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1 octobre 2019

Déclenchement d’une importante contestation populaire en Irak

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après une période d’accalmie relative, l’Irak est secoué par une série de manifestations populaires à partir du 1er octobre 2019. Les contestataires dénoncent les difficultés économiques, l’influence iranienne et la corruption du gouvernement qui réagit de façon répressive, avant de chercher à apaiser la grogne avec des mesures sociales.

Depuis le début du siècle, l’Irak est touché successivement par l’occupation étatsunienne, des conflits internes et la menace du groupe armé État islamique (EI). Une accalmie relative suit la fin des troubles avec l’EI, en 2017, mais une nouvelle contestation s’exprime à partir du 1er octobre 2019. Elle est particulièrement active dans la capitale Bagdad, des villes comme Sadr City ainsi que dans le sud du pays. Une forte majorité chiite s’oppose même à l’influence qu’exerce l’Iran sur le gouvernement iraquien. Parmi les manifestants, on retrouve notamment des jeunes des banlieues qui protestent contre la dégradation de la situation économique, le chômage, la pauvreté et la mauvaise qualité des services, malgré d’importants revenus pétroliers. La corruption du gouvernement, dont on réclame le départ, ainsi que le contrôle qu'aurait l’Iran sur lui, sont aussi au cœur de la grogne. Les méthodes répressives adoptées par le pouvoir deviennent un enjeu alors que le couvre-feu est décrété et que les forces de l’ordre, qui auraient l’appui de milices paramilitaires iraniennes, ouvrent le feu sur les manifestants à différents endroits. Les altercations font des centaines de morts et plusieurs milliers de blessés. Il s’agit des troubles les plus importants en Irak depuis l’effondrement du régime de Saddam Hussein, en 2003. Le 6 octobre, le premier ministre Adel Abdel Mahi tente de désamorcer le mouvement en annonçant des mesures sociales pour les plus défavorisés. Il limoge également des militaires contestés. Les violences, dont l’incendie du consulat iranien à Najaf, se poursuivent tout de même et les soutiens au gouvernement se raréfient. À la fin de novembre, le grand ayatollah Ali Sistani invite même le chef du gouvernement à démissionner. Ce dernier accepte le 29 novembre, mais même l’annonce de son départ ne satisfait pas entièrement des manifestants qui continuent de réclamer dans la rue des changements en profondeur.

Dans les médias...


Sofia Nitti, « Avec l’esprit et le sang, nous nous sacrifions pour l’Irak »

«...Tous dénoncent un gouvernement qui se désintéresse de son peuple, un «régime à la merci des influences étrangères, de l'Iran, des États-Unis et de l'Arabie Saoudite» , lance Hassan. Allié économique et politique de poids, à majorité musulmane chiite lui aussi, l'Iran est vu comme le vrai marionnettiste qui tire les ficelles de l'Irak, notamment à travers ses nombreuses milices présentes dans le pays. Quant aux États-Unis, ils sont toujours sur place militairement, plus de seize ans après l'invasion qui avait mené à la chute de Saddam Hussein. Dans un pays où se mélangent musulmans chiites (majoritaires) et sunnites, kurdes, chrétiens, turkmènes et assyriens, le gouvernement est censé représenter la pluralité ethnique et religieuse. Le Premier ministre est chiite, le porte-parole du Parlement sunnite, le président kurde. Mais pour Khalid Obeid, quinquagénaire qui a déjà manifesté en 2011 et 2015, c'est tout simplement un gouvernement «corrompu et sectaire». «On veut la chute du régime», relance-t-il. La «chute du régime», c'est une formule qui résume à elle seule les multiples revendications politiques des manifestants. En commençant par la démission immédiate du Premier ministre, Adel Abdel-Mehdi, suivie par la formation d'un gouvernement avec des pouvoirs spéciaux et composé de personnalités indépendantes, le temps de gérer une période de transition. Les Irakiens veulent donc une nouvelle loi électorale, un nouveau système judiciaire et un corps électoral indépendant, ainsi que de prochaines élections et un nouveau Parlement dans les deux prochaines années. »

Libération (France), 28 octobre 2019, p. 6.

