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9 octobre 2019

Intervention militaire turque dans le nord de la Syrie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Le 6 octobre 2019, le président des États-Unis, Donald Trump, annonce sa décision de retirer des troupes de son pays actives dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. Trois jours plus tard, l’armée turque déclenche l’opération « Source de paix » dont l’objectif est de déloger les Kurdes établis dans ce secteur et d’y instaurer une zone de sécurité.

Les Kurdes jouent un rôle de premier plan au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), en lutte contre le groupe armé État islamique (EI) depuis octobre 2015. Ils sont appuyés par une coalition internationale, dont les États-Unis qui leur accordent notamment un soutien aérien. Malgré leurs succès contre l’EI, les Kurdes suscitent aussi les craintes de la Turquie qui s’inquiète de les voir aussi près de leur frontière sud. Le président Recep Tayyip Erdogan redoute particulièrement les revendications du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui voudrait inclure une partie de la Turquie dans un éventuel État kurde indépendant. Après une série de succès contre l’EI, le président des États-Unis, Donald Trump, donne suite à un engagement électoral et annonce le 9 octobre 2019 le retrait du millier de troupes de son pays encore sur place. Trois jours plus tard, la Turquie entreprend l’offensive « Source de paix ». Elle vise à repousser les FDS de la partie nord de la Syrie afin d’instaurer une zone d’une trentaine de kilomètres que les Turcs contrôleraient. Ils envisagent aussi d’y établir des centaines de milliers de réfugiés syriens exilés en Turquie depuis le déclenchement de la guerre civile. En 13 jours, l’opération fait des centaines de morts et plus d’une centaine de milliers de déplacés. Se sentant abandonnés par leurs alliés américains, les Kurdes protestent contre l’attitude de Washington, même si le président Trump menace Ankara de représailles économiques advenant une poursuite des hostilités. Une entente reportant l’offensive turque est conclue le 17 octobre. De plus, le retrait des États-Unis est suivi par l’arrivée de troupes syriennes et russes qui occuperont la zone concernée. Aux yeux des analystes, la stabilité de la région reste néanmoins préoccupante, tant en ce qui touche la situation des Kurdes que l’occasion offerte aux membres de l’EI de profiter de la situation pour fuir les camps où ils étaient emprisonnés.

Dans les médias...


Stéphane Breton, Pascal Bruckner, Patrice Franceschi, Bernard Kouchner, « Kurdes de Syrie : la duplicité de la Turquie et la trahison des États-Unis », Le Figaro (France), 12 octobre 2019, p. 18.

«...Après avoir affirmé pendant des années qu'ils protégeraient contre les appétits coloniaux turcs leurs amis kurdes de Syrie du Nord, si braves et déterminés dans la guerre contre l'État islamique, les États-Unis ont finalement ouvert la porte à l'invasion. Le jeudi 10 octobre 2019 signalera dans l'histoire la trahison la plus éhontée commise par les États-Unis. En abandonnant les Kurdes, ils viennent de faire preuve d'une déloyauté que leurs alliés naturels en d'autres endroits du monde trouveront sûrement prémonitoire. Il leur suffisait pourtant de continuer comme ils faisaient depuis longtemps, de se comporter amicalement avec la Turquie qui fait encore partie de l'Otan bien qu'elle s'arme maintenant en Russie, tout en la décourageant d'envahir la Syrie. [...] Le président des États-Unis justifie sa volte-face en disant que les pays européens ne veulent pas juger leurs ressortissants islamistes prisonniers des Kurdes. Maintenant, affirme-t-il, c'est la Turquie qui se chargera d'eux. La Turquie, vraiment, elle qui a aidé l'État islamique depuis le début ? L'idée est si douteuse que les forces américaines viennent de cueillir dans les prisons kurdes quelques douzaines de détenus islamistes extrêmement dangereux pour ne pas les laisser s'évaporer dans la nature. Comme on n'en est pas à une contradiction près, le président américain menace maintenant la Turquie de l'anéantir économiquement si elle va trop loin. Comprenne qui pourra. »

Le Figaro (France), 12 octobre 2019, p. 18.

Pierre Barbancey, « Les rêves démoniaques du sultan d’Ankara »

«...Pour que sa stratégie réussisse, Recep Tayyip Erdogan sait qu'il doit maintenir un savant équilibre dans ses relations tant avec Moscou qu'avec Washington, s'appuyant sur leurs antagonismes et leurs contradictions, aboutissant au final à ce que, au-delà des paroles, aucun pays ne mette un holà aux opérations militaires turques. Au contraire, tous tentent de saisir l'occasion pour avancer sur leur propre chemin. « Nous allons désormais défendre la nécessité d'établir un dialogue entre la Turquie et la Syrie », a ainsi précisé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, depuis le Turkménistan. Enfin, l'offensive turque a et aura des conséquences certaines sur le sort des prisonniers ex-combattants de Daech qu'aucun pays ou presque ne veut récupérer. Les FDS, pris sur le front, ne pourront plus les surveiller. Deux prisonniers de nationalité britannique ont été placés sous contrôle de l'armée américaine. Mais les autres ? [...] Dans ce Moyen-Orient plus que jamais déchiré, Erdogan, celui qu'on surnomme le nouveau sultan, veut revenir à son vieux rêve d'un Empire ottoman du XXIe siècle où les minorités ne sont que des dhimmi, des populations tolérées mais sans droits, soumises aux lois du pouvoir central. Il y a un siècle, les Arméniens gênant ce projet avaient éliminés. Sera-ce le tour des Kurdes ? »

l’Humanité (France), 12 octobre 2019, p. 4.

