Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

23 novembre 2017

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31 décembre 1999

Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Vladimir Poutine

Huit ans après son accession au pouvoir, le président russe Boris Eltsine annonce qu'il quitte ses fonctions. C'est le premier ministre Vladimir Poutine qui lui succédera.

Poutine, qui a déjà dirigé le Service fédéral de sécurité, était relativement inconnu dans les milieux politiques lorsqu'il a succédé au premier ministre Sergueï Stepachine, en août 1999. Bien que condamnée par l'opinion internationale, l'intervention militaire russe en Tchétchénie, en septembre 1999, sert le nouveau premier ministre lors des élections législatives du 19 décembre 1999. Le Parti communiste termine au premier rang des partis avec 24,2% des votes, mais les formations favorables au gouvernement, dont Unité, le parti de Poutine, obtiennent une nette majorité. Le 31 décembre, le président Eltsine, âgé de 68 ans, cause une surprise en annonçant qu'il démissionne et qu'il cède son poste sur une base intérimaire au premier ministre Poutine. Les élections présidentielles du 26 mars confirment ce dernier dans ses fonctions. Il obtient alors 52,6% des votes, ce qui lui permet de devancer facilement le communiste Guennadi Ziouganov qui est appuyé par 29,3% de l'électorat. Poutine nomme alors l'ex-ministre des Finances Mikhail Kasyanov pour le remplacer comme premier ministre.

Dans les médias...


Jean-François Bouthors, «Eltsine le grand et Boris le terrible»

«...Alors, quel bilan ? La Russie que laisse Eltsine n'est pas encore vraiment installée dans la démocratie, néanmoins les élections s'y déroulent sans drame et le régime russe - que quitte son premier président élu au suffrage universel - n'est pas une dictature. La Russie n'a pas retrouvé la relative prospérité de l'Union soviétique de l'ère Brejnev, loin de là, mais le cours des réformes économiques paraît irréversible. Le capitalisme s'y est installé dans sa version la plus sauvage, mais la modernisation gagne le pays par capillarité. La société, enfin, est plus vivante et plus saine que l'image que donnent du pays les militaires, les cercles du Kremlin et les milieux d'affaires. Faut-il imputer à Eltsine tout le passif de ce bilan ? (...) Si Eltsine a conduit la destruction du communisme, si on doit lui faire crédit de ses intentions démocrates et réformatrices, force est de constater que la tâche reste immense pour son successeur, et que l'on peut craindre bien des dérapages. En dépit de la certitude qu'il avait que rien ne lui était impossible, tout rebâtir était sans doute hors de portée de ce grand démolisseur. Même si la Russie a bien plus changé sous sa présidence que sous la houlette de Gorbatchev.»

La Croix (France), 3 janvier 2000, p. 16.

Bernard Guetta, «Comment Poutine ouvrira-t-il un horizon à la Russie ?»

«...Il faut tenter, en Russie, de voir au-delà d'un homme. Le cynisme avec lequel Vladimir Poutine a accepté le marché que lui avait proposé la «famille» Eltsine, la froideur avec laquelle il a lancé cette guerre de Tchétchénie pour séduire des Russes ivres d'humiliation, la rapidité avec laquelle il a su se rendre assez populaire pour pouvoir échanger la Russie contre l'impunité du tsar alcoolique - tout cela fait de cet espion au regard pâle une figure shakespearienne. Contre son royaume, il a fourni un cheval à Boris Eltsine, mais la Russie n'est pas un théâtre. C'est un chaos. Quel que soit le vainqueur de la présidentielle anticipée, que ce soit Ziouganov le communiste, Primakov le haut fonctionnaire ou Poutine l'inconnu, que le président par intérim force ou non le destin en s'appuyant sur cette armée qu'il n'a pas mis vingt-quatre heures à aller caresser, les problèmes à résoudre seront les mêmes. Immensément riche, la Russie est ruinée. Puissance nucléaire, elle n'a pas été capable d'écraser la Tchétchénie en quatre mois. Plus grand pays du monde, elle n'a plus aujourd'hui aucun rôle international. Tout est à reconstruire, d'urgence, avant que la Russie ne soit plus, dissoute à son tour comme l'a été son empire.»