Anne-Bénédicte Hoffner, « En Irak, des manifestants déterminés malgré la répression »

«...Aujourd'hui, son élite politique corrompue, liée à l'Iran et accusée d'être responsable de la situation économique déplorable actuelle, est conspuée y compris et surtout par la population chiite du sud. «Les femmes sont dans la rue, et les jeunes n'hésitent pas à s'en prendre aux symboles considérés comme les plus intouchables», observe Amir Jajé. À Nadjaf, avant d'incendier une partie du consulat iranien, ils ont osé remplacer son drapeau par celui de l'Irak. […] La fronde serait-elle le réflexe «d'une jeunesse ouverte sur le monde grâce aux réseaux sociaux» et qui a suivi de près les printemps arabes comme le mouvement des gilets jaunes en France? C'est le sentiment de la chercheuse Myriam Benraad, pour qui ces jeunes, qui ont vécu le renversement du régime de Saddam Hussein, puis l'occupation, puis l'invasion de Daech, «sont littéralement dégoûtés de la guerre, de la violence et de la manière dont leur gouvernement les traite». «Pour la première fois depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein, le mouvement a réussi à créer un doute existentiel au sein de la classe politique, ainsi qu'un consensus sur la nécessité de réformer la Constitution», estime aussi Adel Bakawan. Le problème reste, selon lui, la diversité de ses acteurs et de leurs objectifs. »

La Croix (France), 29 novembre 2019, p. 9.

Hélène Sallon, « Le soulèvement iranien vu de la place Tahrir, à Bagdad »

«...Si, sur la place Tahrir de Bagdad, aucune affiche ou pancarte ne salue le soulèvement qui embrase les rues d'Iran, les centaines de jeunes Irakiens qui campent sur la place sont loin d'être indifférents au combat que mènent leurs voisins. De part et d'autre de la frontière entre les deux pays, les manifestants irakiens et iraniens affrontent un adversaire commun : la République islamique. C'est d'ailleurs avec une certaine fierté que les manifestants de la place Tahrir ont observé, dès le 15 novembre, les villes iraniennes se soulever une à une pour protester contre la flambée des prix de l'essence avec les mêmes slogans que ceux scandés en Irak depuis le début de la contestation, le 1er octobre. Ils ont, comme leurs précurseurs irakiens, piétiné les portraits du Guide suprême, Ali Khameinei, et appelé à « la chute du régime . « Pendant quarante ans, l'Iran a essayé d'exporter sa révolution islamique en Irak, en vain. Il semble que l'Irak ait réussi à lui exporter sa révolution en quarante jours », se gaussaient alors des Irakiens sur les réseaux sociaux. »

Le Monde (France), 21 novembre 2019, p. 2.

Guy Taillefer, « Chronique de colères annoncées »

«...Les printemps arabes de 2011, car ils étaient pluriels, ont étalé des revendications sociales et politiques qui n'ont toujours pas été satisfaites et que ni le temps ni la répression ne parviennent à étouffer. En fait foi la conjonction d'amples mouvements contestataires qui se sont manifestés en l'espace de quelques semaines au Liban, en Irak, en Égypte...[...] la rue a explosé de colère début octobre non pas tant contre l'insécurité que contre la corruption, le chômage et les pénuries graves d'eau potable et d'électricité. Une ire populaire qu'annonçaient en forme d'avertissement les manifestations anticorruption de 2015-2016 puis celles de l'été 2018 à Bassorah, dans le sud du pays, mais additionnée cette fois-ci d'un appel " antisystème " bien audible à faire table rase des autorités politiques et religieuses (y compris iraniennes, dont l'influence est jugée délétère) qui se partagent le pouvoir de façon sectaire depuis l'invasion américaine de 2003. Promesses dans l'urgence de mesures sociales, notamment en matière de logement, il y a bien eu de la part du gouvernement du premier ministre Adel Abdel Madhi, mais comment y croire ? Les manifestations auront surtout été marquées, pendant cinq jours, par une répression inouïe, qui a fait plus de cent morts. »

Le Devoir (Québec, Canada), 22 octobre 2019, p. A8.

Samuel Lovett, « Iraqi PM resigns after two months of bloody protests »

«...Similar demonstrations were staged in Baghdad in 2016 and Basra in 2018, but in both cases there was no significant loss of life. This year, however, Iraqi riot police and pro-Iranian paramilitary forces opened fire into the crowds, killing at least 10 people on the first day. This violent overreaction by the authorities turned a small protest into the biggest threat to the political status quo in Iraq since the US invasion and the fall of Saddam Hussein in 2003. Frustration and anger has been directed against Mr Abdul Mahdi, who came to power just over a year ago, having promised a number of reforms which failed to materialise. The prime minister subsequently announced schemes to reduce employment and said he would reshuffle his cabinet, but the protests have continued, with demonstrators insisting that their demands have not been met. Mr Abdul Mahdi said his resignation was in response to the sermon yesterday of Grand Ayatollah Ali al-Sistani, Iraq's top Shiite cleric, who criticised the "failure of respective agencies to handle developments over the past two months". »

The Independent (Royaume-Uni), 30 novembre 2019, p. 28.

Gouvernance et gouvernement [ 1 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Irak
IntermédiaireBarham SalihAdel Abdel-Mehdi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



avril
2014
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak


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