Anne-Bénédicte Hoffner, Olivier Talles, « Entre la Syrie et la Turquie, un face-à-face arbitré par la Turquie »

«...La Russie semble, de fait, avoir toutes les cartes en main. Dès le mois d'août, Vladimir Poutine avait déclaré «comprendre l'inquiétude de la Turquie au sujet de sa frontière méridionale» , avant d'avaliser le principe d'une zone de sécurité. «Si le Kremlin n'a pas directement donné le feu vert à l'opération turque, il y a probablement eu un accord entre Moscou et Ankara» , précise Kirill Semenov, directeur du Centre de recherche islamique à Moscou. «La Russie a notamment mis un terme à l'offensive à Idlib, donnant à la Turquie l'occasion de concentrer tous ses efforts sur l'est de la Syrie.» Au centre du jeu syrien, capable de parler avec tous les acteurs, la Russie poursuit en Syrie un subtil jeu d'équilibre entre le soutien politique et militaire au régime de Damas, la poursuite de sa coopération avec son voisin turc, qui lui a récemment acheté le système antimissile S-400, et la lutte contre les djihadistes qui comptent de nombreux Russes dans leurs rangs. Défenseur de l'intégrité territoriale de la Syrie, Vladimir Poutine a vu d'un bon oeil les Kurdes en appeler au soutien de Damas face aux chars turcs, une demande qui avait très certainement été anticipée. «Moscou ne s'oppose pas au principe de l'autonomie réclamée par les Kurdes . Mais le Kremlin ne veut pas entrer en conflit avec le régime syrien au nom de ce principe» , poursuit Kirill Semenov. Les Russes espèrent même consolider leurs liens avec les Turcs, fortement critiqués en Occident, au terme de cette nouvelle séquence de la guerre en Syrie. »

La Croix (France), 15 octobre 2019, p. 10 et 11.

François Brousseau, « Chronique – Tragédie kurde »

«...Erdogan est mort de rire, mais les Kurdes, eux, ne rient pas. Le président turc, ennemi implacable de toute dissidence, insulteur à répétition de l'Europe, est aussi le bourreau des Kurdes, ceux de Turquie comme ceux de Syrie. Pendant cinq années, les combattants du Kurdistan syrien avaient " fait le travail " de façon efficace contre l'organisation État islamique, au premier plan de la lutte contre la barbarie moderne... alors que la Russie et l'Iran intervenaient massivement sur le front ouest, sauvant le régime de Bachar al-Assad et bombardant au besoin des populations civiles. [...] Exemple unique d'inconscience et d'incompétence au sommet, la capitulation de Trump devant Erdogan ouvre les vannes à une sorte de tsunami stratégique. Elle relance la guerre de Syrie, dans une des seules zones qui étaient restées calmes. Elle ouvre grand la porte à Bachar al-Assad, qui remet les pieds au Kurdistan. Elle pourrait faire renaître de ses cendres la fameuse organisation terroriste. Et elle assassine une expérience unique d'autogouvernement, dans une région du monde profondément antidémocratique, antilaïque et misogyne. »

Le Devoir (Québec, Canada), 15 octobre 2019, p. A1 et B1.

Peter Apps, « Unfettered by advisers, Trump’s presidency gets even less predictable »

«...Even by Trump's standards, his approach to Turkey and Syria has been a roller coaster. What would normally be heavily discussed and planned policy decisions have increasingly simply been blasted out on Twitter, to the clear alarm of America's allies. According to reports, some decisions have even come as surprises to America's own military, which finds itself racing to catch up with a president who appears to take pride in unpredictable decisions and disdains a thought-through strategy. [...] Given Trump's varied and contradictory statements, it is likely none of the key players -- Turkish President Tayyip Erdogan, America's now abandoned Kurdish allies from the Syrian Democratic Forces, other Middle Eastern and European states, and anyone else -- really know where he stands. But that may be the intent. What the president did make clear in an earlier Twitter storm, however, was that he felt America should not really care. It was 7,000 miles away, and he had been elected to end these "ridiculous, endless foreign wars". »

Cyprus Mail (Chypre), 13 octobre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 9 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Syrie
FaibleBashar el-AssadImad Khamis

Turquie
LimitéRecep Tayyip Erdoganposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



décembre
2015
Fin d'une année record pour le nombre de déplacés dans le monde


Dans l'actualité


octobre
2019
Sommet tripartite à Ankara : une lueur d'espoir pour la Syrie

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2018
La fin de l'État islamique?

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2018
Israël en Syrie : un dossier en évolution

novembre
2017
Rojava: une vision de la Syrie peu abordée

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2016
Syrie: rien ne va plus

janvier
2016
Une rencontre diplomatique à saveur politique entre la Russie et la Syrie

septembre
2015
Syrie: rencontre importante entre la Russie et Israël

novembre
2014
La liberté de presse en Syrie : un oxymore

février
2014
Dans les camps de réfugiés syriens, la polio frappe

février
2014
Syrie : retour sur l'échec de Genève 2


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