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21 octobre 2019

Réélection au Canada d’un gouvernement libéral minoritaire

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Justin Trudeau

Le Parti libéral du Canada (PLC), dirigé par Justin Trudeau, obtient de nouveau la confiance des électeurs, récoltant 157 sièges et 33,1 % des voix. Cependant, il sort du scrutin affaibli, puisqu’il est devancé aux votes par le Parti conservateur du Canada (PCC) (34,4 %) et qu’il perd sa majorité à la Chambre des communes.

Après avoir formé un gouvernement majoritaire en 2015, le PLC connait une lune de miel avec les Canadiens. Dans la dernière année du mandat, la popularité du premier ministre Trudeau est toutefois ébranlée, notamment par sa gestion d’un scandale impliquant une firme d’ingénierie québécoise et la décision de son gouvernement d’acheter un pipeline. Le PPC, une formation de droite dirigée par un nouveau chef, Andrew Scheer, constitue la principale menace au PLC. Le Nouveau Parti démocratique (NPD), à gauche, et le Bloc québécois (BQ), une formation qui n’est représentée que dans la province de Québec, ont eux aussi de nouveaux leaders, soit Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet. Le PLC part favori, mais le PCC le rejoint au cours de la campagne. Le NPD et le BQ demeurent derrière, mais montent dans les sondages, particulièrement grâce aux performances de leurs chefs lors des débats télévisés. Malgré l’intérêt accru des Canadiens pour la lutte aux changements climatique, les Verts restent pour leur part en retrait des principales formations. Le 21 octobre, le PLC reprend le pouvoir avec 33,1 % des voix et 157 sièges. Le PPC le devance au vote populaire, avec 34,4 % des électeurs, mais connait peu de succès en Ontario et au Québec, les deux provinces les plus populeuses, et déçoit avec 121 députés. À la tête d’un gouvernement minoritaire, Justin Trudeau devra compter sur l’appui d’autres formations à la Chambre des communes. C’est le cas par exemple du NPD, qui récolte 24 sièges. De son côté, le BQ connait la plus forte croissance, passant de 10 députés, en 2015, à 32 avec le tiers des voix au Québec. Le Parti populaire du Canada, un parti de droite dirigé par un dissident du PCC, Maxime Bernier, plafonne pour sa part à 1,6 % des votes avec aucun élu. Malgré les résultats serrés de ce scrutin, seulement deux tiers des électeurs se présentent aux urnes, une légère baisse par rapport à 2015.

Dans les médias...


Jean-Marc Salvet, « Le Canada, popcorn politique »

«...Des commentateurs ont cherché la « question de l'urne ». En vain. Et pour cause : les électeurs du Canada ne se sont pas positionnés pour ou contre un enjeu suprême, un enjeu supplantant tous les autres. Des entités d'électeurs se sont positionnées en fonction d'une multitude de visions différentes et d'intérêts divers - des visions et des intérêts que chacun de ces ensembles de citoyens a placés devant d'autres. C'est un peu comme si le « liant » ou les grands « liants » existaient de moins en moins au Canada. C'est à retenir. Certains ont voté en pensant d'abord à l'autonomie des provinces (par rapport à un pouvoir central fort). D'autres ont fondé leur choix sur des questions sociales ; d'autres, sur des sujets de société. Certains ont d'abord songé aux taxes, aux impôts et au déficit ; d'autres (surtout dans l'Ouest), au « corridor énergétique » ; d'autres, en ayant d'abord en tête la lutte contre les changements climatiques, etc. Ce scrutin marque la dispersion et l'éclatement des visions et des intérêts au Canada. Il consacre un peu plus son morcellement. Le Canada est redevenu un popcorn politique. Justin Trudeau en aura des pots à recoller. Mission possible ? »

Le Droit (Canada), 22 octobre 2019, p. 1 et 2.

Yves Boisvert, « La victoire-défaite de Trudeau »

«...La colère des Prairies et la montée du nationalisme québécois rendent le jeu politique encore plus périlleux pour un premier ministre qui s'est montré faible et pas particulièrement compétent. L'Alberta et la Saskatchewan ont renoué encore plus agressivement avec le sentiment d'« aliénation de l'Ouest ». Et au Québec, les libéraux ont été incapables de proposer une vision qui tienne compte de la réalité « nationale ». Tout se passe comme si l'entourage de Justin Trudeau avait rangé au rayon des « vieilles chicanes » la différence québécoise. [...] … Il y a plus qu'un avertissement pour le premier ministre dans ce résultat. Il y a un jugement sévère sur sa performance. Andrew Scheer savait ce qu'il faisait dans ses attaques personnelles en traitant Justin Trudeau de « phony ». Il y a ce je-ne-sais-quoi d'inauthentique chez le premier ministre, quelque chose sonne faux. Ce n'est pas vraiment de l'hypocrisie. Il donne plutôt l'impression de répéter les mots d'un autre. Il y a chez lui cet optimisme fondamental, cette vision sincèrement généreuse et presque fleur bleue du monde. Mais toujours aussi l'impression qu'il ne possède pas une compréhension profonde des enjeux, qu'il reste à la superficie des choses. Tout se passe jusqu'ici comme si Justin Trudeau jouait le rôle d'un premier ministre. Un rôle écrit par d'autres. Il va devoir l'être réellement, ne pas seulement en avoir les habits. »

