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26 janvier 1991

Renversement du président soudanais Siad Barre

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Siad Barre

Après 22 années de règne, le président somalien Siad Barre est renversé par une coalition de forces d’opposition dénonçant la répression et la corruption observées sous son règne ainsi que son favoritisme à l’endroit de l’ethnie marehan. Barre tentera en vain de reprendre le pouvoir dans une Somalie instable et déchirée par une guerre civile.

L’assassinat du président somalien Abdirashid Ali Shermarke par un de ses gardes du corps, le 15 octobre 1969, est rapidement suivi par la prise du pouvoir par un Conseil révolutionnaire suprême dirigé par le major général Siad Barre. Les partis politiques sont dissous et la Constitution abolie, alors que Barre tente d’imposer un socialisme scientifique en s’alignant sur l’Union soviétique. Plusieurs réformes progressistes sont adoptées en éducation et en santé, des travaux publics sont mis de l’avant ainsi que des nationalisations. Toutefois, le conflit opposant la Somalie à son voisin éthiopien dans la région de l’Ogaden, en 1977-78, se solde par un échec. Au cours des années 1980, la popularité du régime s’érode, notamment à cause de sa gouvernance autoritaire et de la situation difficile de l’économie, en dépit de l’aide des États-Unis desquels Barre s’est rapproché. On reproche aussi à ce dernier de favoriser l’ethnie marehan, à laquelle il appartient, qui ne constitue qu’un faible pourcentage de la population. Des divisions internes s’accentuent et une opposition s’exprime tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays où se sont réfugiés des ennemis du gouvernement. La lutte entre le pouvoir central et les Issaqs, une importante famille de clans, fait plusieurs dizaines de milliers de morts à la fin des années 1980. Plusieurs groupes distincts ayant des intérêts régionaux, dont le Mouvement national somalien actif dans le nord-ouest du pays, accentuent la pression sur la capitale, Mogadiscio, et renversent Barre en janvier 1991. Son successeur, Ali Mahmi Muhamad, appelle à l’unité et à la paix, mais la guerre civile perdure alors que le Somaliland proclame son indépendance dans le nord-ouest. Siad Barre tente en vain de reprendre le pouvoir, avant de quitter pour le Kenya, puis le Nigeria. Il décédera d’une crise cardiaque le 2 janvier 1995 à Lagos.

Dans les médias...


S.A., « Somalie : Des clans résolus »

«...On peut en effet se demander où prend racine la violence furieuse et fratricide qui caractérise la scène politique somalienne depuis quelques années. La réponse pourrait se trouver dans deux phénomènes qui se sont développés parallèlement au cours des années quatre-vingts : la dégénérescence du régime de Syad Barre (autrefois progressiste et même révolutionnaire) en une dictature à la Duvalier, et le choix des opposants de Syad Barre de recourir à une forme d’agrégation ancestrale pré-politique : le tribalisme intégral. Cela ne pouvait que produire une situation explosive et également dangereuse pour l’avenir du pays. Car les camps qui s’affrontaient de plus en plus durement sur le terrain ne recoupaient pas les forces qui se battaient contre la dictature et celles censées la défendre. Le combat se déroulait entre un clan qui avait usurpé le pouvoir d’État contre d’autres clans divisés entre eux et dont le seul objectif identifiable était de se substituer à l’adversaire. À preuve, le fait que les plus prestigieux représentants de la diaspora somalienne qui se sont répandus aux quatre coins de la planète pendant les deux décennies de pouvoir de Syad Barre ont préféré rester à l’écart. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), mars 1991, p. 30.

Francis Kpatindé, « La Somalie sous la loi des clans »

«...Fin de partie, donc, pour un homme qui, en accédant au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, le 21 octobre 1969, suscita beaucoup d’espoirs au sein de l’intelligentsia somalienne. Espoirs bien vite déçus. Son règne fut ponctué de plusieurs tentatives de putschs réprimées dans le sang, de révoltes populaires matées, d’une prolifération de mouvements de guérilla, de renversements d’alliances spectaculaires, alors même que l’économie somalienne sombrait dans un marasme total. En tout et pour tout, deux décennies d’exercice « familial » et féodal du pouvoir, au terme desquelles Mohamed Siyad Barré ne contrôlait finalement plus, outre l’aéroport international de Mogadiscio, que les abords du palais présidentiel, d’où il a soutenu un siège d’un mois. Le président de la République était devenu, dans la bouche même de ses compatriotes, le « maire de Mogadiscio », quand ce n’était pas – pour les plus irrévérencieux – un « simple locataire » de la villa Somalia. »

Jeune Afrique (France), 6 au 12 février 1991, p. 16-17.

Catherine Simon, « Dictateur et chef de clan »

«...Fils d’un éleveur marehan de la région de Lugh (nord-ouest de Mogadiscio), âgé officiellement de soixante-neuf ans (de soixante-dix-sept ans selon d’autres sources), le général Syaad Barre avait rêvé longtemps de gommer les frontières héritées de l’histoire et de rassembler, au sein d’une seule et même nation, les membres dispersés de l’ethnie somalie. La révolte de ceux-ci – clans isaak, hawiyé et ogaden en tête – constitue le plus cinglant échec de ce dessein de justesse. Depuis douze ans, le maître de Mogadiscio n’avait plus guère d’autre souci que de se maintenir au pouvoir, quel qu’en soit le prix. Obstiné, mais pas au point de se laisser enfermer dans ses choix, cet autodidacte – s’exprimant aussi bien en arabe, en anglais, en italien ou en swahili – aura su se montrer, tout au long de sa carrière, un grand manœuvrier, habile à sauver sa mise. »

Le Monde (France), 29 janvier 1991, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 26 janvier 1991 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Somalie
FaibleMohamed Siad BarreUmar Arteh Ghalib

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1981 - 2001



avril
1988
Signature d'un accord de paix mettant fin à la guerre de l'Ogaden

janvier
1991
Renversement du président soudanais Siad Barre


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