Université de Sherbrooke
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20 février 1948
Prise de contrôle du gouvernement par les communistes en Tchécoslovaquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Prague

Pour protester contre la révocation de huit divisionnaires de police et la nomination de remplaçants liés de près au Parti communiste, douze ministres libéraux du gouvernement tchécoslovaque offrent de quitter leurs fonctions. Cette décision permettra aux communistes de prendre le contrôle total du gouvernement.

Depuis 1945, la Tchécoslovaquie est gouvernée par un gouvernement de coalition dont le président est Edouard Benes. Sur la toile de fond des tensions grandissantes entre l'Ouest et l'Est, le ministre de l'Intérieur, le communiste Vaclav Nosek, procède en février 1948 à des nominations au sein de la police qui soulèvent l'ire des ministres libéraux. Ceux-ci offrent leur démission, croyant qu'elle entraînera la dissolution du Parlement. Le président du Conseil, Klement Gottwald, profite de l'occasion pour resserrer l'emprise des communistes sur l'appareil gouvernemental. Seul libéral au sein du cabinet, le ministre des Affaires étrangères, Jan Masaryk, se suicide le 10 mars. L'abolition de la liberté de presse, l'emprisonnement de personnalités politiques et les élections de mai 1948, dominées par les candidats du Front national, seule formation éligible, achèvent cette mainmise communiste que les occidentaux surnommeront « le coup de Prague ». Le 7 juin, le président Benes refuse d'approuver la nouvelle Constitution du pays et démissionne. Gottwald lui succédera.

Dans les médias...


S.A., « Prague »

«...Nous avons à craindre malheureusement que Prague, après Bucarest, après Sofia, ne soit la nouvelle manifestation d'une immense entreprise de mise au pas, non seulement des vestiges du capitalisme privé, mais des forces socialistes et démocratiques non communistes, consommée dans toutes les règles d'un art qui semble n'avoir repris que pour les raffiner les plus sinistres précédents. La Tchécoslovaquie ne s'embrase pas, elle se glace. (...) Le communisme affirme ainsi par les actes, sinon toujours en parole, qu'il n'est pour lui de collaboration, dans les étapes prérévolutionnaires, que pour préparer l'alignement de ses alliés au bout de la route commune, qu'il renonce à se faire le rassembleur, dans leur diversité créatrice, des énergies de salut, que, dans sa perspective révolutionnaire, il n'y a de place que pour son pouvoir absolu, exclusif de tout partage, qu'il n'y tolère que des subordonnés. Et pour la première fois il le déclare par le fait aux démocraties de type occidental, où l'on pouvait attendre que, sur un terrain politique plus riche, il y fît une nouvelle invention de lui-même.»

Esprit (France), mars 1948, p. 356-357.

P.S., « Tchécoslovaquie »

«...C'est aussi une réaction bien naturelle que d'évoquer Munich au moment où la Tchécoslovaquie passe aux communistes. Mais le point de comparaison avec Munich c'est Yalta. C'est là que les grandes puissances occidentales ont livré aux Soviets, sous des formules de compromis qui ne trompaient pas les esprits clairvoyants, plusieurs pays alliés que ces puissances avaient promis de libérer. Les Soviets ont trahi leurs alliés comme Hitler avait violé le compromis de Munich. Des journalistes comparent la situation présente à celle de 1938 et déplorent que l'on ne trouve plus dans notre population pendant l'asservissement de la Tchécoslovaquie, l'angoisse qui régnait partout au moment de la crise des Sudètes, ou de la domination subséquente de la Tchécoslovaquie par le nazisme. (...) Mais la principale différence c'est que l'opinion mondiale est maintenant convaincue de l'inutilité de la guerre, et il est bien à souhaiter que les chefs d'État se résignent aussi à cette conclusion. Les moyens pacifiques qui ne risquent pas de ramener la guerre sont les seuls qui puissent garder une validité. »

Le Devoir (Québec, Canada), 28 février 1948, p. 1 et 2.

S.A., « Red Triumph in Prague »

«...As the result of a Communist revolution which has forced President Benes to acquiesce in something that was « not in complete accordance with his wishes, » Czechoslovakia has today become a totalitarian police state under a Communist dictatorship and the last flickering lights of freedom that shimmered through the Iron Curtain are going out. The new dictatorship is still thinly disguised by a government which, like the governments of other East European countries, contains a few non-Communists, among them Jan Masaryk, the son of the democratic founder of the Czechoslovak state, and himself a professed adherent of a rapprochement with the West. But these figures only serve as window-dressing, in so far as they are not merely time-serving opportunists who have climbed on the Communist bandwagon. Their survival will depend entirely on their complete compliance with Communist orders. For Moscow has long since announced that in its war against the Western « imperialists », there can be no « middle position ». In Communist eyes any opposition to the dictates of the party leadership becomes treason, punishable by death. »

New York Times (États-Unis), 26 février 1948, p. 22.

Marcel Gimont, « De Moscou à Washington via Prague »

«...Le président Benès a cédé aux exigences des communistes, isolé dans son palais, avec un téléphone qui n'aurait pu sonner qu'à Moscou, et débordé, à l'instant décisif, par la fraction social-démocrate de l'ambitieux M. Fierlinger, le successeur de Mazaryk ne pouvait que s'incliner. Il lui reste la maigre consolation, à l'époque où nous sommes, d'avoir accompli son devoir et, en se maintenant lui-même (jusque à quand?) d'avoir maintenu, à titre provisoire, les apparences du régime parlementaire. (...) Notre avis personnel est qu'une partie décisive s'annonce. Personne ne veut la guerre, mais les meneurs de jeu s'ingénient à pousser leurs pions ou à les retirer selon les incidents du jour, de la semaine ou du mois. Or, la guerre froide ne saurait se prolonger sans péril. C'est pourquoi nous en sommes réduits à souhaiter que les deux Grands abandonnent pour un temps la tactique des coups d'épingle et décident de s'affronter en petit comité. Ne fût-ce que pour nous garantir une paix d'équilibre, c'est-à-dire une mauvaise paix, mais la paix tout de même. »

Combat (France), 26 février 1948, p.1.

Gouvernance et gouvernement [ 20 février 1948 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tchèque (Rép)
TransitionEdvard BenesKlement Gottwald

Slovaquie
IntermédiaireEdvard BenesKlement Gottwald

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie [1944 - 1953]



3 avril 1945Edvard Benes : chef d'État (investiture/assermentation)
4 avril 1945 Zdenek Fierlinger : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
3 juillet 1946 Klement Gottwald : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
20 février 1948 Prise de contrôle du gouvernement par les communistes en Tchécoslovaquie
7 juin 1948Klement Gottwald : chef d'État (investiture/assermentation)
15 juin 1948 Antonín Zápotocký : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
3 décembre 1952 Exécution de Rudolf Slansky en Tchécoslovaquie

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension