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juin 2019

Manifestations à Hong Kong contre un amendement à la loi d’extradition

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

La volonté du gouvernement hongkongais d’adopter un amendement à la loi d’extradition est perçue négativement par une partie de la population qui y voit une menace à son autonomie vis-à-vis la Chine. Le mois de juin 2019 est marqué par des manifestations d’envergure, certaines violentes, incitant la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, à reculer.

En février 2018, un touriste hongkongais de passage à Taïwan, Chan Tong-kai, tue sa petite amie, alors enceinte. Celui-ci retourne à Hong Kong où il est jugé pour un autre crime, mais il ne peut être extradé à Taïwan pour l’homicide qu’il a commis. Le gouvernement de Hong Kong envisage alors d’amender sa loi d’extradition afin de permettre des collaborations juridiques avec d’autres pays, dont la Chine continentale. Une partie de la population s’oppose toutefois à ce projet, qui ouvre selon elle la porte à une intrusion possible de la Chine dans les affaires de Hong Kong et à une rupture dans la politique « un pays, deux systèmes » en vigueur depuis la rétrocession par le Royaume-Uni, en 1997. Des premières manifestations ont lieu en mars et avril 2019, tant à Hong Kong, qui compte 7 millions d’habitants, que dans la diaspora à l’étranger. La cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, garde cependant le cap. La grogne s’accentue : le 9, le 12 et le 16 juin, des centaines de milliers de personnes sont dans les rues, exprimant à la fois leur opposition à l’amendement envisagé et à Carrie Lam. Ces manifestations, organisées par le Front civil des droits de l’homme ainsi que d’autres groupes, démontrent la diversité de la contestation : avocats, femmes, syndicats, entreprises, etc. Le 12 juin, la violence éclate entre policiers et manifestants rassemblés devant le conseil législatif, où doit se tenir la deuxième lecture du projet de loi. Celle-ci est suspendue et Lam s’excuse pour ces « conflits et querelles », mais sans offrir sa démission. La mobilisation des opposants, qui craignent que la suspension de l’amendement ne soit qu’un report, atteint un sommet le 16 juin. En plus des griefs déjà mentionnés, la foule évaluée à deux millions de personnes par les organisateurs (beaucoup moins selon la police) dénonce le comportement des policiers et déplore la mort de l’activiste Ling-Kit Leung, la veille. Cette contestation, la plus violente vue à Hong Kong depuis la rétrocession de 1997, se poursuivra tout au long de 2019.

Dans les médias...


Frédéric Schaeffer, « Pourquoi Pékin a reculé face à la contestation de Hong Kong »

«...[les Hongkongais] ont remporté une précieuse victoire, avec la suspension, samedi, du projet de loi qui autorisait l'extradition de suspects vers la Chine continentale. Ce recul constitue un revers personnel pour la cheffe de l'exécutif local, Carrie Lam, et un rare camouflet pour le président chinois, Xi Jinping, qui tire les ficelles du pouvoir à Hong Kong et qui avait apporté son soutien au texte controversé. [...] Généralement soucieuses de ne pas froisser les autorités alors qu'elles ont des intérêts en Chine, les entreprises locales et internationales étaient restées très discrètes face au mouvement des parapluies. Cette fois, des hommes d'affaires de Hong Kong ont bataillé ferme pour faire reculer Carrie Lam. Les trois grandes banques (HSBC et Standard Chartered, Hang Seng) ont autorisé leurs employés à ne pas se rendre au bureau mercredi dernier (leur permettant de facto d'aller manifester) et plusieurs chambres de commerce étrangères ont publiquement exprimé leur désaccord sur le texte. Pékin a estimé que les dommages économiques liés au maintien du projet de loi étaient supérieurs aux conséquences politiques d'un retrait du texte. Certes, le poids de Hong Kong dans l'économie chinoise a considérablement diminué : il comptait pour 16 % du PIB chinois avant la rétrocession, contre environ 3 % aujourd'hui. Mais Hong Kong reste une poule aux oeufs d'or pour la Chine : deux tiers des investissements directs étrangers transitent par Hong Kong avant de rejoindre le continent. »

Les Échos (France), 19 juin 2019, p. 9.

François Brousseau, « Hong Kong résiste »

«...Pékin tente d'enfoncer un nouveau clou sur le cercueil des libertés à Hong Kong : une loi facilitant l'extradition des personnes traînées en justice et réclamées par d'autres pays ou régions. Elle n'est pas formulée explicitement pour les extraditions vers la Chine continentale... mais tout le monde comprend que c'est bien de cela qu'il s'agit. Hong Kong, à l'interne, reste régie par un État de droit, avec de véritables tribunaux et des procès qui ne sont pas toujours forcément politiques (même si ça a commencé -- on l'a vu avec les Parapluies et les militants indépendantistes). Ce qui se profile, c'est la fin, à terme, du règne de la loi au sens libéral du terme. Et c'est ce qui explique cette fois -- surprise ! --, non seulement la mobilisation des jeunes et des avocats militants, mais de plus larges couches de la population qu'en 2014... comme les gens d'affaires, qui craignent soudain que la disparition de l'État de droit ne menace Hong Kong en tant que troisième place financière du monde. Au-delà, on commence à bien voir, y compris chez ceux qui avaient au départ tendance à s'en accommoder, la stratégie du " noeud coulant " pour ce qu'elle est : l'érosion inexorable des libertés. On avait cru que la résistance à Hong Kong, après 2015, était graduellement en train de s'endormir. On vient d'assister à un remarquable sursaut d'unité en faveur des libertés menacées. »

Le Devoir (Québec, Canada), 10 juin 2019, p. B5.

Véronique Kiesel, « Hong Kong : quels scénarios pour la suite? »

«...Les citoyens de Hong Kong ont réussi à infliger un rare revers à Xi Jinping. Pour la première fois en sept ans, le très puissant président chinois a dû reculer. Même s’il semble que c’est Carrie Lam qui avait voulu faire du zèle en présentant ce projet, Pékin sort affaibli de cette confrontation : c’est lui qui l’avait choisie. Cette affaire montre que protester massivement peut être payant. Voilà qui fait désordre dans une Chine qui, trente ans après, ne tolère toujours pas le souvenir de la mobilisation de Tiananmen. [...] Xi Jinping est face à un dilemme : soit il abandonne la méthode forte utilisée jusqu’ici à Hong Kong, qui ne s’est pas avérée payante, soit il serre encore plus la vis. La deuxième hypothèse pourrait sembler la plus vraisemblable. Un éditorial publié lundi par le China Daily affirmait que « ni la violence de rue ni les interventions mal intentionnées de gouvernements étrangers » ne pourraient faire vaciller la détermination du Parti à soutenir le gouvernement pro-Pékin de Hong Kong. « C’est un moment crucial : nous allons voir si Xi est un idéologue rigide comme Mao, ou un pragmatique comme l’ont été d’autres leaders chinois, Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao. »

Le Soir (Belgique), 20 juin 2019.

Nicola Smith, « Protesters vow to return to Hong Kong’s streets despite extradition bill backdown »

«...Demonstrators expressed a lack of trust in the chief executive, who they accuse of being in thrall to Beijing, with some angry that the concessions came only after protests had turned violent. Jimmy Sham, from the Civil Human Rights Front protest group, compared her offer to a "knife" that had been plunged into the city. "It's almost reached our heart. Now the government said they won't push it, but they also refuse to pull it out," he told reporters while announcing today's rally. Jason Ng, from the Progressive Lawyers Group, said that people remained incensed by Lam's refusal "to take responsibility for the excessive police force unleashed on protesters and for tearing society asunder". Theresa May's resignation was even held up as a shining example that Ms Lam should follow. Leung Kwok-hung, a social activist leading the protests, said: "Theresa May resigned for a lack of leadership. She can't provide a Brexit plan and divided Britain. So, Carrie Lam, listen to me: follow the step of Theresa May, be courageous, step down. Otherwise, you will be brought down by Hong Kong people." »

Sunday Telegraph (Royaume-Uni), 16 juin 2019, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 0 juin 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleXi JinpingLi Keqiang

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



septembre
2014
Mouvement de protestation populaire à Hong Kong

octobre
2015
Fin de la politique de l'enfant unique en Chine


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