Le Temps (Suisse), 3 janvier 2000.

Hélène Carrère d'Encausse, «Boris Eltsine a réussi sa sortie»

«...Bien des échecs, même si tout n'est pas échec en Russie aujourd'hui, ont pour cause l'absence en 1992 d'une élite nouvelle, extérieure au système communiste. Eltsine a toujours été lucide sur ce chapitre : il n'a cessé de chercher à promouvoir les hommes nouveaux, la génération de l'avenir. Ces hommes ont eu successivement le visage de Gaïdar, de Kirienko, de Tchoubaïs, de Nemtsov, et de combien d'autres, qui n'étaient ni assez adaptés à une société russe façonnée elle aussi par trois quarts de siècle de communisme ni assez nombreux pour s'imposer. Avec Poutine, Eltsine pense avoir trouvé l'homme qui peut réussir car il appartient à la nouvelle génération, et il a oeuvré à Saint-Pétersbourg parmi les réformateurs, qui le tiennent pour l'un des leurs. Et en même temps, l'image d'homme fort de Poutine convainc les Russes qu'il pourrait éviter les dérives que le pays a connues ces dernières années et assainir les moeurs politiques et économiques russes (...) En choisissant Poutine, Eltsine était convaincu que son oeuvre, la décommunisation et l'établissement de la démocratie, serait sauvegardée. A-t-il eu raison ? L'avenir le dira.»

Le Figaro (France), 1e janvier 2000, p. 4.

Didier François et Véronique Soule, «Les années Eltsine»

«...Boris Eltsine n'aura jamais entrepris les réformes radicales qui auraient jugulé corruption et incompétence. S'il a su se donner des allures de spadassin, le temps de se hisser au sommet, le trublion, une fois installé, compose vite avec la marée d'apparatchiks qui mettent l'inertie au service de leurs intérêts. La tendance se renforce après le bras de fer d'octobre 1993. Le Président doit assurer ses arrières afin de pouvoir écraser la fronde parlementaire. Pour utiliser à son tour les chars contre l'Assemblée, il se lie par un pacte faustien avec les responsables des divers services de sécurité. L'alliance lui coûtera cher, deux ans plus tard, à l'heure de décider comment répondre au défi de la sécession tchétchène. Les partisans de la force composent l'essentiel de son entourage. L'entrée des troupes russes dans Grozny ravagé marque leur triomphe.»

Libération (France), 3 janvier 2000.

Éditorial

«...A few years ago Yeltsin's resignation would have shocked and even alarmed Washington and its allies. The mood now is more one of relief. An erratic and increasingly incoherent leader has given way to a younger man -Putin is 47- who offers the chance for stable and decisive leadership. Illness and chronic alcohol abuse had increasingly sapped Yeltsin's vitality and ignited episodes of bizarre behavior. His unscripted public remarks, including what recently seemed to be a war threat against the United States, had sent his aides scurrying to issue clarifications and denials. With his departure and with the recent election of a Duma in which power appears to have passed to centrists, more effective and pragmatic governance could become possible (...) In the longer view, however, Yeltsin's achievements will be remembered, and rightly so. He completed the transition that brought the Soviet Union to an end, establishing a democratic rule that endured through the recent Duma elections and instituted a form, however imperfect, of market economy. He chose the path and now steps aside.»

Los Angeles Times (États-Unis), 1e janvier 2000.

Gouvernance et gouvernement [ 31 décembre 1999 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
LimitéVladimir PoutineVladimir Vladimirovich Putin

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1994 - 2004



décembre
1995
[Résultats] Élections législatives

juin
1996
[Résultats] Élection présidentielle

août
1996
Signature d'un accord de cessez-le-feu entre la Russie et la Tchétchénie

décembre
1999
Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

décembre
1999
[Résultats] Élections législatives

mars
2000
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2003
Élection du parti Russie unie en Russie

décembre
2003
[Résultats] Élections législatives

mars
2004
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

mars
2004
[Résultats] Élection présidentielle

septembre
2004
Dénouement d'une prise d'otages dans une école de Beslan, en Russie


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