s’accompagne d’attentes importantes de la population grecque. Celle-ci est ébranlée par la crise de la dette et les mesures d’austérité que veulent lui imposer les partenaires européens. Malgré son engagement à résister aux plans d’austérité, le nouveau gouvernement acceptera éventuellement des compromis, ce qui irritera une partie de sa base. Dès la fin de 2015, ND, le parti de droite qui dirigeait la Grèce pendant la crise, prend la tête dans les sondages. Le recul de Syriza se poursuit en 2018 avec des défaites aux élections locales et européennes, remportées par ND. Après le dévoilement des résultats du scrutin au Parlement européen, le 26 mai, Tsipras annonce qu’il avancera la date des élections législatives grecques qui doivent avoir lieu en octobre. La stratégie ne porte pas fruits puisque, le 7 juillet, ND obtient 38,85 % des voix et 158 sièges, soit la majorité. Syriza termine deuxième (31,5 %, 86 députés). Le Mouvement pour le changement (KINAL), fondé en mai 2018 comme une coalition de partis de gauche, dont le Pasok, arrive ensuite avec 8,1 % des votes et 22 sièges. Parmi les autres résultats notables, l’Aube Dorée, un parti d’extrême droite qui avait récolté 7 % des votes et 15 sièges en 2015, chute à 2,9 % avec aucun élu. À sa première participation, un autre parti de gauche, le Front de désobéissance réaliste européenne de l’ex-ministre des Finances Vanis Varoufakis, obtient 3,4 % des voix et 9 sièges. Le nouveau premier ministre sera Kyriakos Mitsotakis. Familier du monde des affaires et de la finance, ce fils de l’ex-premier ministre Konstantinos Mitsotakis (1990-1993) promet de stimuler les investissements et de relancer l’économie. D’autre part, il s’oppose à l’accord de Prespa, faisant de la Macédoine la République de Macédoine du Nord, ainsi qu’aux politiques d’accueil en vigueur à l’endroit des exilés.

Dans les médias...


Richard Werly, « En Grèce, l’alternance ne doit pas être aveugle »

«...L'alternance ne peut pas être en soi la solution dans une Grèce où toute une partie de la population, et en particulier les retraités modestes et la jeunesse contrainte de s'exiler, demeure fragilisée. Ce changement de majorité, sous la bannière du leader de la droite, Kyriakos Mitsotakis, doit au contraire tirer les leçons de la longue crise dont Athènes n'est toujours pas sortie. Le clientélisme dans la fonction publique, habituelle pratique des partis politiques, ne peut pas continuer. L'omniprésence de quelques grandes familles à la tête du pays, dont celle du futur chef du gouvernement, n'est plus acceptable. Le poids énorme de la dette publique, que les créanciers européens n'ont pas voulu amputer de façon drastique, doit être rappelé pour signifier qu'une saine gestion des finances publiques demeure indispensable. La conduite du pays par Syriza mérite aussi un examen nuancé. Alexis Tsipras n'a pas manqué de courage. Sa volonté de limiter les dégâts sociaux des réformes fut peut-être insuffisante pour son électorat, mais une relative paix sociale est revenue et le volontarisme dont son gouvernement a fait preuve sur la reconnaissance de la Macédoine du Nord (l'ex-République yougoslave de Macédoine) mérite d'être salué. La Grèce dont hérite Nouvelle Démocratie est toujours convalescente. Préserver sa stabilité et l'aider à conforter sa place dans l'UE, à la porte d'une Turquie autocratique et d'un Proche-Orient tourmenté, doivent être les priorités. »

Le Temps (Suisse), 8 juillet 2019, p. 1.

Fabien Perrier, « C’était le dimanche de Kyriakos »

«...Du côté de ND, Kyriakos Mitsotakis a effectivement remporté une victoire. « Un cercle douloureux se referme aujourd’hui » a-t-il déclaré tout en promettant de « relever » la Grèce. Alors que son parti ne recueillait que 28 % des voix aux législatives de 2015, il lui permet de récolter des scores dignes de son histoire. Pour autant, les électeurs n’ont pas accordé un blanc-seing à ce parti. Le parti néonazi AD, qui avait capté une part du vote de protestation en 2015, semble éliminé de cette législature. Quant au parti d’extrême droite Solution grecque, il obtient un score moindre que celui d’AD. Ainsi, une part de l’électorat de ND est issue des rangs de ces partis qui avaient dépassé les 4 % aux élections européennes. Kyriakos Mitsotakis doit donc compter sur cet électorat et sur le courant qui les incarne dans ND. Avec Makis Voridis et Adonis Georgiadis, ce courant se renforce… et exigera fort probablement des postes importants, tant dans le gouvernement que dans le parti. Adonis Georgiadis a d’ailleurs déclaré, à peine les résultats connus : « Celui qui jette un molotov ira en prison. » En outre, sur la question des migrations, la politique se durcira, notamment dans les îles où ND a déjà indiqué vouloir effectuer des renvois vers la Turquie. Enfin, la question économique va se poser de façon accrue. »

Le Soir (Belgique), 8 juillet 2019, p. 11.

Amélie Poinssot, « Syriza : après le désenchantement, la chute »

«...Il y a une forme d'injustice à voir la droite l'emporter aujourd'hui, elle qui est, à l'inverse de Syriza, parfaitement responsable du désastre économique et financier dans lequel le pays s'est enfoncé jusqu'à l'éclatement de la crise au grand jour. Mais Alexis Tsipras aurait pu, aussi, gouverner autrement. Plutôt que de multiplier les gestes à l'égard des catégories les plus défavorisées à l'approche des échéances électorales (européennes, municipales et régionales se tenaient toutes trois le 26 mai dernier) et de défendre un discours simpliste d'opposition à l'extrême droite (discours que ses troupes répètent inlassablement depuis cet hiver), il aurait pu travailler davantage en profondeur sur un modèle alternatif et durable de développement pour le pays, intégrer les classes moyennes dans ses dispositifs, et faire vivre la dimension populaire du mouvement Syriza. Homme de pouvoir, de discours et de meetings, Tsipras s'est installé confortablement dans son habileté rhétorique et dans un jeu d'affrontement partisan. Manque d'audace ou manque d'idées, il a fini par en oublier sa base. »

Médiapart (France), 8 juillet 2019.

S.A., « Claque pour Alexis Tsipras aux législatives en Grèce »

«...Surgissant dans une Grèce en plein chaos, terrassée par la crise de la dette et la cure d'austérité imposée par ses créanciers, UE et FMI, le jeune leader de gauche radicale Alexis Tsipras avait créé l'espoir, en janvier 2015, chez un peuple abasourdi par les faillites et les plans sociaux. Mais il a ensuite fait volte-face, forcé d'accepter un plan de sauvetage assorti de mesures sévères pour empêcher la sortie de la zone euro, ce que les électeurs ne lui ont pas pardonné. Pari perdu. Sonné par un échec cinglant aux élections européennes et locales, fin mai et début juin, Alexis Tsipras, dont le mandat s'achevait théoriquement en octobre, a tenté un coup de poker risqué en convoquant lui-même ces élections anticipées au début de l'été, espérant inverser la vague de mécontentement. Mais Alexis Tsipras, habitué à remettre en jeu sa majorité, aurait visiblement cette fois perdu son pari. Nikos Xydakis, ex-député du Syriza et ancien ministre de la Culture, a confié à l'AFP : « Nous avons appliqué une politique des finances impopulaire et pro-bancaire, une recette qui conduit à l'usure. » Il a reconnu que son parti avait fait « trop de promesses » : « Nous avons cultivé ces promesses et les électeurs les ont aussi cultivées de leur côté et au lieu d'une confrontation, Syriza est entré en collision. » »

L’Obs (France), 7 juillet 2019.

Matthew Lynn, « Trapped in the euro, debt-ridden Greece will sputter along until it gets up and leaves »

«...Sure, the new government is a lot better than the populist, left-wing firebrands it will replace. And Greece is starting to recover from the longest and deepest recession since records began. Yet demand is still being sucked out of its economy by a dysfunctional monetary system, it is being punished by an over-valued euro and it is crippled by towering debts. The best it can hope for is to become the new Italy – and that isn’t really any kind of fix at all. After a landslide victory, Greece’s Kyriakos Mitsotakis, leader of the centre-Right New Democracy party, will start forming his government this week. A one-time McKinsey consultant and son of a former prime minister, he has far more convincing credentials than Alexis Tsipras, the radical Syriza leader swept into power during the worst of the debt crisis. Tsipras was elected to fight against the austerity imposed by the European Union and the IMF, but after a bruising confrontation with Brussels ended up meekly accepting it and imposing budget cuts and tax increases to satisfy his creditors. He will be little missed. The election of Mitsotakis will be taken as a sign that Greece is finally getting back to normal. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 8 juillet 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 7 juillet 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Grèce
ÉlevéProkópis PavlópoulosAlexis Tsipras

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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juillet
2015
Tenue d'un référendum sur un plan d'aide financière européenne à la Grèce

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2015
Tenue d'élections législatives en Grèce

septembre
2015
[Résultats] Élections législatives


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