La Presse+ (Québec, Canada), 22 octobre 2019, p. 4.

Manon Cornellier, « Des airs de défaite »

«...Les conservateurs, eux, sont partis en campagne avec une base reconnue pour sa solidité, mais le chef Andrew Scheer s'est présenté avec un programme truffé de vieilles politiques de Stephen Harper (crédits d'impôt pour le transport en commun et pour les activités physiques et artistiques des enfants) ou de propositions, surtout en matière d'environnement, incapables de répondre aux préoccupations d'une grande partie de la population. Bref, un programme capable de plaire avant tout à ses partisans et très peu ailleurs. À preuve, le pourcentage de votes obtenus par le PC à l'heure de tombée n'était supérieur que par deux points à celui glané en 2015. M. Scheer a aussi trébuché en répondant à des questions auxquelles il aurait dû s'attendre, le respect du libre choix en matière d'avortement en étant le meilleur exemple. [...] Le résultat de ce scrutin est un véritable échec pour M. Scheer, mais une victoire sans gloire pour M. Trudeau. Contrairement à ses " voies ensoleillées " de 2015, il a gagné avec beaucoup de sueurs froides et en soufflant sur les nuages noirs de la peur. Le seul qui peut vraiment crier " mission accomplie " est le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, dont le parti a ravi au Nouveau Parti démocratique la troisième place aux Communes. Pour M. Trudeau commence maintenant son plus gros casse-tête, celui de gouverner sans majorité. Et de le faire en dépendant du NPD ou du Bloc pour arriver à ses fins. »

Le Devoir (Québec, Canada), 22 octobre 2019, p. A2.

Simon-Olivier Lorange, « Une renaissance et une main tendue »

«...La vague orange de 2011 avait presque effacé le Bloc de l'échiquier électoral, laissant derrière elle seulement quatre rescapés. La formation avait mieux fait en 2015 avec 10 députés, mais avait par la suite subi une grave crise de leadership. Pendant le court règne de Martine Ouellet à la tête du parti, sept députés avaient claqué la porte. Ils sont toutefois revenus après la démission de l'ex-députée péquiste. L'arrivée d'Yves-François Blanchet en début d'année a donné un nouveau souffle aux élus et aux militants bloquistes, mais c'est vraiment au déclenchement de la campagne électorale que ses appuis ont commencé à se cristalliser, surtout chez les francophones. La défense des positions du gouvernement Legault a visiblement porté ses fruits. Nombreux sont ceux qui nomment M. Blanchet comme celui qui a véritablement fait la différence. Pour Denis Trudel, candidat élu dans Longueuil–Saint-Hubert, la réaction de son chef à la controverse du blackface de Justin Trudeau a été un tournant. Le leader a alors opté pour la circonspection « au lieu de faire du capital politique », a dit M. Trudel. « Les Québécois se sont reconnus. C'est à ce moment qu'ils ont recommencé à écouter le Bloc », a analysé le nouveau député. »

La Presse+ (Québec, Canada), 22 octobre 2019.

Chantal Hébert, « Liberals Hang On »

«...Under the guise of a minority victory for Justin Trudeau's Liberals, Canadians have given themselves a Parliament that better reflects their deepening divisions than a common national purpose. If anything, the election stands to exacerbate rising tensions between parts of the federation. In each and every case the capacity of Canada's main parties to speak for the country has been diminished. That starts with the re-elected Liberals. Their caucus is less the sum of Canada's parts than the one they took in the campaign and the mandate Trudeau has been given is, at best, a conditional one. He owes his re-election neither to his statesmanship in office, nor to his government's record but rather to the shortcomings of his main opponent. Trudeau's victory is at least as much if not more the product of a failed Conservative campaign than a successful Liberal one. He would not be continuing as prime minister if a critical number of progressive voters had not belatedly decided to hold their noses and support his party out of the conviction that the Conservative alternative was definitively worse than a few more years under Liberal management. »

Toronto Star (Canada), 22 octobre 2019, p. A1.

Gouvernance et gouvernement [ 21 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Canada
ÉlevéJulie PayetteJustin Trudeau

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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